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dimanche 23 février 2014

PourUneRenaissanceDuFranc


Les conséquences d’une renaissance du franc : mythes, fantasmes et réalités …

Quelques réponses aux questions que se posent légitiment les français, par Bruno Lemaire, professeur émérite HEC, conseiller économique de Marine Le Pen.

Q. La sortie de l’Euro est-elle inévitable, et quelles en seraient dans ce cas les modalités ?

Inévitable, peut-être pas. Ce qui est sûr, c’est que l’Euro est sous perfusion, et que l’Eurozone ne subsiste que grâce aux petites et grandes manœuvres de la BCE, un ancien de la banque Goldman Sachs à sa tête.

De fait, il n’y a que 3 scénarios possibles, en dehors d’un statu quo qui ne peut que continuer à affaiblir la majorité des pays et des peuples de cette eurozone.

Q. Lesquels ?

Le scénario 1, celui recommandé par Marine Le Pen, serait une sortie coordonnée de l’Euro, qui se concrétiserait par la renaissance des monnaies nationales dans chacun des 18 pays de l’Eurozone, un franc nouveau, une peseta nouvelle, une lire nouvelle, etc.

Le scénario 2, plus brutal, serait l’éclatement de la zone euro en 2 zones monétaires, l’eurozone « germaine »  et l’eurozone « latine »

Le scénario 3, encore plus brutal – mais qui n’est pas le moins plausible si l’on continue à nier les problèmes soulevés par l’existence même de l’Euro – c’est l’explosion de l’Euro, ce qu’avaient d’ailleurs envisagée, fin 2011, Jacques Attali et même Jacques Sapir.

Ce serait sans doute la pire situation pour l’Allemagne, alors que la France aurait dans les 3 cas un surcroît annuel de croissance supérieur à 2%, voire davantage, cette croissance étant d’autant plus forte que la dépréciation du franc nouveau par rapport au niveau actuel de l’euro serait importante.

Q. Et quel serait ce niveau ‘optimal’ pour la dépréciation du franc nouveau?

Les valeurs envisagées par les experts du Front National varient entre 10 et 20% de dépréciation (soit un niveau compris entre 1.05 et 1.20 contre dollar.

Q. Très proches, en fait, du niveau initial de l’Euro, qui valait 1.17 dollar.

Tout à fait. En fait, 10% de dépréciation correspondrait au niveau d’équilibre envisagé par le cabinet Nomura, fin 2011, et 20% à ce que suggérent les économistes réputés à gauche, J. Sapir et P. Murer.

Q. Pouvez-vous préciser à quoi servirait cette dépréciation ?

L’économie, si elle n’est peut-être pas une science aussi « respectable » - ni respectée – que les mathématiques, la physique, la chimie – des sciences dures – dispose quand même de quelques lois validées par l’expérience. L’une de ces lois – du simple bon sens pourrait-on dire – c’est qu’une dépréciation renchérit les importations, et rend les exportations plus attractives.

Il s’agit donc, si l’on retrouve notre souveraineté monétaire, ce qui ne peut se faire qu’avec la renaissance d’un franc nouveau, et donc la disparition de l’euro en tant que monnaie unique, de fixer le bon niveau de cette dépréciation pour obtenir la réduction de notre solde commercial, afin que la valeur globale des biens et services exportés compense exactement la valeur des biens et des services importés.

Q. La valeur du franc nouveau devrait donc être telle que le déficit commercial de la France soit réduit à zéro, au lieu d’être actuellement de plus de 60 milliards ?

Oui, c’est tout à fait cela.

Q.  Mais on nous dit pourtant que si le franc nouveau était moins cher par rapport au dollar, le prix des importations de pétrole augmenterait …

C’est vrai, le prix unitaire du baril augmenterait, du moins la partie hors taxe, qui ne correspond en fait – brut plus raffinage - qu’à 36% du coût à la pompe pour l’essence, et à 45% pour le gas oil. On estime cependant que la quantité consommée diminuerait, du fait de ce que l’on appelle l’effet prix, qui varie de produit en produit, et de secteur en secteur, et que d’autres sources d’énergie alternatives pourraient être recherchées, un peu comme ce qui s’était passé en 1973/1974, lors du premier choc pétrolier.

Plus généralement, en tenant compte de cet effet-prix, à la fois sur les importations et exportations, on retrouve le fait que pour équilibrer nos échanges, une dépréciation du « Franc nouveau » de l’ordre de 10 à 20% par rapport au niveau actuel de l’euro contre dollar permettrait de rééquilibrer nos échanges de biens et services puisque, dans le même temps, le mark nouveau serait lui apprécié d’environ le même pourcentage.

Q. 20%, c’est quand même beaucoup, non ?

En fait, lorsque Pinay a été amené aux affaire par de Gaulle, le franc a été déprécié par rapport au dollar de 35%, même si cette dépréciation est passée inaperçue du fait que nous sommes passés simultanément au nouveau franc, dit encore franc Pinay, dépréciation qui a d’ailleurs permis une forte croissance pendant les années qui ont suivi.

Q. Je veux bien croire que cette dépréciation va permettre à la compétitivité française d’être restaurée, et d’atteindre à nouveau l’équilibre entre nos exportations et nos importations …

Equilibre que nous avions eu entre 1992 et 2002, et même plus, puisque nous étions même exportateurs nets tout au cours de cette période.

Q. En fait, ce que je veux dire, c’est que va devenir notre épargne. Elle est actuellement libellée en euros, non ?

Oui, et que ce soit libellé en euros ou en francs nouveaux n’a pas beaucoup d’importance, au moins pour les épargnants qui vivent en France, ou qui comptent investir et dépenser en France. Mais le vrai problème de l’épargne n’est pas là.

