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jeudi 23 février 2017

Produire français grâce à un revenu universel patriote?



Un revenu universel national électronique, une idée neuve pour développer le produire français ?
Par Bruno Lemaire, économiste, club Idées Nation

Même si l’idée d’un revenu universel est un peu retombée depuis l’automne 2016-2017, une idée n’a pas encore été vraiment explorée, celle d’associer ce revenu universel à une nouvelle monnaie, une monnaie « complémentaire », qui aurait 4 caractéristiques :
être entièrement électronique,
être administrée et gérée directement par la banque de France,
ne pouvoir être dépensée qu’en France, pour acheter des produits « made in France »,
être « identitaire » au sens où cette monnaie serait réservée à nos compatriotes pouvant donc se prévaloir de l’identité française
Comme toute idée originale, elle doit être simple et comprise de tous, c’est ce que je vais tenter de montrer.

Une monnaie électronique, cela signifie qu’elle aurait comme support un support numérique, de type carte de crédit.

Une monnaie gérée par la banque de France, ce sera rendu possible par le seul fait que chaque français aura un compte spécial ouvert à la Banque de France, et qui sera libellé exclusivement en cette monnaie complémentaire, que nous appellerons « denier », ou « denier électronique » (peu importe son nom, bien sûr). Pour faciliter les échanges, on pourrait considérer que les prix « en deniers » soit identique au prix en « autre monnaie nationale » (que ce soit l’euro ou le franc 2017 n’a pas d’importance, là non plus). Par ailleurs, toute entreprise, c’est-à-dire toute personnalité morale, aura elle deux comptes ouverts à l banque de France, l’un en « denier », l’autre en « monnaie nationale », afin de permettre aux dites entreprises, en fonction des besoins, de transformer ces deniers en monnaie nationale, ce qu’une personne physique n’aura pas la possibilité de faire, pour éviter toute spéculation frauduleuse.

Une monnaie orientée « produits français », au sens où cette monnaie (type tickets de restaurants sophistiqués) ne pourra être utilisée que pour acheter des produits français (on peut même supposer que cette monnaie électronique ne pourrait acheter que certains types de produits, si l’on veut favoriser tel ou tel produit « labellisé »)

Une monnaie identitaire, enfin, puisque cette monnaie serait associée physiquement, électroniquement, à une nouvelle carte d’identité (un peu sur le modèle des Émirats Arabes Unis), carte d’identité qui servirait donc aussi de carte de crédit et de paiement, et qui serait alimentée directement, et périodiquement, par la Banque de France.

Les principes étant posés, disons maintenant quelques mots sur le financement de cette monnaie, et les éventuelles dérives qu’un tel revenu universel « identitaire » pourrait connaître.

Dans une première étape, en supposant que ce revenu universel vienne en supplément de toutes les autres allocations ou prestations sociales déjà existantes, on pourrait se limiter à une allocation de 150 euros par mois (moitié moins en moyenne pour les enfants de moins de 18 ans). Dans une autre contribution, j’avais estimé que le revenu universel pouvait atteindre 650 euros, mais cela n’aurait été financièrement possible que si la plupart des aides sociales actuelles avait été supprimée. En partant d’une population française (en comptant un enfant comme équivalent d’un demi adulte) de l’ordre de 50 millions, on arriverait ainsi à un besoin de financement annuel de l’ordre de 90 milliards de « deniers », en sachant que ces deniers seraient consacrés uniquement à la relance de la production française.

Si on compare cette somme aux 50 milliards de déficit commercial, et aux milliards dépensés par ailleurs pour financer les millions de chômeurs privés d’emplois du seul fait que nous ne savons plus, ou que nous ne voulons plus, produire en France, ce montant peut ne pas paraître déraisonnable.

Venons-en maintenant aux dérives éventuelles. Afin d’éviter tout éventuel effet de pompes aspirantes, rappelons que cette monnaie complémentaire ne pourra être dépensée qu’en France, et pour acheter des produits français. Les bi-nationaux qui penseraient pouvoir utiliser cette manne pour la rapatrier « au pays » ne pourront donc pas le faire, non plus d’ailleurs que d’éventuels retraités qui s’exileraient au Maroc ou au Portugal pour pouvoir bénéficier à l’étranger d’une retraite payée par la France, dans un contexte où le coût de la vie serait sensiblement inférieur.

