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mercredi 15 février 2012

BCE_Or_not_BCE_A_Quoi_Sert_une_banque_Centrale

A quoi sert, ou pourrait servir, une banque centrale ?

Q. La BCE prête des centaines de milliards aux banques, et s’apprête à en prêter encore plus. Comment fait-elle ?

Elle crée de l’argent, au sens où elle prête de l’argent qu’elle n’a pas. Mais elle ne prête pas pour autant du « vent ». Face à cet argent qu’elle crée, il y a quand même des garanties, de plus ou moins bonne qualité. C’est aussi ce que font les banques privées, elles aussi avec des garanties, souvent plus discutables encore.

Q. Je ne suis pas sûr de comprendre...

La monnaie repose essentiellement sur de la confiance, puisque la monnaie est considéré comme un moyen d’échange universel qui, à l’intérieur d’une zone géographique donnée, permet d’acheter tout type de bien et service. Si cette monnaie n’est plus acceptée « universellement », ce ne serait plus … une monnaie.

Q. Et qu’est ce qui crée cette confiance, ce pouvoir d’achat et d’échange universel ?

Il y a tout d’abord la qualité - justifée ou non - de la garantie, de la contre-partie mise en face de la création monétaire. Si un Etat créait, directement ou indirectement, de la monnaie, en amenant en garantie son propre aval, ses propres obligations, il devrait amener plus de confiance qu’un simple particulier, qui n’amènerait en garantie de la monnaie qu’il créerait, s’il en avait le droit, que sa seule bonne volonté ou renommée. Les banques de second rang, elles – BNP, SG ou autres – offrent des garanties de valeur intermédiaire – même si certains ultra-libéraux voudraient nous faire croire que les garanties bancaires sont supérieures aux garanties étatiques. C’est ce qui a pu justifier, d’ailleurs, la promulgation de la loi Pompidou-Giscard de 1973.

Quoiqu’il en soit, il existe une autre clause qui peut transformer un moyen de paiement, privé ou public, en moyen de paiement plus universel. C’est un décret-loi, à l’intérieur d’une zone géographique donné, rendant obligatoire, ou « forcée » l’acceptation de cette monnaie.

Q. Pourriez-vous préciser cette notion de cours forcé ?


Une même monnaie, disons l’Euro ou le Franc, peut avoir plusieurs formes. La forme « billet » a un cours à la fois légal et forcé. La forme « scripturale », qu’elle soit concrétisée par l’utilisation d’un chèque ou d’une carte bancaire, peut être refusée. Tout cela pour dire que la forme « billet », qui est la seule à pouvoir être émise – directement ou indirectement - sous l’autorité d’un Etat, ou d’un ensemble d’Etats, rend la banque centrale correspondante plus « fiable » par cette seule raison « réglementaire » que les banques de second rang, comme la BNP ou le Crédit Agricole, banques qui sont le plus souvent privées.

Q. Je ne comprends pas. Si la monnaie émise par la BCE est plus fiable, puisque garantie ‘légalement’ par les Etats, et puisqu’elle ne peut pas être refusée, pourquoi les Etats ne peuvent-ils se financer directement auprès d’elle ?

C’est effectivement une bonne question. En fait, la BCE devrait être au service des nations et des populations composant l’Europe, les Etats étant censés représenter leurs peuples, cette représentation ayant été obtenue par voie démocratique (ce qui n’est pas le cas de la BCE).

Mais par une curieuse évolution de l’histoire bancaire et monétaire, il semble que les Etats aient abandonné le soin de représentation et de souveraineté monétaire à la BCE, sans aucun droit de regard sur la monnaie émise par la BCE, dont le seul souhait actuel semble être de venir en aide aux banques privées, dont la situation économique est effectivement bien préoccupante.

Q. Et s’il fallait choisir entre sauver les banques, et sauver l’économie réelle, l’économie non financière ?


Le choix de l’Etat devrait être de sauver l’économie. Mais, apparemment, ce n’est pas le choix qu’a fait la BCE, qui est en train d’injecter en direction des banques de la zone Euro, depuis quelques semaines, une quantité phénoménale de monnaie ‘centrale’, de monnaie soi-disant fiable.
Et, pour paraître garantir la « fiabilité » de cette émission monétaire, la BCE n’a rien trouvé mieux que de prendre en garantie des reconnaissances de dettes de ces banques, dont les propres garanties sont déjà éminemment discutables, puisque les marchés financiers n’acceptent déjà plus de les refinancer dans de bonnes conditions, banques dont beaucoup ont d’ailleurs été 'dégradées' par les tristement fameuses agences de notation.

Et tout cela est fait hors de tout contrôle démocratique, des Etats ou de leurs représentants, à des taux d’intérêt proches de zéro, alors que les Etats eux-mêmes doivent se refinancer à des taux beaucoup plus élevés que leurs propres banques secondaires, 2 à 3% pour la France, 5 à 7% pour l’Italie, 14% pour le Portugal.

Q. Si je comprends bien, la BCE prête beaucoup moins cher à des banques privées, dont les garanties ne valent plus grand-chose, qu’aux Etats eux-mêmes qui, même s’ils sont partiellement insolvables, ne risquent pas de disparaître comme certaines banques, telles Lehman Brothers, et dont les garanties sont donc meilleures ?

C’est tout à fait cela, c’est d’ailleurs ce que semble illustrer si douloureusement la tragi-comédie de la Grèce et de sa dette publique. La résistance du système, qui tentera coûte que coûte de se maintenir, a sans doute été sous-estimée.

Certains d’entre nous ont pensé que les ravages causés par ce sauvetage à fonds perdus de l’Euro finiraient par convaincre la majorité de nos concitoyens, ainsi que les autres peuples de la « vieille Europe », que le système monétaire actuel ne pouvait plus durer, ne devait plus durer. A en croire certains sondages, la peur du changement, et les manœuvres du système, semblent l’emporter sur les faits.

Le chômage va s’installer durablement, les délocalisations vont continuer, le pouvoir d’achat va stagner, voire diminuer, et de nombreux pays de la zone euro actuelle vont s’enfoncer dans une récession durable.

Q. Que faudrait-il faire, d’après vous?

La plupart des économistes le savent, du moins tous ceux qui se sont intéressés à la chose monétaire, mais ne le disent pas. Si la BCE ne veut, ou ne peut, changer de politique, il faut que la Banque de France reprenne la main, et que certains traités européens soient modifiés, voire abrogés.

