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mardi 2 juin 2015

BelleCohérence5millionsDeChomeurs50milliardsDeDeficitCommercial



Consommateur schizophrène et contribuable insatisfait: de la nécessité d’une politique cohérente.
par Bruno Lemaire, Club Idées Nation

En tant que consommateur, nous voudrions payer le moins cher possible nos achats de biens et services, et nous nous soucions donc assez peu de savoir si nous achetons, ou non, français, et si nos achats contribuent, ou non, au déficit commercial de la France. Le contribuable, lui, trouvera le plus souvent qu’il est trop imposé, et que les administrations ne sont pas assez efficaces. L’entrepreneur, enfin, tentera de générer un chiffre d’affaires suffisamment important pour lui permettre de vivre, fut ce au détriment de ses salariés.

En poussant cette situation à l’extrême, imaginons que nos « gouvernants » veuillent privilégier le pouvoir d’achat de leurs administrés. Pour les fonctionnaires, cela paraît facile, il suffirait de les augmenter – quitte à repousser la question du financement de cette mesure éventuelle - mais pour les salariés du privé, ce n’est pas vraiment au pouvoir de nos gouvernants, à une modification du SMIC près. Quant à privilégier les consommateurs, la « demande », la solution la plus simple serait dans ce cas d’ouvrir sans aucune restriction les frontières, afin de permettre aux produits d’importation d’envahir les gondoles de nos magasins. Mais même cette solution ‘simple’ se heurte à un « léger » problème, celui du financement du déséquilibre commercial qui s’ensuivrait.

Bien entendu, aucune de ces remarques de bon sens n’est vraiment nouvelle, même si les experts ès économie, qu’ils se rattachent à l’école classique (celle de Smith, de Ricardo ou de Say) ou des néo-classiques, celle de Walrass ou Tirolle, ultra-dominante actuellement, nient en fait la réalité du problème, ou, plutôt, la rejettent sur des interventions intempestives des « autorités ».

Pour Say, ‘revisité’ par Keynes, l’offre créant sa propre demande – c’est aussi ce que semblent dire les experts de l’INSEE dans leur calcul du PIB – il ne peut y avoir de souci, de gap, entre les revenus distribués et les produits disponibles : allez donc le dire à tous les miséreux, les « sans dents », de plus en plus nombreux, qui se demandent périodiquement comment terminer le mois.

Pour les économistes orthodoxes, « néo-classiques », adeptes de la ‘macronéconomie’, qui hantent les salons de télévision ou les bureaux gouvernementaux, il « suffirait » de déréguler l’économie, c’est-à-dire de laisser faire, pour que l’Offre et la Demande s’équilibrent automatiquement, et que la question des déficits se résorbe automatiquement. Là encore, demandez à nos chômeurs ce qu’ils en pensent ?

Certes, il n’y a pas de méthode miracle pour sortir de la crise actuelle, mais le simple bon sens nous dit, nous hurle même, que ce n’est pas en lassant notre nation ‘enfoncer dans la misère, l’absence de travail, la dette, le déséquilibre commercial, la désindustrialisation qu’elle s’en sortira.

La priorité des priorités, c’est bien sûr de ne pas vivre ou consommer au-dessus de nos moyens, ou plus exactement au-dessus du travail fourni. C’est vrai pour les salariés, qui aimeraient bien travailler utilement, plutôt que de voir leurs emplois partir à l’étranger. C’est vrai pour nos entrepreneurs, qui ne comprennent pas comment les actionnaires peuvent espérer des rendements de 15 à 20% alors que les entreprises concernées ont déjà du mal à avoir un résultat net positif. C’est vrai pour tous ceux qui se sont endettés pour vivre, et parfois pour simplement survivre, en se demandant comment ils pourront rembourser un jour ces créances de plus en plus lourdes à porter.

Faisons donc en sorte que la spéculation boursière ne représente pas l’alpha et l’oméga de l’économie, financiarisée à l’extrême, avec un CAC40 qui dépasse allègrement les 5000 points alors que sa véritable valeur économique serait plus proche de 3500 points.

