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La paille et la poutre revisitée lors de la campagne présidentielle

  La paille et la poutre, revisitée Ce qu'un déficit commercial dit vraiment de la souveraineté — de Washington à Paris Bruno Lemaire — Monnaie Publique, 10 septembre 2026 En avril 2025, dans un billet d'humeur intitulé « La paille et la poutre », j'avais réagi, sur le ton de l'agacement, à une séquence télévisée : un commentateur économique découvrait en direct, comme une révélation, que le déficit commercial américain vis-à-vis de la Chine était financé par de la dette. Je pensais alors, un peu vite, qu'il s'agissait d'une évidence de premier cycle universitaire. Avec le recul, et à l'ouverture de cette campagne présidentielle où les questions de dette, de souveraineté et de commerce extérieur reviennent chaque semaine dans le débat, ce billet mérite d'être repris, débarrassé de son agacement, et surtout complété : le mécanisme en question dit quelque chose d'important, et la comparaison entre les États-Unis et la France, esquissée trop r...

L'inflation, pas seulement dans mon caddie

  L'inflation, je ne la vois pas dans mon caddie Pourquoi il existe trois inflations , et pourquoi celle qu'on mesure n'est jamais la première Bruno Lemaire — Monnaie Publique, 2 septembre 2026 « En 2024, Claire et Julien, un couple de trentenaires vivant à Nantes, voient leur salaire augmenter de 2,5 %. L'INSEE annonce une inflation de 2,1 %. Sur le papier, leur pouvoir d'achat semble donc préservé. Pourtant, leur réalité est tout autre. Leur loyer a augmenté de 6 %, le prix du mètre carré dans leur quartier a pris 9 % en un an, et la maison qu'ils espéraient acheter depuis trois ans s'est éloignée encore un peu plus. » Claire résume la situation d'une phrase : « L'inflation, je ne la vois pas dans mon caddie. Je la vois dans ce que je ne pourrai jamais acheter. » Leur sentiment n'est pas une illusion. C'est le symptôme d'un phénomène que j'explore dans mon second manuscrit à paraître, L'illusion monétaire — celui d'u...

Vivre à crédit, qui finit par payer

  Vivre à crédit : qui paie, au juste, la facture ? Ce qu'un ménage lorrain, une entreprise cédée et la Banque de France ont en commun Bruno Lemaire — Monnaie Publique, 28 août 2026 Notre dernier billet racontait comment une tribu de chasseurs invente l'épargne pour financer un javelot plus performant , et pourquoi tout investissement suppose, quelque part, un renoncement préalable. Cette fable se transpose presque sans rien y changer à l'échelle d'un pays tout entier. Reste une question que les billets précédents de cette série n'ont pas encore posée frontalement : quand une nation importe durablement plus qu'elle ne produit, qui avance concrètement les ressources qui manquent — et à quel prix pour sa capacité à décider de son propre avenir ? C'est la question que j'examine dans les chapitres 2 et 3 de mon livre, Vivre à crédit : le prix de la confiance, chapitres consacrés partiellement à la balance des paiements et à la création monétaire. En...

Une tribu, un javelot, et la naissance de l'épargne

  Une tribu, un javelot, et la naissance de l'épargne Une fable pour comprendre pourquoi tout investissement suppose un renoncement préalable Bruno Lemaire — Monnaie Publique, août 2026 Notre précédent article établissait qu'une dette n'a rien d'anormal, dès lors qu'elle finance ce qui augmentera demain la capacité à la rembourser. Une objection aurait pu être lui être présentée, et elle mérite un texte à part entière : pourquoi recourir à la dette, si l'on dispose déjà d'une épargne accumulée? Ne suffirait-il pas, tout simplement, de puiser dedans ? Pour répondre, remontons avant même l'invention de la monnaie — à une tribu de chasseurs-cueilleurs, et à un problème aussi vieux que l'humanité elle-même. Une tribu qui vit au jour le jour Imaginons une tribu qui subsiste tout juste grâce au nombre de rennes que ses chasseurs parviennent à abattre chaque jour. Chaque soir, la chasse du jour est intégralement consommée : il n'y a ni surplu...

Pourquoi des DETTES: indispensables ou superflues?

  D'où vient la dette, et peut-on vraiment s'en passer ? Une question simple, pour comprendre avant de juger Bruno Lemaire — Monnaie Publique, août 2026 Notre précédent article expliquait ce qu' on pouvait, ou ne pouvait pas, faire d'une dette déjà là . Il laissait de côté une question plus simple en apparence, mais que beaucoup de lecteurs se posent sans doute avant toute autre : pourquoi la dette existe-t-elle, pourrait-on s'en passer, et si elle doit subsister, jusqu'à quel niveau ? C'est à cette question, plus fondamentale, que ce texte tente de répondre. Le point de départ : produire prend du temps Imaginons un pays qui ne produirait strictement rien pendant un an, et qui importerait tout de l'étranger. Son PIB serait nul. Pourtant, ses habitants continueraient de manger, de se loger, de se déplacer. Comment ? Nécessairement par l'un de ces trois moyens : en vendant des actifs déjà accumulés, en recevant une aide extérieure, ou en empr...

Dettes réduites et Frexit: possibilités ou nécessité?

Réduire la dette française sans la trahir La dette détenue par la Banque de France, ses limites juridiques actuelles, et les conditions d'une vraie marge de manœuvre Note d'analyse — août 2026, à l'ouverture de la campagne présidentielle Résumé La proposition, portée notamment par La France insoumise, d'annuler une partie de la dette publique française se heurte, dès qu'on l'examine sérieusement, à une première nécessité méthodologique : distinguer la dette détenue par des épargnants, des banques et des créanciers étrangers — dont l'annulation serait un désastre économique incontestable — de celle, plus restreinte, détenue par la Banque de France elle-même au titre des programmes de rachat de la Banque centrale européenne. Cette note ne traite que de cette seconde catégorie, la seule pour laquelle l'argument mérite un examen approfondi plutôt qu'un rejet immédiat. La conclusion, en une phrase : l'annulation, même limitée à cette portio...