La monnaie « en deniers », par ailleurs, ne serait pas thésaurisable, au sens où toute monnaie non dépensée dans les deux mois suivant son émission par la Banque de France ne donnerait plus droit, pendant le temps de pseudo thésaurisation, à une nouvelle émission. Dit autrement, tous les mois, voire tous les deux mois, la Banque de France complèterait à 150 euros (si un mois) ou à 300 euros (si deux mois) le solde du compte courant, en deniers, du compatriote concerné. C’est une sorte de « Crédit revolving », mais orienté « produire et consommer français ». Là encore c’est une façon élégante et moderne d’éviter toute thésaurisation déstabilisatrice, une monnaie « fondante » modernisée.



Notons aussi que cette dotation mensuelle de 150 euros, qui peut être instaurée presque instantanément, vu les possibilités techniques actuelles, peut être modifiée et augmentée en fonction de l’évolution du contexte économique et social de la France. On peut d’ailleurs imaginer que cette allocation se substituera progressivement à d’autres prestations ou allocations sociales, afin d’en faciliter l’accès et son administration : là encore tout dépendra aussi de la volonté politique de nos gouvernants. Cette dotation pourrait donc atteindre progressivement un montant proche de 650 ou 700 euros, si l’expérimentation en vraie grandeur en prouve son intérêt.
 


Une dernière remarque, enfin. Tout ceci ne sera possible que si la France retrouve sa pleine souveraineté monétaire, ce qui, dans le cadre de l’U.E. actuelle, n’est pas possible. Une raison de plus de voter « patriote » lors des prochaines échéances.

mercredi 22 février 2017

Les attaques délirantes de l'Institut Montaigne contre le programme de Marine Le Pen

Bruno Lemaire, économiste, ancien doyen associé d’HEC, secrétaire général du club Idée Nation.



L’institut Montaigne, organisme très lié à l’ex-UMP commence son réquisitoire contre le programme présidentiel de Marine Le Pen par une malhonnêteté, sinon une contradiction, puisqu’il écrit : « Aucune mention à l’euro tel quel dans ses 144 engagements […] et tout juste un mot au point 35 du "rétablissement d’une monnaie nationale adaptée à notre économie" »

Nul besoin en effet d’avoir fait l’ENA, ni même d’être un simple étudiant en Sciences Eco pour comprendre que le rétablissement d’une monnaie nationale signifie qu’on ne peut conserver l’euro en tant que monnaie unique. En ce qui concerne la monnaie commune, c’est un tout autre débat puisque chacun sait, ou devrait savoir, qu’une « monnaie commune » n’est pas une véritable monnaie, mais représente simplement un système monétaire international dont un ersatz pourrait être l’ancien écu, à ceci près que ses variations devront être davantage liées à la puissance économique des diverses nations concernées, ce qui serait tout à fait conforme à l’esprit de la Charte de la Havane, que soumises, comme dans le passé, à l’influence spéculative des marchés financiers.

Autre allégation fantaisiste, pour ne pas dire fallacieuse, l’idée que la renaissance d’un franc2017 « adapté » à notre économie nous coûterait des dizaines voire des centaines de milliards, alors que c’est justement le contraire qui se produirait, si du moins l’on accompagne cette renaissance de notre souveraineté monétaire par un protectionnisme intelligent.

De fait, la seule dépréciation du franc2017 par rapport au mark2017 d’environ 20% non seulement comblerait le déficit actuel d’une vingtaine de milliards, mais le transformerait en excédent d’environ le même montant en quelques mois, soit une différence positive de 40 à 45 milliards avec la situation actuelle.

En ce qui concerne d’autres pays, pour lesquels la dépréciation serait moins importante ou jouerait moins (par exemple les pays asiatiques comme la Chine, le Vietnam ou la Malaisie) des mesures ciblées, comme des droits à importer (sur modèle analogue à celui que Warren Buffet avait proposé en son temps à B. Obama, variante plus subtile que les « droits à polluer » évoqués dans un autre contexte) ou d’autres mesures plus classiques devraient permettre de résoudre notre problème structurel de déficit commercial, qui varie entre 40 et 60 milliards depuis que l’euro a été instauré dans l’U.E.

Nous avons d’ailleurs consacré plusieurs billets à ce sujet, celui de l’import-export et du protectionnisme intelligent. Qu’il suffise ici de dire que les chiffres délirants annoncés par l’Institut Montaigne ne correspondent à rien de sérieux, puisque les mesures annoncées par Marine Le Pen devraient, au contraire, permettre de réindustrialiser la France tout en stabilisant la dette publique actuelle et en réduisant son déficit commercial à zéro, ce qui, là encore, est dans l’esprit de la Charte de la Havane que l’ONU avait proposée au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Mais cela, les experts ultra-libéraux de l’Institut Montaigne ne veulent pas entendre parler.