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Une approche "bi-pays" du pouvoir d'achat. De quoi parle t-on vraiment.

  Ce que deux pays imaginaires nous apprennent sur le pouvoir d'achat Du PIB nul au tout-public : voyage aux frontières de ce que l'on peut mesurer Bruno Lemaire — Monnaie Publique, 1er septembre 2026 Le débat sur le pouvoir d'achat, qui traverse cette campagne présidentielle comme il a traversé toutes les précédentes, repose sur une hypothèse qu'on ne discute presque jamais : que la richesse d'un pays se réduit à ce qui s'achète et se vend. C'est une hypothèse commode — elle permet de mesurer, de comparer, de faire des courbes. Elle n'en reste pas moins une hypothèse, et comme toute hypothèse, elle mérite d'être testée à ses limites. Poussons-la donc jusqu'à l'absurde, à travers deux pays imaginaires, avant de revenir, mieux armés, à la France réelle — celle qui, en 2025, affiche de nouveau un compte courant déficitaire. I. Le pays qui ne produit rien Commençons par un cas que j'ai déjà posé ailleurs, dans Quelle monnaie po...

Offre trop forte ou demande trop faible?

  Pouvoir d'achat : un faux débat entre l'offre et la demande ? Ce que le rapport Draghi dit vraiment des salaires — et ce qu'occulte la fiche de paie française Bruno Lemaire — Monnaie Publique, 30 août 2026 Une émission récente consacrée à la vision économique de certains candidats à l'élection présidentielle a remis sur la table un vieux débat, dans un habillage nouveau. S'appuyant sur le rapport Draghi, plusieurs intervenants ont affirmé que le problème du pouvoir d'achat français ne serait pas un problème d'offre, mais de demande insuffisante — elle-même provoquée par des salaires trop bas, qu'il suffirait donc d'augmenter. La démonstration a le mérite de la simplicité. Je dois avouer qu'elle ne me convainc que très partiellement. Non que la question du pouvoir d'achat soit secondaire — elle est au contraire, comme le montre l'actualité de cette campagne, l'une des plus sensibles. Mais je crois qu'elle est mal posée, et ...

La paille et la poutre revisitée lors de la campagne présidentielle

  La paille et la poutre, revisitée Ce qu'un déficit commercial dit vraiment de la souveraineté — de Washington à Paris Bruno Lemaire — Monnaie Publique, 10 septembre 2026 En avril 2025, dans un billet d'humeur intitulé « La paille et la poutre », j'avais réagi, sur le ton de l'agacement, à une séquence télévisée : un commentateur économique découvrait en direct, comme une révélation, que le déficit commercial américain vis-à-vis de la Chine était financé par de la dette. Je pensais alors, un peu vite, qu'il s'agissait d'une évidence de premier cycle universitaire. Avec le recul, et à l'ouverture de cette campagne présidentielle où les questions de dette, de souveraineté et de commerce extérieur reviennent chaque semaine dans le débat, ce billet mérite d'être repris, débarrassé de son agacement, et surtout complété : le mécanisme en question dit quelque chose d'important, et la comparaison entre les États-Unis et la France, esquissée trop r...

L'inflation, pas seulement dans mon caddie

  L'inflation, je ne la vois pas dans mon caddie Pourquoi il existe trois inflations , et pourquoi celle qu'on mesure n'est jamais la première Bruno Lemaire — Monnaie Publique, 2 septembre 2026 « En 2024, Claire et Julien, un couple de trentenaires vivant à Nantes, voient leur salaire augmenter de 2,5 %. L'INSEE annonce une inflation de 2,1 %. Sur le papier, leur pouvoir d'achat semble donc préservé. Pourtant, leur réalité est tout autre. Leur loyer a augmenté de 6 %, le prix du mètre carré dans leur quartier a pris 9 % en un an, et la maison qu'ils espéraient acheter depuis trois ans s'est éloignée encore un peu plus. » Claire résume la situation d'une phrase : « L'inflation, je ne la vois pas dans mon caddie. Je la vois dans ce que je ne pourrai jamais acheter. » Leur sentiment n'est pas une illusion. C'est le symptôme d'un phénomène que j'explore dans mon second manuscrit à paraître, L'illusion monétaire — celui d'u...

Vivre à crédit, qui finit par payer

  Vivre à crédit : qui paie, au juste, la facture ? Ce qu'un ménage lorrain, une entreprise cédée et la Banque de France ont en commun Bruno Lemaire — Monnaie Publique, 28 août 2026 Notre dernier billet racontait comment une tribu de chasseurs invente l'épargne pour financer un javelot plus performant , et pourquoi tout investissement suppose, quelque part, un renoncement préalable. Cette fable se transpose presque sans rien y changer à l'échelle d'un pays tout entier. Reste une question que les billets précédents de cette série n'ont pas encore posée frontalement : quand une nation importe durablement plus qu'elle ne produit, qui avance concrètement les ressources qui manquent — et à quel prix pour sa capacité à décider de son propre avenir ? C'est la question que j'examine dans les chapitres 2 et 3 de mon livre, Vivre à crédit : le prix de la confiance, chapitres consacrés partiellement à la balance des paiements et à la création monétaire. En...

Une tribu, un javelot, et la naissance de l'épargne

  Une tribu, un javelot, et la naissance de l'épargne Une fable pour comprendre pourquoi tout investissement suppose un renoncement préalable Bruno Lemaire — Monnaie Publique, août 2026 Notre précédent article établissait qu'une dette n'a rien d'anormal, dès lors qu'elle finance ce qui augmentera demain la capacité à la rembourser. Une objection aurait pu être lui être présentée, et elle mérite un texte à part entière : pourquoi recourir à la dette, si l'on dispose déjà d'une épargne accumulée? Ne suffirait-il pas, tout simplement, de puiser dedans ? Pour répondre, remontons avant même l'invention de la monnaie — à une tribu de chasseurs-cueilleurs, et à un problème aussi vieux que l'humanité elle-même. Une tribu qui vit au jour le jour Imaginons une tribu qui subsiste tout juste grâce au nombre de rennes que ses chasseurs parviennent à abattre chaque jour. Chaque soir, la chasse du jour est intégralement consommée : il n'y a ni surplu...