La Banque de France devrait pouvoir financer directement – en fonction de décisions prises par les représentants de la nation, et sous leur contrôle – le budget de l’Etat. Il devrait être fait interdiction aux banques de second rang – qu’elles soient entièrement privées ou partiellement nationalisées – de créer de l’argent, c'est-à-dire d’émettre de l’argent qu’elles n’ont pas, quelles que soient les garanties plus ou moins crédibles qu’elles apporteraient pour justifier cette création monétaire.

Seule la Banque Centrale, Banque de France dans ce cas, si l’Europe n’accepte pas cette réforme à son niveau, BCE si nous convainquons nos partenaires de nous associer à cette initiative, devrait avoir le pouvoir de créer de la monnaie, de « l’argent ».

Ce n’est qu’ainsi que la confiance de notre population peut réellement renaître, confiance en sa monnaie, qui ne serait pas une monnaie de singe, puisqu’elle serait garantie par l’Etat, et non par des banques dont les capitaux représentent de l’ordre de 5 à 6% seulement de leur actif.

C’est ainsi que la BNP a un bilan de l’ordre de grandeur du PIB français. Nos compatriotes croient-ils réellement que la BNP est plus solide que la France, et que des économies placées à la BNP ou à la S.G. sont mieux garanties que si elles étaient garanties par une nouvelle Banque de France?

Q. Mais quid de la question de l’Euro?

Si les pays de la zone Euro imposaient à la BCE de se mettre réellement au service des Etats, et non des banques privées, on pourrait sans doute conserver l’Euro, peut être « reconstruit », afin de prendre en compte l’évolution économique de ses divers constituants (17 maintenant) depuis 10 ans.

Sinon, il ne peut subsister qu’en lambeaux, et devrait laisser la place à une monnaie commune, regroupant diverses monnaies nationales, dont le franc2012 ou l’euro-franc, dont la valeur serait garantie par la Banque de France, travaillant elle-même exclusivement pour les intérêts de l’économie française et de nos compatriotes.

lundi 13 février 2012

EuroOrNotEuro_CelaSembleEtreLaQuestionFondamentale

Euro ou pas Euro. Faut-il en sortir, ou peut-on y rester?

Q. Bonjour

Bonjour

Q. Un sondage récent semble indiquer que moins de 20% de nos compatriotes souhaitent sortir de l’Euro. Ont-ils raison ?

Raison, je ne sais pas. Mais je peux comprendre leurs craintes, leurs peurs. Il est possible aussi que la position de Marine Le Pen et de ses conseillers économique n'ait pas été suffisamment expliquée,et donc n'ait pas été suffisamment comprise.

Q. Pouvez-vous préciser ?

Tout d’abord, ce n’est nullement pour des raisons idéologiques que Marine Le Pen jugerait souhaitable de sortir de l’Euro, mais parce qu’elle pense que c’est inévitable.

Et je dis cela tout en sachant pertinemment que les grecs, même privés de référendum, ont eux aussi pensé qu’il valait mieux rester dans la zone Euro que d’en sortir.

Je pense que ce fut un mauvais choix, mais vu le matraquage idéologique auquel ils ont été soumis de la part de leurs gouvernants et des organisations internationales, c’était difficile de penser différemment.

Je pense vraiment – comme les Prix Nobel Stiglitz et Krugman - que la moins mauvaise solution pour eux aurait été de sortir de l'Euro, voire d'aller jusqu'à répudier leurs dettes publiques. Même si aucune comparaison ne vaut raison, les Grecs auraient pu faire comme les Argentins.
Je crois aussi que, s’il y a des positions idéologiques, c’est bien du côté des défenseurs de l’Euro qu’il faut la chercher.

Q. Mais si nous revenions à la position française, et aux souhaits des français …

Je voudrais vraiment insister à nouveau sur le fait que ce n’est pas par idéologie anti-européenne que Marine Le Pen pense que l’Euro n’est pas viable, et qu’il faut donc déjà imaginer de sortir de la zone Euro. Cette position repose sur des faits.

Q. Pouvez-vous nous les rappeler ?


Il suffit, hélas, de considérer les ravages sociaux et économiques, internes à la zone Euro, en simplement 10 ans d’existence, ravages anticipés par beaucoup, et plus particulièrement par le Prix Nobel d'économie, Maurice Allais.

La zone Euro, dans sa composition actuelle, et avec les décisions que s’obstine à prendre la BCE, ne peut subsister sans causer des dommages de plus en plus irrécupérables, au moins du point de vue de la France et des Français.

En 10 ans, notre commerce international, qui était excédentaire en 2002, est devenu lourdement déficitaire: 70 milliards en 2011, dont 30 milliards de déficit avec l'Allemagne et 20 milliards avec la Chine.

Notre dette publique est passée de 900 milliards d'euros à plus de 1700 milliards fin 2011.

Notre chômage a explosé.

45 milliards de capitaux ont quitté chaque année la France, en solde net, ce qui correspond aux 100 000 emplois industriels perdus annuellement pendant cette période.

Q. Ne serait-ce pas une coïncidence ?


Coïncidence? C'est possible, mais peu probable. Il y a sans doute d'autres causes, comme la financiarisation de plus en plus poussée de notre économie, et l’ultralibéralisme voulu par l’OMC, cette "chienlit laissez-fairisme". Ces autres causes, Marine Le Pen cherche aussi à les combattre.

Mais revenons à la seule question de l'Euro. Que pourrait-on faire pour rester dans la zone Euro, sans que cela ne conduise à une tragédie "à la grecque"?

J’y vois au moins quatre conditions.

Q. Lesquelles ?


Il faudrait pour le moins:

1) rééquilibrer les échanges intérieurs à la zone euro, si l’on ne peut toucher à ses parités "fixées dans le bronze", afin de respecter les articles 1 à 4 de la charte de la Havane, et éviter ainsi une guerre commerciale à l'intérieur même de la zone Euro (ou exiger de l'Allemagne qu'elle nous donne - pur don - les 30 milliards d'euros que sa monnaie sous-évaluée nous coûte chaque année, argent que nous investirons pour rééquilibrer cette balance commerciale). Plus généralement, cela consiste à demander et obtenir une réciprocité dans les flux de capitaux, de biens, de service et de personnes.