Q. Que voulez-vous dire ?

Actuellement, l’épargne accumulée par nos compatriotes dans les banques ou compagnies d’assurance françaises est de l’ordre de 2000 milliards, dont plus de 1500 milliards correspondent à des épargnants modestes, ceux que l’on appelle des petits épargnants.

Q. Oui, et alors ?

Cette épargne est gagée sur la solidité de l’économie française, et en premier lieu, sur la solidité de nos banques. Si ces banques ont des problèmes, ce qui est le cas pour plusieurs d’entre elles, cette épargne est grandement menacée.

Q. Comment cela ? Je croyais que notre épargne était garantie à hauteur de 100 000 euros par compte …

Théoriquement, oui. Mais, en fait, le fonds de garantie est abondée de 2 milliards seulement. Alors, 2 milliards pour garantir 2000 milliards, ou même 1500 milliards, le calcul est vite fait. Ce n’est pas ce fonds de garantie qui peut garantir quoique ce soit. La seule garantie, ce serait d’avoir une économie solide, ce qui n’est pas le cas pour les « eurozonards » que nous sommes, d’où l’importance de sortir au plus vite de ce carcan de l’Euro, et de retrouver notre souveraineté monétaire, qui ne peut que s’appuyer sur une monnaie nationale, le franc nouveau.

Q. Pour le déficit commercial, je pense avoir compris, pour l’épargne d’accord aussi, mais pour toutes les dettes publiques que nous avons engrangées depuis 30 ou 40 ans, il faudra bien les payer un jour. Alors, avec une monnaie dépréciée, cela sera encore plus difficile, non ?

Dans le contexte actuel, vu que notre dette continue à croitre de plus de 80 milliards par an, ce qui donnera un montant de l’ordre de 2050 milliards de dettes publiques fin 2014, cette dette ne pourra pas être totalement remboursée avant un siècle ou deux, au mieux.

Q. Comment cela ?

Pour commencer à rembourser, il faut déjà que notre déficit soit réduit à zéro, et même que nous ayons un excédent budgétaire – ce qui ne s’est jamais produit depuis 40 ans. Mais même en supposant qu’à partir de 2017 on réussisse à faire mieux qu’équilibrer nos dépenses et nos recettes publiques, et à a engendrer ne fut ce que 10 milliards d’excédent annuels, il faudrait 2 siècles pour rembourser 2000 milliards. Autant dire que cela ne se fera pas ainsi, avec une croissance atone et une pression fiscale déjà à la limite du supportable.

Q. Et en quoi le passage à l’euro permettrait de faire mieux, surtout si le montant de cette dette est plus important, du fait de la dépréciation du franc nouveau ?

La dépréciation éventuelle du franc n’aura pas beaucoup d’impact, puisque cette dépréciation se fer tout d’abord en 2 étapes. La première se concrétisera dans un simple changement de nom de « notre » monnaie nationale », un franc pour un euro. Les 2000 milliards d’euros se transformeront ainsi en 2000 milliards de franc s nouveaux.

Q. Et ensuite…

97% de ces dettes sont libellés en droit « international », en fonction de la nationalité du débiteur ; dit autrement, ils sont remboursables en monnaie nationale, française dans le cas présent.

Seuls 3%, c’est-à-dire 60 milliards, devront être remboursés en euros (ou en équivalent dollar, si l’euro n’existe plus) Si cet euro – ou ce dollar -  prend, par la suite, 20% de valeur par rapport au franc, le passage à l’Euro aura coûté 10 ou 20% de ces 60 milliards, soit 6 à 12 milliards d’euros. On est donc loin des 200 ou 300 milliards évoqués par Nicolas Sarkozy ou François Hollande au cours de la campagne présidentielle de 2012.

En ce qui concerne le remboursement de l’ensemble de la dette, le passage à l’Euro n’aura pas d’effets miraculeux, certes, mais une économie plus forte, et une croissance retrouvée, ne peuvent que faire mieux que le statu quo, celui d’une eurozone en déliquescence.

lundi 18 novembre 2013

AuxAmisQuiNousVeulentDuBienEtQuiNousDonnentDesLeconsEnEconomie

Aux Amis Qui Nous Veulent Du Bien Et Qui Nous Donnent Des Leçons En Economie ...

Je n'aurais pas la méchanceté de dire à nos amis, anciens ou nouveaux, que leurs conseils, surement éclairés, ont participé peu pou prou, depuis 40 ans, à la situation économique désastreuse dans laquelle nous nous trouvons. S'il suffisait de diminuer les dépenses de l'Etat (sans dire où) et de na pas augmenter fiscalement ses recettes, même notre président, qui n'a jamais vu une entreprise de près depuis qu'il a quitté les bancs de HEC, aurait utilisé cette potion magique. Mais passons.

De fait, s'il y a un fort joli tir de barrage en ce moment contre les prétendues « dérives marxisantes ou collectivistes », ce n'est pas innocent. Tout se passe comme si on voulait déstabiliser une ligne économique "stratégique" au FN.

Le FN aurait tout faux sur le plan économique (il est vrai que c’est de plus en plus difficile de l’attaquer sur ses autres points : immigration galopante, insécurité exponentielle – et pas seulement « sentiment » d’insécurité – politique familiale absurde, communautarisme exacerbé, clientélisme même plus caché …)

Mais revenons à nos faux amis, et à nos vrais adversaires, qui prétendent que c’est avec toujours plus de libéralisme et toujours moins de dépenses publiques – bonnes ou mauvaise, peu importe, elles seraient à condamner ‘globalement’.

Je vais reprendre ici deux points, celui de l’Euro et celui du protectionnisme « raisonné »  – en plus du fait que certaines dépenses, liées à l’immigration, à la fraude fiscale et sociale, et à notre participation au budget européen pourraient être taillées dans le vif, ce qui diminuerait de ce seul fait les dépenses annuelles de l’Etat d’environ 50 milliards.