Faisons surtout en sorte que le travail fourni localement puisse nous permettre de rééquilibrer nos échanges, avec des exportations équivalentes aux importations. C’est ce que le bon sens suggère, c’était aussi la volonté des dirigeants des pays fondateurs de l’ONU, à la sortie de la guerre de 39-45.

Et si l’esprit, de bon sens et d’équité, de la charte de la Havane de 1948 conduit à remettre en question les accords de libre-échange de l’OMC, créée hors ONU en 1995, et bien, peu importe. Ce qui compte, c’est bien de comprendre que le travail, manuel ou intellectuel, est la principale richesse de notre pays, et que s’en passer ne peut qu’approfondir la crise actuelle. Qui peut admettre, en dehors d’idéologues ou de théoriciens aveugles, que l’on puisse avoir en même temps 5 ou 6 millions de chômeurs, et des dizaines de milliards d’euros de déficit commercial.

dimanche 31 mai 2015

FourmiOuCigale_CommentEchapperAuxMiragesDuPIB&EquilibrerNosEchanges



Etes-vous plutôt offre ou plutôt demande, plutôt fourmi ou plutôt cigale, ou les mirages du PIB.

Par Bruno Lemaire, Secrétaire Général du Club Idées Nation

Comme nul ne l’ignore, la comptabilité nationale a inventé une curieuse expression pour tenter de traduire ce qui devrait intéresser tout un chacun, à savoir les richesses dont on dispose pour les utiliser, que ces richesses prennent la forme de biens ou de services. Cette expression curieuse, c’est le PIB, ou encore le Produit Intérieur Brut.

Du point de vue concret, ou tangible, ce PIB se veut représenter ce que l’on peut consommer, ce qui serait donc à la disposition de tout un chacun – si, bien sûr les ressources monétaires correspondantes sont disponibles Cette incise pose tout le problème de l’origine des ressources monétaires. Il y a celles qui viennent du travail effectué et celles qui viennent de la création de richesses futures qui n’existeront que si elles sont consommées par qui les aura achetées. L’économie virtuelle se glisse par le biais des prêts dans l’économie réelle en faussant tout. On parlera volontiers de PIB en volume, pour dire que nous avons à notre disposition des carottes, des voitures, des heures de consultation médicale, ou encore des forfaits téléphoniques. Si nous étions en économie fermée, nous dirions que ces produits et services correspondent à l’offre locale, aux fourmis qui sont censées avoir « apporté sur le marché » tous ces produits et services.

Si nous regardons maintenant le côté cigale, c’est-à-dire le côté « dépenses », il faut évidemment que, en face des fourmis, il y ait des cigales « consommatrices », le côté « demande ». Même si la loi de Say - qui dans sa forme primitive déclare : « l’offre crée la demande », et, retournée par Keynes dit l’inverse - semble dire que, sur le plan théorique, les dépenses des cigales sont nécessairement égales aux productions des fourmis, il n’en va pas de même dans la vie réelle. Cela se traduit notamment par des stocks d’invendus ou par des soldes plus ou moins importantes, lorsque les cigales, que nous sommes tous plus ou moins, trouvent que ce qu’on leur propose dépasse leurs moyens financiers, leur pouvoir d’achat. Il reste toujours aussi la ressource, pour les fourmis besogneuses, de tenter d’écouler leurs produits en « offrant » aux cigales des crédits tentateurs, qu’il faudra bien, hélas, rembourser un jour, ce qui ne fait que repousser le problème. Mais, comme l’a rappelé Keynes, « à long terme nous serons tous morts ».

En économie ouverte, nous disposons, pour satisfaire nos besoins de cigales, de tous les produits et services importés. Dans ce cas, hélas, en plus des revenus censés engendrés au cours de la phase « production » il va bien nous falloir d’autres ressources, pour payer des produits que nous n’avons pas fabriqués. Ici, même la loi de Say ne peut rien pour nous. Il faut trouver d’autres ressources financières.