2) exiger de la BCE qu'elle puisse financer directement les Etats – sous contrôle des représentants de leurs peuples respectifs - plutôt qu’uniquement leurs banques privées, dans une limite à débattre (abrogation des articles Maastricht104 et Lisbonne 123, (in-)dignes continuateurs de la loi de janvier 1973).

3) obtenir des USA et de la Chine une appréciation de leur monnaie contre l'euro, ce dernier étant trop cher d'au moins 10 à 15%

4) séparer d'urgence les différents organismes bancaires et financiers, pour préparer le passage au "100% monnaie centrale émise par la banque centrale" réclamée par Fisher et Allais.

Q. Et si ces conditions ne sont pas réalisées ?


Ce sont quatre conditions minimum pour que l'euro reste viable.

Mais si une seule de ces conditions est impossible à réaliser, du fait de l'obstination ou la mauvaise volonté de l'une quelconque des instances qui nous imposent actuellement leur diktat et qui tentent de nous régenter- à savoir la BCE, le FMI, l'OMC ou Bruxelles, il n'y aura qu'une seule solution.

Pour éviter de faire subir au peuple français la longue agonie du peuple grec, il faudra transformer la monnaie unique actuelle en monnaie commune, transformation accompagnée d'un passage au franc2012 (ou à l'euro franc, ou à l'euro français ...) ce qui aura aussi pour conséquence le passage à une souveraineté plus stricte, plus conforme à celle dont la France disposait avant 1973, pendant les Trente Glorieuses...

Ce n'est donc pas par idéologie que Marine Le Pen s’oppose à ce qui pourrait apparaître comme un acharnement thérapeutique, le sauvetage de l’Euro coûte que coûte, mais par réalisme, son seul souci étant que (re)vive la France.

Q. Mais si ce n’est pas le souhait des français ?


Il faut espérer que Marine Le Pen aura l’opportunité de montrer au cours de la campagne présidentielle que la peur des français, bien compréhensible, est peut être mal orientée, et que le système –celui que Marine Le Pen combat - a tout intérêt à effrayer nos compatriotes et à jouer sur une peur du changement tout à fait légitime.

A l’instar de Marine Le Pen, nous ne pensons pas que l’objectif « que revive la France » soit possible dans les conditions actuelles de fonctionnement de l'Euro, même si nos adversaires affirment - sans aucun argumentaire sérieux à l’appui de leurs affirmations - que la disparition de l'Euro serait aussi la disparition de l'Europe et la déchéance de la France.

Version vidéo dailymotion de cet entretien, ainsi qu'une version youtube

mercredi 8 février 2012

Quelques_Liens_Precisant_La_Position_Economique_De_Marine_Le_Pen

Un essai de clarification et de précision sur les propositions monétaires de Marine Le Pen

Quatre points vont être abordés ici: le franc, l'euro, la loi de 1973, et enfin des discussions plus générales.

Le passage au franc2012:

Les caractéristiques du franc2012

(Le texte ci dessous est repris d'une note de J.R. Sulzer et de B. Lemaire)
La zone euro se délitera, ou explosera, nul ne peut réellement prévoir quand cela se passera, et quelle forme cela prendra. Il ne s’agit donc pas de « sortir de l’Euro » à tout prix, mais d’y préparer nos compatriotes lorsque cet évènement se produira. C’est aussi inéluctable que la fonte des glaces, en cas de réchauffement climatique généralisé.

Il serait donc suicidaire – et irresponsable - de ne pas s’y préparer, et ce, de deux façons.

Tout d’abord en essayant de se concerter pour passer ou revenir à une monnaie commune, l’écu, qui reposera sur les différentes monnaies nationales qui vont peu à peu être remises en circulation. Mais aussi, et cela ne dépend cette fois que d’une décision politique de la seule France, en rétablissant une monnaie nationale, que l’on aurait pu appeler euro-franc, ou d’un tout autre nom, mais qu’il a paru plus simple d’appeler franc2012.

Si la parité de 1 pour 1 a été décidée pour le passage au franc2012, c'est à la fois pour des raisons économiques et techniques.

1) les raisons économiques, en dehors du fait que l'euro est un carcan qui va disparaître, soit en se délitant peu à peu, soit d'un seul coup, sont données par les analystes du groupe Nomura.

La monnaie nationale française - quel que soit son nom - devrait valoir à peu près 1.21 dollar (l'euro-écu, somme pondérée de ces diverses monnaies nationales, devrait lui, valoir 1.15 ou 1.16 dollar, alors que l'euro actuel, monnaie unique, varie entre 1.30 et 1.34 dollars)

Donc la parité de 1 euro = 1 franc2012 est dans l'ordre des choses économiques, elle est validée d'un pur point de vue de la compétitivité actuelle.

2) d'un point de vue purement théorique, puisque la valeur d’une monnaie est relative, on aurait pu prendre la parité que l’on voulait, 1 franc2012 pour 10 euros, 20 euros, 100 euros. Mais d’un point de vue pratique, et pour faciliter le passage à notre monnaie nationale, ce qui évitera toute valse des étiquettes, toutes les "erreurs d'arrondis" - volontaires ou non - il a paru préférable de rester sur ce choix, à la fois technique et pratique, de ne rien changer.

Concrètement, cela implique que, pour les commerçants comme pour les consommateurs, il n'y aura donc même pas besoin de changer quoique ce soit, soit dans les systèmes informatiques, soit dans les porte-monnaies. Un franc2012, un franc libéré (du carcan de la zone Euro décidée par Bruxelles), vaudra un euro.

Le passage au franc2012 sur la base de 1F2012 = 1 € évitera ainsi la rupture des signes monétaires. Les logiciels des entreprises et des banques peuvent basculer en un week-end (il n’y a quasiment rien à faire pour cela).

Nos concitoyens pourront donc faire leur marché dès le lundi suivant l’instauration du franc2012 sans rien changer à leurs habitudes, sans changement de leur pouvoir d’achat, en payant avec leur carte bleue, ou leurs anciens chéquiers libellés en euros, et qui seront réputés être valorisés en francs.