Tout d’abord, devons-nous rappeler que Marine Le Pen n’a jamais dit que l’Euro allait nécessairement éclater, mais que la zone Euro était sous perfusion, sous soins palliatifs, depuis 2010. C’est un constat, difficilement niable. L’Eurozone est une zone monétaire instable, avec beaucoup de perdants, et peu de gagnants. Cette copropriété, bâtie de bric et de broc, ne tient plus que grâce à la volonté et les décisions monétaires d’un ancien employé de Goldmann Sachs, qui sait fort bien comment trafiquer les comptes de certains états, puisqu’il s’est fait les dents, dit-on, sur la Grèce.

Les économistes du FN/RBM, contrairement à des experts aussi talentueux, ou aussi reconnus, que Messieurs Sapir ou Attali (en novembre 2011 pour ce dernier), n’ont jamais dit qu’il y aurait disparition automatique de l'Euro en 2012. Je me permets d’ailleurs de renvoyer le lecteur ou l’internaute à mes propres articles ou conférences à ce sujet. Par contre, ce que nous avons toujours dit, c’était qu’une sortie concertée de l’Euro était la seule bonne piste, car une éventuelle, et fort plausible, explosion de l’Euro aurait des conséquences catastrophiques, en sus des centaines de milliards de l’Euro déjà dépensées en vain.

Certes, l'Euro peut continuer à être sous soins palliatifs pendant des mois, voire des années, mais avec des conséquences insupportables pour les entreprises françaises et donc pour les salariés français.

Sur ce point – en dehors de la dissolution concertée de l’Euro – la seule autre solution serait que, effectivement, l'Allemagne accepte "gentiment" de continuer à faire crédit à ses débiteurs commerciaux et de s’inscrire simultanément dans l’esprit de la Charte de la Havane, à savoir faire en sorte de diminuer ses exportations et d’augmenter ses importations. Mais pourquoi le ferait-elle, même si le simple bons sens impliquerait qu’aucun pays ne peut vivre indéfiniment aux dépens de ses voisins.

C’est justement de ces équilibres extérieurs que nous allons maintenant parler.

Marine Le Pen défend, comme le regretté Maurice Allais l’a fait en son temps, et comme l’avait fait avant lui Keynes, l’un des inspirateurs de la charte de la Havane de 1946-47, un protectionnisme raisonnable, consistant justement à faire en sorte que les différents pays soient en équilibre extérieur avec leurs voisins. Ce protectionnisme intelligent – et de bon sens – a pour objectif de réguler – et non de bloquer – les différents flux internationaux, flux de capitaux, flux de biens, flux de service, et enfin flux migratoires.

Il y a sans doute des gens qui confondent de bonne foi des barrages et des écluses – peut-être n’ont-ils jamais vu de cours d’eau, de bateaux ou de péniches … Mais pour la majorité de nos concitoyens, confondre un mur avec une porte, un barrage avec une écluse, le mur de Berlin avec des frontières devrait relever d’une particulière mauvaise foi.

La France a toujours été un pays ouvert sur l’extérieur, ce qui ne veut pas dire ouvert aux quatre vents. La France existait avant l’Euro, et il faut espérer qu’elle existera encore après l’Euro. Les faits sont têtus : avant l’Euro, la France avait un solde commerciale positif, depuis l’instauration de l’Euro, son solde commercial est très déficitaire. Faudra t-il continuer longtemps à se boucher les yeux, ou faite la politique de l’autruche, même si, en politique, les noms d’oiseaux sont de plus en plus mal connotés.

Un dernier point, en ce qui concerne les déficits publics, évidemment trop importants, surtout lorsqu’ils ne sont pas utilisés pour construire l’avenir, mais pour léguer à nos enfants et petits enfants une dette de plus en plus insurmontable. Ce n’est pas parce que les véritables richesses sont pour la plupart, créées par les entreprises, grandes, moyennes, petites ou très petites, qu’il faille nécessairement ‘taper’ sur les fonctionnaires, ou sur leur nombre, pas nécessairement optimal. Si on veut traiter intelligemment et efficacement ce problème, c’est d’abord en s’interrogeant sur leur efficacité, vis-à-vis du service public que tout état devrait assurer à ses concitoyens et administrés.

Il y a de bonnes dépenses publiques, et sûrement aussi de mauvaises dépenses publiques. C'est exactement ce qu'a dit Marine Le Pen le 12 janvier 2012, ce qu’elle a aussi rappelé à d’autres reprises. Oui, il faut sans doute diminuer certaines dépenses, comme les dépenses liées à  immigration et à l’Europe, et augmenter certaines recettes, en luttant vraiment contre les fraudes sociales et fiscales.


Arrêtons d'avoir peur dès qu'une belle âme prétend que le FN s'embarque dans une voie sans issue. Les entreprises ont besoin de stabilité, mais aussi d'un secteur public cohérent. Ce n'est pas être anti-entreprises que de le dire. Quand j'entends des prétendus économistes qui n'ont jamais travaillé dans des entreprises, cela me navre. Mais, à l'inverse, il ne suffit pas d'être entrepreneur pour se prétendre économiste.