Ces ressources financières ne peuvent venir que de deux sources : la vente à l’étranger de produits et de services fabriqués ou produits localement, ce seront les exportations, ou un financement qui nous serait aimablement accordé par un système financier, que ce système soit ou non directement lié aux importateurs. Cette seconde source n’a, bien sûr, aucune justification économique, sinon celle de reporter à plus tard la résolution d’un problème fondamental, dès lors que l’on veut – ou que l’on nous incite à - consommer au-dessus de ses moyens, ou au-dessus des moyens que nous n’avons pas encore délocalisés.

Depuis 2003, le PIB de la France est tel que soit notre soif de consommation (notre demande) soit notre puissance de fabrication locale (notre offre) se sont révélées incapables d’être en équilibre, d’où des déficits de notre balance commerciale (la différence entre importations et exportations) récurrents, oscillant entre 40 et 70 milliards d’euros, c’est-à-dire entre 2 et 3.5% de notre « PIB », quelle que soit la validité de ce dernier indicateur.

Ce déficit commercial permanent, financé par des dettes qui s’accumulent auprès de créanciers, intérieurs ou extérieurs, il faudra bien finir par le rembourser, non ? Et, avant même de ce faire, il faudra aussi le résorber, ce qui ne peut se faire qu’avec une politique énergique de ré-industrialisation de la France et de rééquilibrage des échanges, ce qu’au Front National nous appelons protectionnisme intelligent ou raisonné. Que la France soit plutôt cigale ou plutôt fourmi, il faudra de toutes façons reprendre notre avenir en main, retrouver notre souveraineté bien effilochée depuis des décennies.

Sans ce rééquilibrage des échanges, conforme à la première et seule charte commerciale de l’ONU, plus connue sous le nom de Charte de la Havane, on prétendra résoudre le problème, alors qu’on ne fera que l’aggraver, en reportant dans le futur les deux problèmes majeurs et conjoints, celui du paiement des importations et celui du remboursement des dettes.

lundi 23 février 2015

PIB et croissance, de quoi parle t-on exactement ?



Le P.I.B., tout le monde en parle, chacun croit pouvoir disserter dessus, soit pour dénoncer sa stagnation, soit pour  en prévoir un frémissement, même si François Hollande semble être l’un des rares à le percevoir, en dehors bien sûr de ses ‘fidèles’ supporteurs. Quant à sa croissance espérée, elle s’est depuis des années révélé plus forte que celle réalisée, 0.3% en 2013 et 0.4% en 2014, avec ces prévisions ‘sapinesques’ supérieures à 1% pour 2015.

Précisons donc ce que représente le P.I.B., indicateur incontournable, quoique très discutable, de ce que l’on pourrait qualifier de production de richesses. Le PIB correspond, peu ou prou, au « gâteau » produit en France, même s’il ne faudrait pas oublier que la fabrication de ce gâteau, de  ce P.I.B., ou Produit Intérieur Brut, est très souvent accompagnée de dégâts causés à l’environnement, dégâts parfois irréversibles.
Ce gâteau, par ailleurs, contient parfois des portions qui ne sont pas toutes très appétissantes – l’une des dernières trouvailles de l’Europe est d’y rajouter des ‘services’ comme la prostitution ou la vente de stupéfiants –