Sur l'Euro et la zone Euro:
Video sur la sortie de l'Euro

Sur ce point, on peut aussi lire le dernier billet de L. Pinsolle dans Marianne, qui précise que plusieurs Prix Nobel - de "gauche" d'ailleurs - jugent plus ou moins inéluctable la disparition de la zone Euro, et dérisoires et dangereuses les mesures prises actuellement, qui s'apparentent davantage à une médication moyenâgeuse - de type saignée de plus en plus fréquente d'un malade de plus en plus affaibli qu'à de véritables solutions. On peut imaginer qui joue le rôle des sangsues. Les malades, en tout cas, ce sont les peuples.

On pourra aussi se reporter à mon billet du 13 décembre sur ce même blog.

La loi de 1973 et le financement public/privé:

Une video sur : L'Etat doit pouvoir se financer directement auprès de la banque centrale.

Ce point a été développé sur ce blog ou ailleurs, par exemple sur le site Nations Presse Infos, ou sur un site affilié à Marianne, "contre-feux".

L'idée de base est de supprimer ce que l'on peut appeler le billard à trois bandes, qui impose à lEtat français de se financer auprès des banques privées ou des marchés financiers à un taux pouvant aller jusqu'à 4% pour la France (7% pour l'Italie, 14% pour le Portugal, 30% pour la Grèce ...).

Si l'Etat pouvait se financer directement, les intérêts seraient minimes, voire inexistants, et retourneraient de toute façon, plus ou moins directement, dans les caisses de l'Etat.

Dans le programme chiffré de Marine Le Pen, présenté le 12 janvier 2012, il est prévu une émission monétaire de 100 milliards d'euros - ou de francs2012, et les thuriféraires du système crient au scandale et à l'ineptie. La CE, soi-disant garante de l'orthodoxie monétaire, a pourtant, au mois de décembre, émis 489 milliards pour l'ensemble des banques de la zone euro (ce qui, compte tenu du poids de la France, représente déjà à peu près 90 milliards pour la France). Il est prévu que la BCE en émette encore 500 à mille milliards de plus en février (d'où, en 4 mois seulement, relativement 2 à 3 fois plus que ce qui est reproché à Marine Le Pen et à son projet, pour une année entière).

Si la vérité rend libres, le système n'est pas prêt de vouloir nous libérer...

Dernier point: discussion ouverte avec des militants et sympathisants

Quelques éléments pris sur le vif le 22 janvier, et pas nécessairement totalement construits ...


B.L.

vendredi 20 janvier 2012

AutourDuTripleAetDeSaPerte

Une catastrophe, la perte du triple A ?

Les Français, dont la grande majorité ignorait l’existence même des agences de notation jusqu’il y a peu, semblent se passionner depuis quelques mois, à tort ou à raison, pour le triple A qu’a perdu très récemment la France, au moins du fait d’une de la plus célèbre agence internationale, à savoir Standard & Poor.

O. Delamarche, dans l’une de ses chroniques sur BFM-TV, a bien tenté de remettre un peu de raison dans les arguments échangés plus ou moins courtoisement entre les différents experts qui soutiennent les candida[e]s aux prochaines élections présidentielles. Il ne semble pourtant pas vraiment avoir été entendu, alors qu’il n’a fait que rappeler des choses de bon sens, voire des évidences, sur le concept même de taux d’intérêt, sur son rôle, sur son impact.

Chaque emprunteur - donc un peu tout le monde - sait fort bien qu’il existe une kyrielle de taux d’intérêts, et que le niveau de ce taux, qui n’est pas le même pour une entreprise ‘standard’ ou un ménage ‘moyen’, peut aller de 1% à 17, 18, voire au-delà de 25% pour les emprunts publics grecs.

Avec un taux de 2%, les intérêts payés sont tels que la somme remboursée au final aura doublé en 36 ans. Avec 3%, taux apparemment raisonnable, ce sera en 24 ans. Avec un taux de 5%, le doublement est obtenu en 14 ans. Pour l’Italie ou l’Espagne, qui empruntent autour de 6 à 7%, le doublement aura lieu en 10 à 11 ans, ce qui est tout bonnement effarant. Et ne parlons même pas des prêts à la consommation dont certains tournent encore à 17%, juste en dessous du taux dit usuraire, et qui correspondent à un doublement de la somme empruntée en moins de 5 ans.

O. Delamarche, sans entrer dans ces détails, s’est contenté, si l’on peut dire, de rappeler que le taux d’intérêt appliqué à un emprunt donné, qu’il soit privé ou public, est sensé mesurer le risque lié à l’emprunt, et à l’emprunteur. Le seul fait qu’il y ait un ‘spread’, une différence, de 100 à 150 points (1 à 1,5%) entre les taux allemands et les taux français de même maturité aurait du suffire à faire comprendre que les créanciers potentiels, les fameux « marchés », n’avaient pas la même opinion sur la crédibilité économique de la France et de l’Allemagne.

Face à cela, la « dégradation » de la France, et pas de l’Allemagne, même si ce n’est que par une seule agence, ne fait que constater une évidence. Il est plus risqué de prêter à la France qu’à l’Allemagne.

Cela veut aussi dire, en mettant là encore les points sur les « i », que le créancier coure le risque de ne pas être remboursé, s’il prête à la France. Ce risque de défaut de paiement, Delamarche dit même qu’il est susceptible de se produire vis-à-vis de l’Allemagne. Pour lui, il n’y aurait plus aucune dette publique sûre : même l’Allemagne ne devrait plus ‘mériter’ un triple A. Que font donc nos Cassandre, ces fameuses agences de notation : oublieraient-elles de nous prévenir de cela, comme elles avaient ‘oublié’ de prévenir de la chute de Lehman Brothers, chute bien aidée, il est vrai, par son compère Goldman Sachs.

En fait, il est sans doute judicieux de se dire qu’il n’y a plus d’actifs sans risques, si tant est qu’il y en ait jamais existé.

Certains ont pu croire que l’immobilier était sans risque : il y a eu les subprimes. D’autres croient encore que l’or est sans risques, même si, à l’évidence, ses fluctuations récentes ont montré le contraire. On peut certes miser sur l’essor de certaines économies, par exemple sur celle de la Chine (dont la croissance varie annuelle entre 8 et 12%). C’est ce que font certains investisseurs, et ce qui explique la fuite des capitaux. Mais là encore, combien de temps cette croissance va-t-elle continuer, et en quelle ‘monnaie’ les investisseurs seront-ils payés ? Seront-ils d’ailleurs payés, si la Chine décide de nationaliser certaines entreprises étrangères ? Peut-on être sûr de nos placements dans l'Empire du Milieu?

