La France s’enfonce de plus en plus dans le déclassement

 Comment le nier, même la Banque de France le laisse entendre.

Les « petits hommes gris » que raille parfois Pascal Praud sur CNews ont parfois du bon quand on sait les décoder et ne pas leur donner trop de pouvoir.

C’est ainsi qu’en relisant les comptes-rendus émis par la Banque de France depuis 5 ans sur la balance des paiements et la position nette de la France, il est aisé de voir que le déclin de la France parait inéluctable, si rien n’est fait pour que cela change.


La seule année relativement favorable est l’année 2021, année post-confinement et pré-électorale : seuls les mauvais esprits s’attarderont sur cette coïncidence.

Il est vrai qu'en 2022, "annus horibilis", les « sanctions anti-Russie » ont coûté très cher à la France, les importations énergétiques ayant augmenté de presque 70 milliards, alors que pour notre ministre de l’économie, «le budget est à un euro près ». Il voulait peut être dire : à quelques dizaines de milliards près.

Notons aussi qu’avec un marché européen de l’énergie complètement ubuesque, qui détruit l’avantage compétitif qu’avait eu la France très longtemps, relativement à l’Allemagne, et l’obligation faite à l’EDF de vendre à prix coûtant aux « alternatifs », quitte à leur racheter 8 à 10 fois le prix, en cas de besoin, ce surcoût énergétique était inévitable. Heureusement que l’Etat se gave sur le renchérissement du prix de l’essence, plus d’un euro de taxe sur un litre vendu à la pompe 1,90€.

Mais cette balance des paiements nous apprend aussi bien d’autres choses, ne fut-ce que dans l’évolution du compte financier. Grossièrement dit, ce poste de la balance des paiements nous dit si la France a besoin, ou non, de financements extérieurs pour équilibrer ses comptes.

Jusqu’en 2020, première année du Covid, ce compte correspondait à peu près à la moitié du déficit commercial de marchandises. Son montant évoluait entre 20 et 30 milliards de déficit, c’est-à-dire de dette vis-à-vis de l’extérieur ou des « non-résidents », même si on peut s’interroger sur la précision de ces statistiques, puisque pour équilibrer les comptes, il fallait une ligne « erreurs et omissions » évoluant entre 10 et 20 milliards d’euros.

Le tableau suivant, issu des statistiques de l’INSEE, montre que la BdF n’est pas la seule à se contenter d’approximations, appelées différemment ici.

De fait, pour continuer sur la même voie, à savoir les approximations « à quelques dizaines de milliards près », l’INSEE, dont on vante le sérieux et la transparence, a systématiquement besoin, dans ses statistiques concernant le PIB, de rajouter, pour « équilibrer les comptes », de faire appel aux fameuses variations de stock, dont la valeur a le bon goût de permettre d’équilibrer les comptes : en 2019, 20.8 milliards, 17.4 en 2020, 18.8 en 2021, variations qui représentent 0.6 à 0.7% du PIB, que notre ministre de l’économie prétend prédire à 0.1 ou 0.2% près. Là encore, de qui se moque-t-on ?

Mais le plus grave, comme je l’ai écrit par ailleurs, est la façon de prendre le PIB comme un instrument de valeur efficace et « transparent », en prétendant par exemple que l’augmentation de la consommation s’accompagne nécessairement d’une augmentation du PIB, ce que l’on répète pourtant urbi et orbi quand cela se produit.

Si la consommation est associée à une production « nationale », ou « domestique », ou « résidente », c’est bien entendu une bonne chose, et le PIB augmente d’autant. Mais si ce surplus de consommation ne s’effectue que par une augmentation équivalente des importations, il en va évidemment autrement. Sinon, cela voudrait dire que le financement de notre consommation n'a aucune importance, qu’il suffirait d’importer « à crédit », et qu’il suffirait de s’endetter auprès des « non-résidents », (ou d’utiliser une épargne préalablement constituée, ce qui n’est pas sans limites, et qui ne peut être une solution pérenne)

En d’autres termes, ce qui détermine la véritable richesse d’un pays, c’est sa production, ou encore sa consommation et ses investissements lorsqu’ils sont financés. Une consommation ou des financements qui seraient essentiellement financés par la dette ne pourraient conduire qu’à un déclassement progressif de notre pays, si cette situation se prolongeait. C’est malheureusement le cas depuis près de 20 ans, depuis 2005 en fait, l’année à laquelle le déficit commercial de la France, excédentaire jusque-là, a débuté.

Pour les dernières années, depuis 2018, le rapprochement du déficit du compte de transactions courantes (plus les « omissions et erreurs ») et du montant du compte fiancier, 93.1 milliards d’euros en 2022 suffisent à montrer dans quelle situation désastreuse se trouve actuellement la France. Et ce n’est pas les 700 milliards d’argent magique, c’est-à-dire de monnaie centrale, déversés par la Banque de France entre mars 2020 et avril 2022 qui vont aider la France à s’en sortir, si la production domestique ne repart pas à la hausse, tout en limitant au maximum nos importations.

Il est vrai que depuis mai 2022 la Banque de France ne crée plus de monnaie centrale, mais une fois la hausse des prix lancée, il va être bien difficile de revenir en arrière, surtout si l’on veut éviter la récession.

(Bruno Lemaire, économiste, ancien doyen associé d'HEC)

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