Cela étant, regardons trois façons d’approcher ce fameux P.I.B.
Q. Ce qui veut dire ?
Le PIB est assez simple à définir, un peu moins à comprendre. Je vais quand même essayer. Le PIB est censé mesurer la différence entre la production et ce qui est utilisé, ou « consommé productivement » dans la dite production. Pour produire une bibliothèque – c’est le résultat souhaité – on a besoin de planches, de vis, d’électricité pour faire fonctionner certains outils – ce sont les ressources physiques – ainsi que du travail humain – qui sera considéré comme de la « valeur ajoutée ».
En économie, comme dans toute entreprise, et plus généralement dans tout processus de production, de biens ou de services, on utilise en effet certaines ressources pour arriver à un certain résultat.
La différence entre ce qui est ‘produit’ et ce qui est ‘utilisé’ – ou « consommé dans la production » - va correspondre, une fois globalisé et totalisé, au PIB.
Q. Un ou deux exemples chiffrés ?
Un premier exemple, celui d’un commerçant : il achète un tissu 100 euros, et le revend 120 euros. Sa « valeur ajoutée », qui va faire partie de ce fameux « PIB », sera donc de 20 euros. S’il achète pour un million de marchandises, et s’il revend le lot entier de ces marchandises pour 1.2 millions de francs, sa valeur ajoutée sera de 200 000 euros.
Q. La valeur ajoutée, ce serait donc son bénéfice ?
Hélas, ce n’est pas si simple. Si ce commerçant a un salarié, qu’il paye pour cela 30 000 euros, sa valeur ajoutée sera toujours de 200 000 euros, mais son bénéfice (en supposant qu’il n’ait pas d’autres charges et qu’il ne soit pas lui-même salarié de son entreprise) sera de 170 000 euros. La valeur ajoutée ne mesure donc que la différence « physique » entre ce qui sort de son entreprise et ce qui y entre. Les salaires, et les profits éventuels, de même que d’autres charges financières éventuelles, font partie de la valeur ajoutée, même si, bien sûr, la décomposition de cette valeur ajoutée est fondamentale, à la fois d’un point de vue social et économique.
Q. Revenons à notre tissu initial, acheté 100 euros, et mis en vente à 120 euros. Que se passe-t-il pour la valeur ajoutée s’il n’arrive pas à revendre ce tissu ?
Disons seulement que, dans ce cas, son stock sera valorisé à quelque chose entre 100 et 120 euros, suivant son optimisme et les conditions du marché. Si son stock est évalué à 110, la valeur ajoutée – même potentielle – sera de 10.
Q. Si je comprends bien, le PIB est mesuré de façon élastique, comme les stères des marchands de bois, suivant la longueur des bûches?
On pourrait presque dire cela. En principe, cependant, les erreurs se compensent statistiquement, et dans une situation normale, sans mévente ou survente particulière, l’INSEE, qui est chargée de mesurer tout cela pour la France, ne fait pas trop d’erreurs, disons à 0.3 ou 0.4 % près.
Q. Cette marge d’erreur ne permettrait donc pas d'évaluer correctement l’évolution du PIB ?
N’allons pas si loin. Sur une assez longue période, disons 15 à 20 mois, l’évolution moyenne du PIB signifie réellement quelque chose, mais, bien entendu les mesures sont toujours faites après coup, après un délai de quelques mois.
Comme je l’ai écrit plus haut, si on regarde l’évolution du PIB depuis 2007, la tendance est assez facile à évaluer. Notre PIB, hélas, est resté stationnaire jusqu’en fin 2012, en dépit de fortes fluctuations pouvant aller jusqu’à 2.5 à 3 %.
Mais le chiffre d’un mois particulier est beaucoup plus sujet à caution, et demande, de toute façon, un peu de temps pour être validé. Le PIB de janvier 2013 a pu être évalué à peu près correctement 7 ou 8 mois après, disons en août 2013, mais même dans ce cas la question des « stocks normaux » ou des « stocks invendus » peut poser problème.
Q. Si ces « invendus » finissent par être vendus, cela modifiera donc le PIB ?
Cela dépend. Si ces stocks avaient été évalués correctement à leur prix futur de vente, il n’y aura pas de modification. Mais s’ils ont été surévalués (et s’ils donnent lieu à des soldes) ou si, à l’inverse, ils ont été sous-évalués, il faudra corriger le PIB à la baisse ou à la hausse.
Q. Vous nous aviez annoncé un autre exemple, qui ne soit pas celui d’un commerce.
Prenons le cas d’un produit manufacturé, dont les composantes proviennent par exemple de Chine, et qui serait assemblé en France. Supposons que les composants soient achetés 80, et que, après assemblage, il soit commercialisé 120. La valeur ajoutée sera dans ce cas de 40, avec les mêmes restrictions que dans le cas d’un simple tissu.