LeProgrammeEcoDeMArineLePenalafoisCoherentEtEfficace

Le programme économique du Front National est cohérent et crédible, n’en déplaise à ses contradicteurs, par Bruno Lemaire, docteur ès sciences économiques, conseiller économique de Marine Le Pen

Devant la montée du Front National, la quasi-unanimité des médias semble s’être donnée le mot : il faut tout faire pour décrédibiliser le mouvement dirigé par Marine Le Pen. L’article des Echos signé par Eric Le Boucher, intitulé « les aberrantes propositions économiques du FN » s’inscrit clairement dans cette problématique, et pour cela, il n’hésite pas à mélanger contre-vérités, omissions ou affirmations sans aucun fondement.
Pour quelqu’un qui se présente comme libéral – ce qui est normal pour un diplômé de Dauphine – le premier argument du sieur Le Boucher, et presque le crime absolu, serait que le programme proposé par Marine Le Pen serait une simple copie de celui de la gauche (« Les chapitres du « Projet » présidentiel de Mme Le Pen sont des copiés-collés de la gauche »). Un tel argument serait risible si la situation économique et politique de la France n’était pas si grave.
En dehors de cette affirmation sans fondement – autre que le fait que Marine Le Pen se préoccupe sûrement davantage du sort des ouvriers, des employés et de la classe moyenne et populaire que ne le fait la prétendue « gauche » - notre journaliste économique, ou notre économiste journaliste se retrouve en pleine contradiction, puisque tout en accusant Marine d’être de gauche, voire d’extrême gauche, il lui reproche d’être poujadiste, ou de l’avoir été. Manifestement Monsieur Le Boucher a du mal à comprendre ce que Marine entend par Etat stratège, un état à la fois protecteur des plus faibles, mais aussi garant des grandes souverainetés nationales, quand le contexte l’exige. Pour Monsieur Le Boucher, manifestement, il faudrait être soit libéral – en fait ultra-libéral – soit collectiviste, pour ne pas dire marxiste-léniniste (d’où la  comparaison qu’il se permet de faire entre Marine Le Pen et de défunt président du Venezuela, H. Chavez).
Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur le rôle de l’Etat, balayé en quelques mots par Eric Le Boucher, mais revenons à la seule partie de l’article qui pourrait apparaitre argumentée, à savoir les trois points de la « priorité aux français », de l’Etat fort, et du « retour au franc ».
Sur le troisième point, qu’il serait plus honnête et plus précis de dénommer « renaissance du franc » pour cause de désastre de l’Euro et de faillite de l’eurozone, de nombreux économistes, de gauche comme de droite, français comme étrangers, ont montré l’insanité de nombre de propos de ceux quoi veulent à tout prix défendre l’indéfendable, à savoir le maintien coûte que coûte d’un euro, sous perfusion depuis plus de 3 ans, et qui a conduit la zone euro à être l’une des zones économiques les plus fragiles du monde. Entre les arguments  fort bien documentés d’un Jacques Sapir et ceux, à l’emporte-pièce, d’un Jacques Attali, qui veut défendre à tout prix sa ‘créature’, le bon sens aura vite choisi le premier Jacques. Il faut tenter de sortir de façon concertée de la zone Euro, avant que les dommages causés ne soient quasiment irrémédiables, lorsque la zone euro finira par exploser. C’est la position du Front National, et c’est la seule crédible.
Sur l’état fort, j’ai déjà esquissé une réponse : Eric Le Boucher ne comprend pas, ou feint de ne pas comprendre, la notion d’Etat stratège de Marine Le Pen, en faisant croire que l’Etat dont rêve Marine serait un état « soviétique », alors que s’il existe véritablement des tendances « soviétisantes en Europe », elles viennent bien davantage de la BCE, de Bruxelles, voire du FMI que de la volonté ou des propositions patriotes de Marine Le Pen. Et ce n’est pas en insinuant que le Front National serait social-national (pour ne pas dire nazi) que Monsieur Le Boucher se grandit, ou honore sa profession.
Sur le premier point, « priorité aux français », là encore Erci Le Boucher se contente, en guise d’argumentation sérieuse, de dire que les chiffres donnés par certains spécialistes reconnus des flux migratoires à propos du coût de l’immigration – 50 à 70 milliards d’eurosannuels – seraient faux, et que l’immigration serait, en fait, une « chance pour la France ». La preuve, avance notre journaliste, serait que comme les immigrés sont plus jeunes que la moyenne de la population « autochtone », ils cotisent davantage qu’ils ne perçoivent.
Ce ‘raisonnement’ aurait peut-être été vrai à la fin des années 1960, quand l’immigration était essentiellement une immigration de travail, qui ne concernait globalement et que quelques centaines de milliers d’individus, et au moment où il y avait quasiment le plein emploi. Mais ce n’est plus le cas depuis longtemps, depuis la loi du regroupement familial Giscard-Chirac, loi apparemment humaniste mais qui a vu déferler sur notre sol des millions de malheureux, dont la plupart n’ont jamais travaillé, et encore moins cotisé. Avec 5 millions de chômeurs, comment peut-on considérer que les cotisations des immigrés actuels et futurs, sans emploi, vont pouvoir financer les prestations diffusées si généreusement – et parfois beaucoup plus généreusement à ceux qui ont vécu et travaillé en France depuis des décennies - à tous ceux qui mettent le pied sur notre sol !
Il y aurait encore beaucoup à dire sur la qualité du programme présidentiel de Marine Le Pen et du Front National, en particulier sur les écluses commerciales  qu’il faudra mettre en place, mesures phares d’un protectionnisme intelligent et raisonné, pour lutter contre la concurrence déloyale de pays qui semblent avoir redécouvert l’esclavage que les occidentaux ont, peu ou prou, abandonné depuis plusieurs siècles. Mais là n’est pas notre propos, qui était simplement de montrer que tout semblait bon aux adversaires de la présidente du Front National pour travestir la réalité de son programme, au prix parfois des contre-vérités les plus éhontées ou des amalgames les plus douteux frôlant la diffamation.
Qu’il me soit simplement permis de dire, en conclusion, et en tant qu’économiste, que je trouve bien atterrant qu’un journaliste des Echos, dont la formation économique aurait pu le dissuader de telles caricatures, puisse écrire de telles sornettes, sous le seul prétexte, de plus en plus apparent, que tout va être, et « doit être »,  fait pour tenter d’empêcher les idées de Marine Le Pen de triompher.

samedi 2 novembre 2013

EuroEtProtectionnisme_LeMauvaisProcesFaitAuFNetAuxSouverainistes

La question de l’Euro et du protectionnisme.