En fait, le seul principe à peu près cohérent sur lequel on puisse s’appuyer est le suivant : le seul taux sans risque ne peut être calculé qu’à l’échelle d’une économie suffisamment développée, que ce soit la France, l’Allemagne, la zone euro, le Brésil, la Chine ou les USA, peu importe. Ce taux sans risque, c’est celui du taux de croissance. Il est illusoire d’espérer gagner davantage par son argent « qui dort » que par son travail : c’est du moins vrai au niveau global, macro-économique.

Ainsi, si le taux de croissance espéré pour la France est, en 2012, de 0.5%, ce sera aussi le taux d’intérêt « sans risque » (autre que celui de mauvaises prévisions). Si certains pensent pouvoir gagner beaucoup plus en plaçant ‘judicieusement’ leur argent, et s’ils réussissent dans ce pari, ce ne peut être qu’en ayant exploité les ‘travailleurs’, les véritables producteurs de richesses, en les ayant privés de ce que Maurice Allais appelait « revenus gagnés ».

Mais revenons maintenant aux gesticulations politico-médiatiques liées à cette ‘perte’ du triple A.

Cette perte annoncée avait déjà été plus qu’anticipée anticipée par les investisseurs potentiels et les marchés financiers, puisque le "spread" entre les emprunts allemands et les emprunts français l'intégrait déjà : la dernière adjudication du jeudi 19 janvier semble même montrer que ce spread a tendance à se réduire.

Le chiffrage du programme de Marine Le Pen, finalisé l'avant-veille de cette "dégradation" par Standard & Poor's en tient compte lui aussi.

Cette "dégradation" n'aura en fait que peu d'incidence en 2012 sur le remboursement des dettes passées, sachant que le montant de la dette qui vient à échéance cette année est de l'ordre de 180 milliards: un point d'intérêt en plus ou en moins correspondrait d’ailleurs à moins de 2 milliards de différence.

C'est au niveau des déficits - publics et commerciaux - que le niveau du taux d'intérêt 'accordé' par les marchés financiers aura le plus d'impact.

Si le déficit public se monte à 80 ou 90 milliards, et si les déficits sociaux avoisinent 20 ou 30 milliards, il faudra prévoir déjà de rembourser 3% de 100 à 120 milliards de plus, soit 3 milliards d'intérêts supplémentaires (en sus de l'accroissement de 100 milliards de la dette, celle de l'Etat plus celle des comptes sociaux).

Par ailleurs, si le déficit commercial 2012 est de l'ordre de celui de 2011, à savoir 75 milliards, ce sont les déficits privés qui augmenteront eux aussi d'autant: ce principal supplémentaire étant lui aussi affecté d'un taux d'intérêt au moins égal à celui de la dette publique, et donc très supérieur au taux de croissance prévu.

Il ne reste donc toujours que deux solutions: soit s'enfoncer plus profondément dans le système, et aller vers toujours plus de fédéralisme, synonyme d'une perte de souveraineté encore accrue. Cela signifie aussi s'appuyer encore davantage sur les possibilités de financement de l'Allemagne, et sa "bonne volonté" à venir en aide aux pays à la fois les plus déficitaires (public + commercial) et les plus endettés.

Soit aller vers une solution nationale souveraine, à savoir dans le cas de la France à permettre à l'Etat français d'emprunter directement à la banque centrale.
Dans le premier cas, les dettes et déficits publics et privés de la France ne pourront que continuer à augmenter.

Une dernière remarque, en guise de conclusion : plus un Etat est « risqué », plus il doit payer, et donc moins il a de chances de pouvoir rembourser. (Cela est encore plus vrai, bien sûr, pour les agents 'privés')

Les créanciers se payent sur la bête, avant que cette bête ne soit morte, même si, ce faisant, ils aggravent son sort. C’est exactement ce que Marine Le Pen a dit au cours du meeting de Rouen, « plus ils nous appauvrissent, plus ils s’enrichissent, et inversement ».

On marche vraiment sur la tête, et personne ne semble vouloir s’en apercevoir : tout se passe comme si le système s’acharnait sur les pauvres, qui doivent rembourser des intérêts bien plus importants que les plus aisés. Est-ce pour les punir d’être pauvres ?

Et pourtant, indépendamment de tout humanisme, c’est profondément stupide, comme l’histoire du scorpion qui ne peut s’empêcher de piquer la grenouille, même si cet acte le conduit à la noyade..

De fait, s’acharner sur les pauvres, même si c’est « facile », ce n’est pas « rentable », du seul point de vue du profit, sauf pour les premiers qui se ‘retirent à temps’. [Les derniers créanciers, eux, se retrouveront le bec dans l’eau, avec des créances dévalorisées]

Il serait plus sage de faire payer les riches, ceux qui peuvent rembourser, que les pauvres, ceux qui ne pourront jamais rembourser en totalité, mais qu’on laisse s’agiter au bout d’une corde en leur faisant espérer un sauvetage in extremis.

C’est le cas de la Grèce, ce peut être le cas de la France, en lui faisant miroiter que l’Europe telle qu’elle est vue par la pseudo-gauche, la pseudo-droite, ou le pseudo-centre, l’Europe Fédéraliste, viendra couper à temps la corde, alors que ce n’est que le nœud coulant qui se resserre inexorablement.

Ai-je besoin de dire que, pour un nombre de plus en plus importants de Français, ceux qui ont pris conscience peu à peu de ce piège mortel, Marine Le Pen représente l'espoir?

vendredi 16 décembre 2011

Regle_dOr_Libre_Echange_Intelligent

Pour une nouvelle règle d’or : celle d’un libre échange intelligent.

La question des dettes publiques monopolise la plupart des débats économiques et politiques actuels. Et c’est sans doute à juste titre. Mais l’on parle beaucoup moins d’une question dont la portée, à la fois immédiate et à plus long terme, est sans doute plus importante encore : celle du déficit commercial accompagné, ou causé, par une délocalisation de plus en plus massive.

De fait, depuis 2003, la balance commerciale de la France n’a fait que se dégrader, pour dépasser aux dernières estimations 70 milliards d’euros. Par ailleurs, sur les 10 dernières années, le déficit cumulé entre les investissements français à l’étranger et les investissements étrangers en France a atteint plus de 450 milliards d’euros, soit une fuite annuelle de capitaux ‘utiles’ de 45 milliards d’euros. Combien de pertes d’emplois ont accompagné ce flux ?