Pour revenir à l’image du « gâteau national »,  la valeur ajoutée de ce gâteau correspondra à son prix de vente espéré, moins les ingrédients utilisés, beurre, amande, lais, œufs, et à l’usure du four et à sa consommation énergétique. La « valeur ajoutée » est donc censée représenter les salaires, les frais financiers, et le profit du boulanger. Bien entendu, le prix de vente espéré peut ne pas être le véritable prix de vente. Il peut aussi y avoir des morceaux du gâteau qui ne prennent pas preneur.
Q. Si je comprends bien, ce n’est qu’après la vente effective, et non au moment de la production, ou de la mise sur le marché, que l’on connaîtra vraiment la valeur exacte du PIB.
Effectivement, on peut dire cela. Heureusement, il y a une certaine « inertie » dans les comportements d’achat des ménages et des entreprises. Si le climat des affaires ne change pas, les statistiques permettant de calculer le PIB sont relativement valables, et il n’y a pas de raison de s’en méfier particulièrement.
Q. Si je résume votre position, dans un contexte « normal », c’est-à-dire relativement stable, les données permettant d’évaluer le PIB sont satisfaisantes. Mais que se passe-t-il si le contexte est fluctuant ?
C’est dans ce cas-là qu’il faut se méfier, et faire appel à d’autres indicateurs, certains quantitatifs, d’autres qualitatifs.
Parmi les indicateurs quantitatifs, il y a l’évolution de la population active, l’évolution du pouvoir d’achat - que l’on peut approcher partiellement par la consommation des ménages, en tenant compte d’une éventuelle hausse de prix ou de conditions extra-économiques comme le climat ou la situation internationale - l’évolution du nombre de créations d’entreprises ou de faillites, etc.
Q. Et parmi les indicateurs qualitatifs ?
Il peut y avoir des enquêtes d’opinion, sur l’indice de satisfaction des consommateurs, sur leur éventuel optimisme, sur celui des industriels, etc. Mais toutes ces enquêtes ne sont pas indépendantes les unes des autres, cette opinion fluctuante et volatile fait d’ailleurs partie de ce que Keynes qualifiait d’esprits animaux. La confiance, qui ne se décrète pas, hélas, peut avoir des répercussions sur l’état général de l’économie, et inversement.
Q. De bonnes statistiques, qu’elles soient ou non quelque peu "manipulées" pourraient donc avoir un impact favorable sur l’optimisme des ménages, et, inversement, ce surplus d’optimisme pourrait avoir un effet sur l’état de l’économie ?
Effectivement, mais faudrait-il encore que les statistiques annoncées soient à peu près crédibles. Sinon le remède peut être pire que le mal.
Par ailleurs, que les chiffres du PIB soient à un moment donné plus ou moins « optimistes », voire « bidonnés », ou non, je voudrais revenir sur un point essentiel, à savoir que la croissance du PIB n’est pas toujours une bonne chose.
Q. Comment cela ? Seriez-vous un adepte de la décroissance chère à certains écologistes ?
Pas vraiment. Mais en résumant une définition possible du PIB, qui fait du PIB la somme de l‘Investissement Brut (appelé aussi Formation Brute de Capital Fixe) plus de la variation des Stocks, plus de la Consommation finale, à laquelle il faut ajouter les Exportations, et retrancher les Importations, je vais maintenant vous poser, et poser au lecteur, trois questions, en partant d’un niveau donné du PIB, par exemple 2 000 milliards d’euros.
a) Supposons que, par rapport à ce niveau, sans que rien d'autre ne bouge, les importations diminuent, par exemple de 30 milliards : qu'arrive-t-il à notre PIB ?
b) Autre scénario, à partir des mêmes hypothèses de départ, nous prêtons 40 milliards aux Grecs pour qu'ils achètent français : qu'arrive-t-il à notre PIB ?
c) Troisième scénario : cette fois-ci, nos industriels produisent davantage, pour 40 milliards de prix "publics" (espérés) - en consommant pour cela 15 milliards de ressources supplémentaires, mais sans vendre plus - ce qui correspond à une augmentation du PIB. Est-ce une bonne chose ?
Q. Et quelles sont vos réponses ?
Je vous laisse le soin d’y répondre. Mais vous pouvez aussi les poser à notre ministre de l’économie, ce peut être amusant, et instructif, de voir ses réactions…
Q. Je vais y réfléchir. Mais vous nous aviez annoncé qu’il y avait plusieurs façons de mesurer le PIB. J’espère qu’elles donnent le même résultat.
Tout est fait pour cela, en tout cas. Il y a une approche par la « production », c’est celle que nous avons déjà esquissée, une approche par la consommation, et enfin une approche par les revenus.