L’argument, si on peut le qualifier ainsi, le plus courant des partisans de l’Euro, en dehors du slogan « L’Euro, c’est l’Europe, l’Europe c’est la paix, donc s’en prendre à l’Euro c’est vouloir la guerre », est le suivant :  On ne peut revenir en arrière, bien ou mal, l’Eurozone est un fait irrémédiable, une donnée incontournable.

Cette résistance au changement, et cette peur de l’inconnu, ne peuvent être négligées, comme le savent pertinemment les chefs d’entreprise – peu représentés au parlement ou au gouvernement – et autres « managers », ce mot anglo-saxon ne devant pas être confondu avec celui de gestionnaires. Les véritables « chefs » doivent entraîner leurs troupes, les gestionnaires ou administrateurs s’occupent de l’intendance, certes utile, mais qui ne se place pas au même niveau.

Or, tout se passe actuellement comme si nous – je veux dire les français - n’avions plus aux manettes de la France de chefs, de véritables leaders, mais uniquement des gestionnaires, des administrateurs, voire de simples employés, plus ou moins bien rémunérés par « le système » lequel, lui, a tout intérêt à ce que les véritables problèmes ne soient jamais soulevés.

Ces gestionnaires qui nous « gouvernent » soit ne voient pas le problème – ou ne le voyaient pas au moment où ils ont été élus _ soit, lorsqu’ils le voient, le mettent sur le dos de l’équipe de gestionnaires qui les ont précédés – en cachant soigneusement que l’Euro a été créé virtuellement dès le traité de Maastricht que les partis dits « de gouvernement » ont soutenus d’une même voix.

C’est bien pour cela que les partisans de ce système, UMP et PS confondus, font tout pour nier la responsabilité de la mise en place de l’Euro, d’abord au niveau des transactions financières internationales, en 1998, puis au niveau des transactions quotidiennes, début 2002.

Les chiffres et les faits sont cruels, pourtant. Pour ne pas lasser le lecteur, je ne vais parler ici que de la France, ainsi que de son principal ex-partenaire, devenu son principal concurrent européen, à savoir l’Allemagne.

Dans la décennie qui a précédé la véritable création, concrète,  de l’eurozone, à savoir 1992-2001, la France (comme l’Italie d’ailleurs) n’a cessé de gagner des parts de marché, à la fois vis-à-vis de l’Allemagne mais aussi vis-à-vis du reste du monde, alors que l’Allemagne, au contraire, suivait le chemin inverse. Deux chiffres vont illustrer à la fois cette bonne santé exportatrice de la France, avant 2002, et sa lente détérioration, après cette date.

Au cours de la première période citée, le solde commercial de la France avait atteint  de l’ordre de 3% de son PIB : fin 2012, hélas ce solde, devenu négatif, est voisin de 3,5% du PIB français, soit une variation de 6.5% : 130 milliards d’euros, bien supérieur au déficit public de la France, pourtant abyssal et insoutenable.
Autre statistique, corroborant la première : la France, de plus, a perdu, en 10 ans, 40% de ses parts de marché à l’exportation, alors que l’Allemagne, elle, a peu ou prou conservé sa position au niveau global, avec des exportations culminant à 170 milliards d’euros, pour un déficit commercial de la France fluctuant depuis 2 ans autour de 70 milliards d’euros : 240 milliards de différence, contre une situation proche de l’équilibre en 2002. Seuls les aveugles et les gens de mauvaise foi peuvent nier cela.

Alors, que s’est t-il passé en 2002, au niveau économique et monétaire : la création de l’Eurozone, faisant de 12 pays fort dissemblables des passagers d’une même bateau, qui apparaît de plus en plus ivre avec ses 5 nouveaux passagers, ainsi qu’une emprise de plus en plus grande de l’OMC avec ses doctrines de plus en plus libérales.

Même si comparaison n’est pas raison, et même si corrélation n’est pas cause comme disent les ‘experts’, il est difficile de ne pas s’interroger sur la concordance de ces 3 situations ou événements : naissance de l’Eurozone, libéralisme de plus en plus marqué (au moins au niveau de l’Europe), et enfin détérioration de plus en plus marquée de la situation économique de la France.

Nos idéologues et adversaires patentés auront beau jeu de nous rétorquer que ce nouveau contexte – ou cette évolution vers toujours plus de libéralisme - ne semble pas avoir gêné l’Allemagne, bien au contraire. Et, sur ce point, ils ont raison, même si leurs arguments sont erronés.

L’Allemagne n’est pas nécessairement plus vertueuse que les pays latins, sauf sur un point central, du moins à l’intérieur d’une zone monétaire : en Allemagne, toute hausse de prix injustifiée est considérée comme un sacrilège, et les politiques comme les corps intermédiaires feront tout pour échapper à ce mal qu’ils jugent absolu : l’inflation.

Que peut-on alors constater : que la hausse des prix et des salaires est restée fort sage en Allemagne, puisque l’évolution des salaires a suivi à peu près exactement, en Allemagne, l’évolution de la productivité apparente du travail – même si cette notion est discutable – ce qui a conduit à une modération du coût salarial – et donc à une maîtrise du chômage accompagnée d’une croissance des investissements productifs. En France, au contraire, les salaires, quoique modestes, ont cru plus vite (si l’on parle des salaires bruts, les salaires nets, eux ont eux aussi subi l’impact d’une taxation de plus en plus forte) que la productivité apparente du travail, mais sans doute pas plus vite que l’inflation réelle, supérieure à l’inflation officielle incapable de mesurer correctement l’impact du coût des logements sur la véritable hausse des prix.