En première approximation, on peut estimer dans un rapport de 3 ou 4 à 1 (estimations de M. Allais sur la proportion existant entre le capital et le revenu) la perte de revenus correspondante, et en déduire, à partir du revenu moyen d’un salarié, la perte d’emplois correspondante.

Le désastre de 10 ans d’une monnaie non adaptée au contexte international.

Les 45 milliards ‘délocalisés’ annuellement correspondraient ainsi, chaque année, à une perte d’environ 12 milliards de revenus, correspondant eux-même directement à plus de 200 000 emplois perdus chaque année, c'est-à-dire 2 millions d’emplois en 10 ans.
Douze milliards par an, c’est aussi plus d’un demi-point de croissance perdu annuellement, si l’on part d’un PIB de 1900 milliards. Bien sûr, l’accompagnement social du chômage, et diverses mesures dilatoires politiquement ont pu cacher ce désastre économique, et ramener ces 2 millions à un montant plus ‘acceptable’.
Il n’en est pas moins vrai que l’on ne peut pas cacher indéfiniment sous le tapis de la démagogie et des promesses pré ou post-électorales cette perte dramatique d’emplois, industriels ou de service.

Signalons enfin que la seule période à ne pas avoir connu cette véritable descente aux enfers est la période 2002-2003, lorsque la parité de l’euro vis-à-vis du dollar était autour ou en dessous de 1.2 dollar pour un euro.

Une règle d’or de bon sens.

Il est sans doute difficile, faute d’accords internationaux, d’imaginer que l’on puisse facilement bloquer ces délocalisations, ou rééquilibrer automatiquement les échanges de biens et services entre des pays aux situations économiques, sociales, environnementales si dissemblables, même si cet équilibre ‘éthique’, de bon sens, avait été explicitement recherché par certains négociateurs – J.M. Keynes en tête – du feu système De Bretton Woods.

Nécessité faisant loi, et pragmatisme oblige, pourquoi ne pas proposer une règle toute simple, reposant sur la véritable parité que devrait avoir une monnaie par rapport à une autre, parité qui pourrait être calculée à partir d’un panier de biens et services correspondant au type de biens et services faisant l’objet des échanges les plus fréquents entre les 2 pays concernés.

Cette règle d’or traduirait donc simplement un vieux principe, un peu oublié, celui de la parité du pouvoir d’achat entre deux monnaies : si le panier chinois vaut 1000 yuans et le même panier vaut 500 euros en France, la parité devrait être de 1 euro pour 2 yuans. Voilà une règle d’or facile à comprendre, et que l’on pourrait recalculer tous les ans : des calculs analogues entre l’euro et le dollar montrerait que, pour la plupart des biens manufacturés, la parité correcte actuelle devrait être de 1.2 et non de 1.3, ou plus.

Cette règle d’or peut être utilisée de diverses façons, ou prendre divers aspects : une taxe de « libre échange », des accords entre entreprises importatrices et exportatrices pour équilibrer a priori, plutôt qu’a posteriori, importations et exportations venant d’un pays donné, ou concernant un secteur donné.
Dans le cas e la France et de l’Allemagne, on pourrait imaginer que des accords bi-latéraux reposant sur ce type de mesures pourraient permettre d’annuler très rapidement le déficit commercial de 30 milliards d’euros qui représente 40 % du déficit commercial global de la France. Entre partenaires, on ne peut demander moins …

L’éthique du libre-échange, et l’esprit de la charte de la Havane.

D’autant plus que cela serait pleinement conforme aux attendus éthiques et équitables de l’esprit de la charte de la Havane, qui a ouvert la voie à tous les accords de libre-échange dont tant de personnes, d’entreprises et d’organisations se réclament actuellement.

jeudi 15 décembre 2011

Une_Monnaie_Au_Service_Du_Bien_Commun

Pour une monnaie "100%" au service du bien commun.

Ce billet aurait aussi pu s'appeler: La crise - pourquoi tant d'aveuglement sur ses causes et ses effets, et donc ses solutions.

Cet aveuglement idéologique repose t-il sur une conception erronée du rôle exact que joue, ou devrait jouer, la monnaie ? Confondons-nous, par ignorance ou par malice, cet instrument - qui devrait être au service du bien commun, du bien public - avec le symbole tout puissant de la richesse, tels le roi Midas ? Peu importe à vrai dire. Le résultat est là.

On compare certes de plus en plus souvent la crise actuelle à la grande crise de 1929, mais sans vraiment aller au-delà d’une vague analogie reposant sur des comparaisons chiffrées portant sur la hausse du chômage et la baisse des valeurs boursières.

Tout se passe comme si les analyses qui ont été faites sur les causes profondes de la grande dépression n’avaient jamais existé.

C’est ainsi qu’à grands renforts de slogans – ou « d’éléments de langage » - slogans qui reposent le plus souvent sur la recherche de boucs émissaires dont l’identité dépend de l’idéologie du dernier ‘expert’ qui parle, on s’efforce de traiter l’un ou l’autre des symptômes d’une crise globale, systémique, et qui ne peut donc se traiter qu’en s’attaquant aux racines du mal, à savoir au système lui-même et à son fonctionnement actuel.

La crise actuelle, dont les préliminaires datent de la crise asiatique des années 1998 – dont le Japon n’est toujours pas sorti – n’est que la continuation de la crise de 2006-2008, dite des ‘sub-primes’. Celle-ci s’est révélée au grand public avec la chute de Lehman Brothers, qui a permis à son grand concurrent Goldman Sachs d’apparaître depuis lors comme faiseuse de rois, ou de premiers ministres.

M. Allais, décédé en 2010, est l’un des premiers à avoir pronostiqué, dès 1998, la crise qui allait déstabiliser l’Europe, et peut être le monde dix années plus tard, en s’appuyant pour cela sur une analyse de la crise de 1929.

Pour M. Allais, comme pour I. Fisher d’ailleurs, l’origine de la grande dépression commencée en septembre-octobre 1929 aux Etats Unis –et qui s’est terminée comme on le sait, par les horreurs de la deuxième guerre mondiale - représente la meilleure, ou pire, illustration que l’on puisse donner des effets nocifs d’un mécanisme incontrôlé et intrinsèquement pervers du crédit reposant sur:

1. la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit,
2. le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme,
3. le développement d’un endettement gigantesque,
4. une spéculation massive sur les actions et les monnaies,
5. un système financier et monétaire fondamentalement instable.