Le tableau ci-dessous va tenter de clarifier cela :

Dans l’approche ‘Production’, la valeur ajoutée est mesurée « aux prix de base », disons aux prix hors taxe, pour simplifier. Il faut donc rajouter à cette première mesure les impôts sur les produits, essentiellment la TVA, et enlever d’éventuelles subventions.

L’approche ‘Demande’ est sans doute plus simple à visualiser. Les « emplois finals » correspondent à la consommation « des ménages » en biens et services, à laquelle il faut ajouter les « investissements physiques » des entreprises, à savoir ce que l’on appelle la Formation Brute de Capital Physique (les machines outillages, variation de stocks, etc.).
Cette demande peut être supérieure, ou inférieure, au PIB, c’est-à-dire à la production faite en France.
Si elle est supérieure, cela montre que les Importations sont supérieures aux Exportations : c’est le cas de la France depuis 2003. Si cette demande ‘nationale’ est inférieure, cela implique que les exportations sont supérieures aux importations. C’est le cas de l’Allemagne depuis 2003.
Dans la métaphore du gâteau, au lieu de s’intéresser au boulanger/patissier qui l’a produit, on va s’intéresser maintenant à ceux qui vont le manger. Le gâteau-PIB est ainsi égal à la consommation intérieure (y compris la variation des stocks et les investissements) plus la consommation extérieure (les exportations) moins les importations (la partie du gâteau produite à l’étranger)
Q. Et pour l’approche ‘Revenus’ ?
Ce n’est pas l’approche la plus simple à utiliser, car les données correspondantes sont sans doute plus longues à obtenir, mais c’est sans doute l’approche la plus connotée politiquement, voire idéologiquement ; elle fait en effet partie de ce que Ricardo, il y a près de 2 siècles, pensait être la question essentielle, ou l’une des questions essentielles, de l’Economie Politique.

Il s’agit en effet de la répartition des revenus entre salaires et profits, entre ce que Maurice Allais appelait « Revenus gagnés » et « Revenus non gagnés », entre revenus du travail et revenus du capital, sans oublier bien sûr d’autres ‘revenus’, que nous appellerons, ici, pour simplifier ‘impôts’.

Toutes les mesures faites depuis 30 ans montrent d’ailleurs que la part des ‘salaires’ par rapport à la part des ‘profits’ a diminué depuis la fin des ‘Trente glorieuses’ : c’est aussi le cas des « impôts », dont la part a considérablement augmenté relativement au PIB. Nous essaierons d’en comprendre les raisons par la suite. L’une des conséquences évidentes en est, bien sûr, la diminution du pouvoir d’achat des travailleurs pauvres et, plus généralement des classes ‘populaires’ et des classes moyennes à « moyennes supérieures ».