Certes, l’Allemagne a aussi d’autres avantages particuliers : un réseau de PME bien plus important que la France, l’accès à des travailleurs qualifiés venant de l’Europe de l’Est et bien moins payés que le travailleur allemand ‘standard’ , des syndicalistes plus auto-gestionnaires que révolutionnaires, une réputation ou un marketing « de qualité » de haut niveau.

Mais, en dehors de la monnaie commune et de l’afflux des travailleurs de l’Est, toutes ces caractéristiques existaient déjà avant la création de l’Eurozone, et n’avaient pas empêché la France d’avoir une croissance supérieure à l’Allemagne dans de nombreux domaines, à tel point que l’on imaginait, au milieu des années 80-90 que la France allait pouvoir supplanter l’Allemagne en tant que – à l’époque – troisième puissance industrielle du monde.

Alors, oui, l’Euro nous a apporté beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages, même s’il est vrai que sortir de l’Eurozone ne sera ni facile ni une panacée. 12 ou 17 pays dans une même copropriété, dans une même zone économique, c’était sans doute une folie, mais la question qui se pose, c’est comment en sortir au mieux. Il est vraisemblable que c’est d’abord par le dialogue avec d’autres pays, qui ont subi la même dégradation de leur position économique, je veux parler notamment de l’Italie et de l’Espagne., en tentant de montrer comment la renaissance de monnaies nationales peut se conjuguer avec l’élaboration d’une nouvelle monnaie commune, qui aurait les avantages, sans les inconvénients du défunt ECU.

Mais cette collaboration monétaire ne peut se faire qu’en renouant avec des principes économiques de bon sens, ceux qui avaient été esquissés dans les principes de la charte de la Havane, à savoir le rééquilibrage des principaux flux, les flux de capitaux, les flux de biens, les flux de services, et enfin les flux migratoires. Sans ces équilibres, aucune nouvelle construction, à l’échelle de l’Europe des nations comme à l’échelle du monde, ne sera possible.

Dit ainsi, la question des déficits commerciaux ne peut que recevoir une seule réponse, celle d’un protectionnisme intelligent, ou raisonnable – position défendue d’ailleurs par Keynes dans les années 1930.
Bien entendu, nos adversaires tentent, là aussi, de caricaturer cette position en parlant de ligne Maginot ou de délire étatique, en feignant de croire que nous nous opposons à un fait avéré, à savoir la mondialisation et à l’internationalisation des échanges, alors que nous sommes contre le mondialisme qui n’est autre qu’une dérégulation à tout va (en dehors bien sûr des pays qui eux, protègent leurs frontières comme le Brésil, l’Australie, les USA ou la Chine, pour ne citer que les plus importants ou les plus emblématiques).

Il est si facile, du moins le pensent-ils, de prétendre que nous proposons des barrières protectionnistes, alors que nous parlons d’écluses commerciales de régulation des flux. Comme si un péage était un barrage, comme si une écluse était un muret ou une ligne continue de fortifications, comme si un Etat stratège, de type « plan à la française » avait quelque chose à voir avec l’Etat collectiviste de type soviétique.

Quarante ans de système UMP-PS et de financiarisation à outrance de l’économie, dans un contexte de « laissez-fairisme »  de plus en plus important, ont montré, ou devraient avoir montré, leurs limites.

Les tenants de ce système nient pourtant cette situation, en prétendant, soit qu’il faudrait plus de fonctionnaires – ce qui peut, effectivement, résoudre à court terme  la question du chômage, mais sûrement pas celle du pouvoir d’achat  - soit, tout au contraire, qu’il faudrait réduire le rôle de l’Etat à la portion congrue. Dans la société libérale que nous appelons de nos vœux, société dans laquelle l’esprit de créer, d’entreprendre et de fabriquer doit rester le pilier de notre civilisation, le rôle d’un Etat stratège doit être de fixer des limites, stables et compréhensibles par tous, tout en assurant des missions que le service marchand n’a pas vocation à faire, même si des délégations de service public peuvent lui être accordées, sous contrôle du peuple, le seul à être souverain.

Mais cette souveraineté du peuple ne peut être effective que si notre pays a lui même retrouvé sa souveraineté monétaire, budgétaire, fiscale et enfin juridique, ce qui est très très loin d’être le cas dans l’Europe hyper-fédérale que nos ‘gouvernants’ – assujettis à la tristement célèbre troïka – nous proposent.

En sus des précédents argumentations, que nous avons montré être de simples arguties de peu de valeur, à savoir : on ne peut revenir en arrière et, l’Allemagne s’en sort bien, pourquoi pas nous , un dernier argumentaire nous est parfois opposé, celui du poids des dettes publiques, déjà abyssal, et qui devrait cataclysmique si, d’aventure, la monnaie nationale renaissait, non de ses cendres, mais de celles de l’Euro.

C’est ainsi qu’une hypothétique dépréciation de 10% du « franc nouveau » par rapport à « l’euro ancien » conduirait, d’après nos contradicteurs, à une augmentation vertigineuse de notre dette. On a même entendu certains experts parler de 300 à 400 milliards d’euros, ou d’équivalents, en « supplément ». Il est vrai que lorsque l’on a amené la dette publique de la France à avoisiner actuellement les 1930 milliards, on n’est plus à quelques centaines de milliards près. Plus le mensonge est gros, plus il passe semblent croire ces ‘experts’.
De fait, les vrais chiffres seraient dix fois moindres, à savoir d’une trentaine de milliards (soit le 1/3 du déficit annuel français actuel) pour une dépréciation de 10% et, si nous voulions vraiment forcer le trait, d’une soixantaine de milliards pour une dépréciation de 20%.