En rappelant que cette crise de 1929 a vu le PIB américain diminuer en 4 ans de 29%, faut-il s’étonner de la comparaison ainsi faite entre deux crises distantes de près d’un siècle, alors même que le financier G. Soros, bien vivant lui – et spéculateur à ses heures- a pu écrire, dès 2007: « le système financier international tout entier repose sur des bases erronées » ?

Faut-il donc s’étonner que la Grèce ait déjà vu une diminution de son PIB de plus de 10% en 2 ans, que l’Espagne compte près de 20% de chômeurs, et que la récession est annoncée pour l’ensemble de la zone euro par la plupart des prévisionnistes ?

Est-ce dire qu’il n’y a rien à faire, et qu’on ne peut que tenter d’atténuer les effets désastreux de cette crise par un accompagnement social, quand ce n’est pas uniquement par de simples vœux pieux à connotation fortement électoraliste?

Oui, si l’on refuse de tirer les leçons du passé en s’attaquant aux fondements même du système, tout en répétant à l’envi « il faut sauver l’euro, il faut sauver l’euro », en fermant les yeux devant les conséquences inéluctables, économiques, sociales et politiques, d’un tel aveuglement. Dans ce cadre là, il n’y a effectivement pas grand-chose à espérer pour la grande majorité des peuples et des nations qui composent la zone euro ou l’Union européenne actuelle.

Il y a pourtant une autre solution, celle que Fisher et Allais, encore eux, ont proposée, l’un depuis près d’un siècle, l’autre depuis des décennies. Cette solution, défendue par une poignée d’économistes plus ou moins hétérodoxes et de toute sensibilité politique (la fameuse union nationale dont on parle tant) revient à trois propositions qui changeraient de fond en comble le fonctionnement du système banco-financier, et qui se résument à une seule, la nationalisation de la monnaie, mais pas des banques :
1. Les actuelles banques de dépôts deviendraient de simples Sociétés de Services Monétaires (S.S.M) assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, la garde et la gestion des moyens de paiement de leurs clients, et les comptes de ces derniers ne pouvant comporter aucun découvert ;
2. Des Sociétés d’Epargne et de Financement (S.E.F), ou « banques de prêts » emprunteraient et prêteraient ces fonds, la « vraie épargne », le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés.
3. Des Sociétés ou Banques de Marchés et d’Investissement (B.M.I ou S.M.I) chargées de mettre en place des solutions de financement direct et de vendre, structurer et gérer des instruments financiers.

Une monnaie « 100 pour cent au service du bien commun ».

Cette triple proposition – parfois connue sous le nom de « 100% monnaie centrale » (qu’il faudrait mieux traduire par une monnaie 100% au service du bien commun) aurait pour conséquence de redonner une souveraineté monétaire pleine et entière à la nation, ou au groupe de nations, qui déciderait de l’appliquer.

Des calculs ont été faits à ce sujet pour l’Europe et pour la France.

Dans ce dernier cas, il a été calculé que, sans la moindre modification de la masse monétaire actuellement en circulation (que ‘on se réfère aux agrégats M1, M2, voire M3), les mécanismes en jeu dans la transition entre le système financier actuel et celui du « 100% » pourraient conduire à une neutralisation progressive de la dette publique de l'Etat de l'ordre des 2/3, avec un montant substantiel dès la première année équivalent aux obligations d'état détenues par les banques: ce qu'Irving Fisher appelait déjà en 1935 le "Dividende Social" de la réforme.

Cette neutralisation correspondrait ‘simplement’ – si l’on peut dire - à la remontée progressive des obligations publiques françaises à l’actif de la banque centrale, les intérêts éventuels restant à courir apparaissant alors comme des rentrées supplémentaires pour le Trésor Public, et non comme une dépense supplémentaire.

Cela éviterait de ce fait de continuer les opérations de cavalerie actuelle, consistant à ce que la Banque Centrale rachète sur le marché secondaire, le marché d’occasion, des obligations publiques, tout en permettant aux banques secondaires, elles, d’acheter directement, au prix du neuf, de nouvelles obligations publiques permettant de rembourser de vieilles obligations venant à échéance.

Alors oui, nous pouvons sortir par le haut de la crise actuelle, mais cela ne peut se faire qu’en modifiant complètement la façon de gérer notre système monétaire, en interdisant dorénavant aux banques de second rang, qu’elles s’appellent SG, UBS, CA, BNP ou autres de « battre monnaie ». On comprend pourquoi certains de leurs experts voient cela d’un très mauvais œil.

mardi 13 décembre 2011

Euro&Ideologie

La sortie de l’euro : quand l’idéologie remplace l’argumentation.

La 'science économique' n’est vraiment pas une science exacte. Ceux qui n’en seraient pas encore convaincus n’auraient qu’à lire le journal Les Echos de ce jour, et l’article consacré à une éventuelle sortie de l’euro. Dans cet article, la journaliste - Lucie ROBEQUAIN - dit s’appuyer sur un modèle économétrique – et ses jolis graphiques - pour « prouver » que si la France sortait de l’euro, ce serait la catastrophe.

Où l’on fait dire à un modèle ce qu’on veut lui faire dire.

Ayant enseigné pendant plus de 30 ans la modélisation à HEC, j’ai toujours tenté de faire comprendre deux choses à mes étudiants. Tout d’abord que le modèle n’était pas la réalité, et que la « carte n’était pas le territoire ». Ensuite que les conditions d’application du dit modèle devraient être respectées. En d’autres termes, qu’il ne fallait pas demander à un modèle, construit pour répondre à certains objectifs (la carte du métro de Paris ne nous dit pas grand-chose sur les films qu’on joue dans cette ville), plus qu’il ne pouvait donner.

Le modèle, utilisé par l’Institut Montaigne – joli nom au demeurant – ne répond à aucune de ces deux conditions de bon sens. Il est pourtant dit que ce type de modèle ne devrait être utilisé que pour de petites fluctuations monétaires – ce qui ne serait pas le cas si le franc était prétendument dévalorisé de 20% par rapport à sa valeur actuelle – et que son degré de validité (comme on dit pour la meteo) n’est que de 1 sur 5. Et, plus fort encore, si l’on peut dire, ce modèle – dont la cohérence externe est donc tout à fait discutable – ‘prédirait’ une baisse du PIB allant de 6 à 19%. Bonjour la précision.

