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La France soumise à une hausse perpétuelle de ses dettes publiques?

Baisser les dépenses publiques appauvrit-il vraiment ceux qui vendent à l'État ? Le débat sur le déficit public tourne, depuis plusieurs mois, autour de deux leviers, et de deux seulement : augmenter les prélèvements, ou réduire la dépense. Le premier levier a sa propre limite empirique, la courbe de Laffer — au-delà d'un certain taux, l'impôt supplémentaire décourage l'activité qu'il devait taxer, et finit par rapporter moins, pas plus. Le second levier vient de se heurter à un argument politique repris par plusieurs ministres : baisser la dépense publique reviendrait à baisser le niveau de vie de ceux qui vendent à l'État et aux administrations — fonctionnaires, entreprises titulaires de marchés publics, prestataires de santé. L'argument n'est pas absurde. Mais il repose sur une hypothèse implicite qui mérite d'être testée : que la totalité de cette dépense se transforme en revenu français. Ce n'est pas le cas. Une partie de la dépense publiq...

QUI POUR FAIRE QUOI: Chapitre 3 — Avec quelle énergie

  Chapitre 3 — Produire quoi, avec quelle énergie ? 1. Une contrainte que la monnaie ne crée pas En 2022, le responsable d'un petit atelier de menuiserie de la région lyonnaise voit sa facture d'électricité doubler en quelques mois. Il avait entendu parler, comme tout le monde, de création monétaire, de taux d'intérêt, de plans de soutien — sans jamais en percevoir les effets directs sur son activité. Mais lorsque le prix du kilowattheure s'envole, tout change : ses marges se contractent, ses fournisseurs augmentent leurs tarifs, ses clients repoussent leurs commandes. Il doit revoir ses prix, renégocier ses contrats, reporter des investissements. Pour lui, l'inflation cesse d'être un indicateur abstrait : c'est une limite matérielle qui s'impose à chaque décision. Cette expérience, vécue par des dizaines de milliers d'entreprises françaises la même année, illustre une asymétrie que ce chapitre voudrait poser d'emblée. La monnaie et les cré...

Vers une nouvelle vague industrielle ?

  Sélection ou rupture : ce qu'annoncerait vraiment un nouveau cycle numérique Un texte a circulé cette semaine sur X, au lendemain de la hausse des taux de la Réserve fédérale américaine. Son auteur, qui se présente sous le pseudonyme « leblogalupus » et se réclame de Nietzsche, y voit l'annonce d'un basculement : des taux élevés qui opéreraient une sélection darwinienne entre la « mauvaise » technologie — applications sans substance, promesses sans infrastructure — et la « vraie », celle des centres de données, des p,uces, de l'énergie, des 'hyperscalers' capables de financer eux-mêmes leur expansion. Nous entrerions, écrit-il, dans « l'âge de la sélection ». Il ne s'agit pas ici de lui répondre point par point — l'exercice a sa place ailleurs, et n'est pas le plus utile. Trois points méritent en revanche d'être creusés, parce que l'intuition qui traverse ce texte — un cycle en remplace un autre — est réelle, mais appelle un outilla...

Que n'a t-on dit sur la loi de janvier 1973

  Fantasmes et autres divagations sur la loi de janvier 1973 Le texte revient régulièrement, sous des habillages différents mais toujours avec la même architecture : une loi votée en catimini en 1973 aurait « livré la France aux banquiers », interdit à l'État d'emprunter gratuitement à la Banque de France, et serait depuis la cause de notre endettement sans fin. Sa dernière incarnation, qui circule cette semaine sur X, est signée « Michel Rocard » — mort en 2016, donc difficilement l'auteur d'un texte qui s'en prend nommément à Emmanuel Macron. Il existe bien une phrase authentique de Rocard, prononcée sur Europe 1 en décembre 2012, où il évoquait cette loi (qu'il datait d'ailleurs, lui, de 1974) en des termes proches. Mais entre cette phrase sobre et le texte qui circule aujourd'hui, avec sa « planche à billets illimitée » et ses « centaines de milliards d'argent fictif », il y a tout un travail de réécriture — le même, à quelques mots près, qu...

QUI POUR FAIRE QUOI: Chapitre 2 - Produire avant de distribuer

  Chapitre 2 — Avant de distribuer, il faut produire 1. Une fable, pour comprendre pourquoi produire précède distribuer Le chapitre précédent s'achevait sur une question volontairement élémentaire : avant de distribuer, encore faut-il produire. Elle mérite d'être prise au sérieux plutôt qu'énoncée comme une évidence, car elle contient déjà, sous une forme dépouillée, l'essentiel de ce que ce chapitre voudrait établir. Pour le voir, remontons avant même qu’un intermédiaire monétaire soit vraiment utile — à une tribu de chasseurs-cueilleurs, et à un problème aussi vieux que l'humanité elle-même. Imaginons une tribu qui subsiste tout juste grâce au nombre de rennes que ses chasseurs parviennent à abattre chaque jour. Chaque soir, la chasse du jour est intégralement consommée : il n'y a ni surplus, ni réserve, ni stock d'aucune sorte. La production et la consommation coïncident exactement, jour après jour. Un des chasseurs a une idée : un accessoire, fixé ...