Sur les 1930 milliards euro de dette, seuls 15% sont de droit international. Ce qui signifie qu'en cas du passage au « franc nouveau » suivi d'une dévaluation de 10%,  alors notre nouvelle dette serait de :


partie 1) 1930 * 85% = 1640 milliards de Francs (conversion de 1 Franc pour 1 euro, comme cela nous le permet en droit français)
partie 2) 1930 * 15% =  290 milliards de Francs à ré-évalués de 10%, soit 290 + 29 = 319 milliards de Francs
Ce qui conduirait à une dette totale de 1640 + 319 = 1959 milliards de Francs. Pour une dévaluation du franc/réévaluation de l’Euro de 20%, ces 29 milliards de suppléments (en francs) se transformeraient en 58 milliards (en francs).



On reste bien loin de la catastrophe annoncée, surtout si l’on sait que le fait d’une dépréciation de 10% conduirait à une croissance d’au moins un point de PIB, c’est-à-dire à 20 milliards d’euros (ou 22 milliards de francs), dont la moitié irait au trésor public, et à une diminution drastique de notre déficit commercial.

Mais cela, bien entendu, les tenants, avérés ou honteux, du système UMPS ne veulent surtout pas l’admettre.


lundi 28 octobre 2013

Le commerce international pour les nuls

Le commerce international pour les nuls, et pour ceux qui veulent vraiment comprendre …

Entretien avec Bruno Lemaire, professeur émérite HEC, colistier de « Perpignan Ensemble avec Louis Aliot ».

Q. Après le front républicain, qui semble avoir montré ses limites, les adversaires de Marine Le Pen  semblent vouloir construire un « front des experts », en décrétant que le programme économique du Front National , avec  en particulier la « sortie » de l’Euro, conduirait la France à sa perte !… Qu’en pensez-vous ?

Il serait facile de leur répondre que les experts du système au pouvoir depuis 40 ans n’ont pas vraiment montré leurs talents en ce domaine. Mais laissons cela pour le moment, et tâchons de répondre à cette question, que nos compatriotes sont encore nombreux à se poser.
Pour cela, je voudrais aborder trois points, en commençant par le plus important, qui n’est pas la question de l’Euro, même si cette dernière est incontournable.

Q. Quel est donc ce point primordial ?

Le point fondamental est de préciser, pour mieux le comprendre, le fonctionnement des échanges entre plusieurs nations, ce que l’on appelle parfois le commerce international, même si cette expression est un peu réductrice.

Q. Pourquoi cela ?

Les échanges entre nations concernent quatre flux principaux, les capitaux, les biens, les services et enfin, les personnes, alors que le commerce international, au sens strict, ne concerne que les biens et services.  Il y a aussi une autre complication, liée au fait que ce ne sont pas les pays, et encore moins les nations, qui échangent entre eux, mais des entreprises, de moins en moins ‘nationales’, de plus en plus ‘mondialisées’.

Q. Que voulez-vous dire ?

Lorsque Marine Le Pen dit qu’il vaut peut-être mieux, pour l’emploi national, acheter une Toyota fabriquée à Valenciennes qu’une Renault fabriquée en Roumanie, elle ne se réfère pas à la marque, française ou japonaise, mais à la véritable valeur ajoutée produite en France.
A l’inverse, du point de vue des actionnaires de Renault ou de Peugeot, il vaut peut-être mieux produire au Maroc qu’en Bretagne.

Q. Si vous voulez dire que les objectifs des patrons et ceux de leurs ouvriers ne sont pas nécessairement identiques, ce n’est pas très nouveau, un certain Karl Marx l’avait dit il y a plus d’un siècle et demi ?

Ce n’est pas tout à fait cela que je dis. Je prétends qu’entre les actionnaires internationaux, mondialisés, en particulier ceux des grandes entreprises, et les salariés, voire certains dirigeants, des diverses entreprises qu’ils contrôlent plus ou moins directement, il y a un divorce de plus en plus grand, et une incompréhension presque totale.
Lorsque Henri Ford disait qu’il fallait augmenter ses ouvriers pour qu’ils puissent acheter les voitures qu’ils produisaient, c’était du bon sens à l’échelle d’une nation, les Etats Unis en l’occurrence. Les actionnaires de Ford, entreprise qui vend et produit maintenant dans une multitude de pays, ne pourraient plus le dire de nos jours, du moins du seul point de vue économique.

Q. Si je vous comprends bien, vous nous dites que le capital, ou plutôt les investissements productifs, n’ont plus de frontières ? Ce serait  cela la grande nouveauté des quarante dernières années ?

La grande nouveauté, peut-être pas. Une grande nouveauté, qui modifie totalement la compréhension des échanges internationaux telle que l’avait inculquée à des générations d’économistes le grand économiste du début du XIXème siècle, à savoir David Ricardo, sûrement.

La lutte des classes, ou plutôt le conflit d’intérêts, n’est donc plus entre les affreux capitalistes décrits dans le ‘Capital’ et entre les pauvres prolétaires exploités, mais entre les actionnaires des grandes multinationales – souvent plus puissants que les états - et les entrepreneurs et salariés ‘nationaux’.

Q. Si vous avez raison, que pouvons-nous y faire, et que peut apporter en ce domaine Marine Le Pen et son programme ?

Marine Le Pen parle de reconquérir plusieurs souverainetés, la plus importante, et peut être la plus difficile, étant la souveraineté économique, pour les raisons esquissées plus tôt. Bon nombre des échanges internationaux ne sont pas, ne sont plus, du ressort des « entrepreneurs nationaux » et encore moins des états seuls.

Q. Je suppose que vous allez faire référence à ce que vos adversaires appellent « fermeture des frontières », ce qui serait absurde, évidemment ?