Bien entendu la rédactrice de l’article, qui pense sans doute avoir commis un brulot contre ceux, assez peu nombreux encore mais dont le nombre va grandissant, qui contestent que la sortie de l’Euro serait une catastrophe pour la France, pour l’Europe, voire pour le monde entier, ne retient que l’estimation haute de la fourchette : 19% de baisse pour le PIB, et un million d’emplois perdus.

L’idéologie comme argumentaire principal.

Mais laissons tomber là les modèles dont l’on sait, depuis l’affaire des subprimes et de la titrisation d’actifs ‘pourris’, qu’ils ne sont souvent élaborés que pour paraître justifier les résultats que l’on veut obtenir, et abordons les deux autres points de l’article, encore plus clairement ‘manipulatoires’.

Le postulat de base de la journaliste des Echos serait que le franc2012 serait dévalué de 20%. Même si cette estimation est plausible par rapport à l’euro-mark (que l’Allemagne reste dans l’euro, ou en sorte, d’où l’expression ‘euro-mark’), ce n’est sûrement pas le cas vis-à-vis de l’euro-lire ou l’euro-peseta, puisque, au niveau des valeurs intrinsèques des différentes monnaies nationales, la plupart des experts s’entendent sur l’échelle minimaliste suivante proposée par la banque d’affaires Nomura, échelle qui correspond à leur puissance et compétitivité économique respectives :
drachme :0.47, peseta :0.71, lire :0.86, franc :1.0 mark : 1.13. Le « 20% » énoncé par L. Robequain n’a donc aucune réalité économique, même par rapport à l’Allemagne.

Il est donc difficile d’accepter, là encore, les chiffres extravagants qui semblent arranger Lucie Robequain , en particulier quand on en vient à la question des dettes publiques, passées en moins de 5 ans de 1200 à 1700 milliards.

Notre experte des Echos prétend qu’une dévaluation de 20% du franc par rapport à l’euro augmenterait cette dette d’autant. Ceci est manifestement faux, puisque si la parité initiale retenue pour le franc2012 vis-à-vis de l’euro est de 1 – ce qui correspondrait, nous l’avons dit, à sa parité ‘normale’ relativement au panier des autres monnaies constitutives de l’euro actuel – il n’y aurait aucun changement au moment du passage à l’euro.

Non, les dettes publiques n’augmenteraient pas du seul fait qu’elles seraient exprimées en franc, bien au contraire.

Ce ne serait que si, par la suite, la dévaluation postulée par L. Robequain s’avérait exacte que cela impacterait le niveau des dettes publiques, mais pas dans le sens annoncé. De fait, pour les détenteurs de la dette publique française, résidant en France, cela ne changerait évidemment rien, puisque nous sommes dans l’hypothèse que le franc2012 serait notre nouvelle monnaie nationale, et que l’euro n’aurait une valeur que sur les marchés extérieurs.

Par contre, pour les détenteurs non résidents de cette dette, cela constituerait une perte, qui n’aurait aucune conséquence sur le niveau des dettes publiques françaises, exprimées en francs2012.

Un dernier point, qui paraît plus sérieux celui là, porte sur les intérêts que les marchés financiers imposeraient à la France pour la ‘punir’ d’avoir ainsi osé quitter la zone euro, avant même qu’elle ne se désagrège toute seule.

Il est clair que la France n’aura pas, à elle seule, le pouvoir d’influencer les marchés – même si l’on peut se demander si la zone Euro a encore le moindre pouvoir en ce domaine. Le plus sûr moyen pour la France d’échapper à cet éventuel diktat extérieur serait … de pouvoir se passer d’y avoir recours. Ceci est évidemment possible, à la condition que le déficit commercial de la France – qui ne s’est véritablement creusé que depuis la naissance de l’euro, faut-il le rappeler – ne soit fortement réduite.

Mais cela est justement attendu de plusieurs mesures, en sus ou à côté de l’éventuelle dévaluation postulée par notre journaliste experte, mesures qui constituent ce que le regretté Maurice Allais appelait du protectionnisme intelligent et raisonné : il aurait pu se faire au niveau de l’Europe, il peut se faire au niveau de la France. Sans déficit commercial, l’influence, bonne ou mauvaise, des marchés financiers sur la politique économique et monétaire de la France serait très fortement diminuée, voire annihilée, et la question des taux d’intérêt aurait perdu une bonne partie de son importance, surtout si la France retrouve tout ou partie de la souveraineté monétaire qu’elle a perdue depuis 1973.

Raisonnons par l’absurde, et comparons.

Allons cependant encore plus loin, et supposons que les conclusions de L.Robequain soient partiellement vraies : nous allons prendre des chiffres intermédiaires, 12% de diminution de PIB, 500 000 emplois perdus, même si je n’y crois absolument pas, ces ‘conclusions’ me paraissant beaucoup plus idéologiques, voire dogmatiques, que scientifiques. Et demandons-nous ce que les plans de rigueur et d’austérité – dont nous n’avons pour le moment subi que les premiers effets – amèneront comme conséquences pour la France.

500 000 emplois perdus, c’est déjà moins que ce qui ont disparu les cinq dernières années, et il est à craindre que le fait de rester 5 ans de plus dans la zone euro n’ait des conséquences plus graves encore. Il suffit de regarder ce qui s’est produit pour la Grèce (moins 10% en 2 ans, et ce n’est pas fini). La croissance prévue en France a déjà été rajustée à la baisse de plusieurs points, et, là encore, ce n’est sûrement pas fini, du moins si l’on continue à élaborer notre politique économique à la seule aune de ce que semblent penser les marchés financiers et leurs armes de destruction sociale massive, les fameuses agences de notations. Alors, vaut-il mieux ne rien faire, tel un mouton que l’on conduit à l’abattoir, ou tenter une sortie ?

A chacun de choisir, mais aucun argument scientifique ne permet d’affirmer que sortir – à temps de l’euro – est plus dangereux que d’y rester, bien au contraire, même si la pensée dominante, sinon unique, nous l’affirme. Idéologie, quand tu nous tiens …