Cela étant, nous n’avons sans doute pas parlé de ce qui est le plus troublant dans la notion de PIB, ou plus exactement dans celle de la croissance du PIB, tant fantasmée pourtant.
Q. Que voulez-vous dire ?
L’une des façons les plus simples d’avoir un PIB en hausse serait d’augmenter les dépenses, non ?
Q. Vous voulez dire la Demande, sans doute ? Et ce n’est pas bien ?
Cela dépend quelle demande il s’agit, et si vous êtes en situation de la satisfaire. Laissez-moi préciser cela.

Supposons qu’il y ait soudainement une demande supplémentaire de petites voitures de type Twingo. En supposant que les capacités de production de l’usine Renault qui les fabrique ne soient pas saturées, et que les matières premières soient disponibles, cette demande est une bonne chose, puisqu’elle peut être satisfaite, à une condition près !
Q. Que l’argent pour financer leur achat soit disponible ?
Tout à fait. S’il ne l’est pas, il faudra soit l’inventer – par un crédit – soit remettre à plus tard cet achat supplémentaire.
Dans le premier cas, il y a bien augmentation du PIB – à crédit -, dans le deuxième cas, le PIB réel ne sera pas augmenté, même si le fait qu’il y ait une demande potentielle supplémentaire peut avoir un impact sur les prix unitaires de vente.
Q. Et si les conditions de production de la Twingo étaient saturées ?
Une demande supplémentaire n’aurait pour seule conséquence qu’une tension sur les prix unitaires, puisque la production ne pourrait être augmentée. Ou bien, pire encore pour le PIB, si cette demande ne pouvait être satisfaite de façon interne, cette volonté d’achat supplémentaire pourrait avoir pour compétence un surcroît d’importations, et donc une diminution du PIB. D’où l’importance d’une production intérieure – française dans notre cas – adaptée au pouvoir d’achat effectif, quitte à prendre des mesures de protectionnisme intelligent pour équilibrer nos échanges.

Mais il existe une autre façon d’augmenter nos dépenses, si l’on tient vraiment à augmenter, même artificiellement, le PIB.
Q. Une bonne catastrophe peut-être, ou une guerre ?
Ce n’est pas la peine d’aller chercher si loin même si, effectivement, un tremblement de terre ou une forte inondation qui ne détruiraient pas trop d’usines pourraient relancer des dépenses d’infrastructure, sans même parler de guerres. Mais il suffit de s’intéresser à une demande qui n’a pas besoin d’offre pour prospérer, des dépenses qui n’ont pas besoin de faire face à une production marchande « physique », aux capacités de fabrication nécessairement limitées.
Q. Expliquez-vous !
En France, il y a actuellement de l’ordre de 25% d’emplois qui ne sont pas directement liés à une production marchande, que ce soit une production de biens ou une production de services. Il s’agit des emplois de l’administration publique, fonctionnaires de l’Etat ou fonctionnaires territoriaux.
Q. On ne va quand même pas engager des fonctionnaires dans le seul but d’augmenter le PIB !
Évidemment non, quoique certains y ont peut-être songé  Cet exemple a simplement pour but de montrer que ce n’est pas nécessairement le PIB qu’il faut à tout prix augmenter, mais qu’il faut choisir entre les dépenses utiles et les dépenses inutiles.
Certaines dépenses doivent être financées, d’autres non. C’est donc une décision éminemment politique, mais qui doit reposer sur le bon sens et une estimation aussi objective que possible des vrais besoins. Certains postes de fonctionnaires sont indispensables, il faudrait peut-être même en créer, d’autres pourraient être supprimés. Dans tous les cas, cela a un coût. Augmenter le PIB à crédit – en ayant recours à de nouveaux emprunts – dans le seul but de l’augmenter n’a évidemment aucun sens, même si les raisons électoralistes passent souvent devant le bien commun. Il ne s’agit pas de dire qu’il y a trop de fonctionnaires – ou pas assez – mais de se demander si leur emploi est, ou non, globalement utile.