Oui, les fameux ‘experts’, qui ont conduit la France à la situation catastrophique dans laquelle elle se trouve actuellement, feignent de penser que le rééquilibrage des échanges que nous proposons – qui était déjà dans la pensé de Keynes ainsi que dans l’esprit de la charte de la Havane – ne serait autre qu’une tentative, stupide, de vouloir vivre en autarcie quasiment complète, en fermant nos frontières plus fermement encore que Cuba ou la Corée du Nord.

Q. Et ce n’est pas le cas ? Après tout, vous voulez vous opposer au libre-échange, qui a fait, semble t-il, le succès des économies développées, voire même du monde entier ?

Oui, je crois qu’il faut s’opposer fermement à ce dogme - cette dictature idéologique - celui des bienfaits prétendus du libre échange.

Plus de 90% des pays dans le monde ont des restrictions à leurs frontières et ont, par ailleurs, leur propre monnaie. Cela étant, nous sommes pour des échanges équilibrés, pas pour la loi de la jungle ou pour celle du plus fort, c’est-à-dire du plus riche, financièrement parlant, ou du plus puissant, militairement, politiquement ou démographiquement parlant. Nous sommes pour des écluses, qui garantissent des flux équilibrés dans les quatre domaines des capitaux, des biens, des services et des personnes.

Sur ce dernier point, celui des flux de personnes, est-il concevable pour la France que 30 à 40 000 de nos compatriotes quittent chaque année la France, pour pouvoir développer leurs compétences, leurs talents, leurs possibilités créatives à l’étranger, et que 300 000 étrangers tentent de les remplacer, alors qu’ils n’ont pour la plupart ni diplômes ni perspectives d’emploi.

Qu’il y ait des échanges, quoi de plus normal, mais pas de cette façon, lorsque l’espoir d’une vie meilleure conduit certains de nos meilleurs talents à s’expatrier, tandis que les pompes aspirantes du système social à la française attire des centaines de milliers de malheureux.

Q. Revenons, si vous le voulez bien, à vos « écluses » et à votre protectionnisme raisonnable, ou prétendu tel ?

Le redressement économique que nos compatriotes attendent s’appuiera effectivement sur plusieurs mesures, en particulier par la relance de la production et de la consommation intérieure, ce qui devrait conduire à la diminution du solde négatif de notre balance des paiements – ou plus exactement de nos besoins de financement extérieur, la « balance des paiements » étant toujours, d’un point de vue comptable, équilibrée.

Q. Comment cela ?

Si nous achetons plus à l’extérieur que nous vendons, c’est ce déficit commercial qu’il faut bien financer (quelques milliards en 2004, 73 milliards en 2011, 68 milliards en 2012). La balance des paiements sert essentiellement à mettre en valeur ce fait, en compensant par une ligne de compte – les besoins de financement – le solde commercial.
Il est donc essentiel d’obtenir la diminution substantielle, voire l’extinction, du solde négatif de notre balance commerciale.

Si nous étions bénéficiaires pendant les 10 années qui ont précédé l’instauration de l’Euro, début 2002, on peut espérer qu’avec des mesures ad hoc, nous puissions revenir au moins à l’équilibre après une sortie, si possible concertée, de l’Eurozone, seule façon de retrouver notre indépendance monétaire et donc une possibilité d’agir plus efficacement sur les besoins financiers de notre économie.

Q. La question de l’Euro  - par la sortie de la zone Euro - serait donc LA mesure phare de votre programme ? Elle est pourtant fortement contestée ?

C’est une mesure emblématique, certes, mais ce n’est pas la seule, et comme je l’ai déjà suggéré ce n’est sans doute pas la plus importante. Nous devrons nous attaquer, au moins aussi vigoureusement, à une politique de libre-échange – le « laissez fairisme » dénoncé par le ‘libéral’ Maurice Allais il y a déjà 20 ou 30 ans, et par « l’interventionniste » Keynes il y a plus de 70 ans –

Q. Ce libre-échange est pourtant prôné par l’OMC et la plupart des organismes internationaux occidentaux…

Oui, et cette position des « organisations internationales » - fait d’ailleurs partie du problème, et ne pas s’y soumettre fait partie de la solution.

Comme je l’ai esquissé plus tôt, face aux multinationales et à leurs actionnaires, seul un Etat puissant peut parvenir à contrecarrer leurs décisions, qui, si elles apparaissent rationnelles de leur point de vue et à court terme, ne peuvent que conduire à la misère de plus en plus grande d’une partie croissante de la population mondiale et, dans le cas de la France, à une augmentation très forte du nombre de travailleurs pauvres et ce celui des sans-emplois ou des mal employés.

Q. Et que peut faire un état fort ? Vous ne songez quand même pas à tout nationaliser ?

Non, bien au contraire. Mais il faut absolument  aider les entreprises sinon locales, du moins nationales, à retrouver des perspectives de développement, qui ne peuvent s’obtenir qu’en privilégiant les produits nationaux, les services locaux, du maïs français pour des porcs bretons, du blé francilien pour du pain français.

Q. Ce qui est à la fois bon pour l’économie et pour l’environnement …

Tout à fait. Ce sont donc les TPE et les PME, fort peu internationalisées, qu’il faut promouvoir, en sachant qu’elles sont à la fois les plus créatrices potentielles d’emploi, mais aussi les plus fragiles, les plus dépendantes des secours bancaires ou financiers, les plus sensibles aux restrictions de crédits ou aux variations intempestives de la fiscalité qui pèse bien davantage sur elles que sur les grandes entreprises qui peuvent, à leur guise « délocaliser leurs profits et renationaliser leurs pertes ».

Q. C’est tellement facile, effectivement, quand vous avez des filiales dans plusieurs pays de faire apparaître des profits dans des paradis fiscaux…

Certains experts comptables peuvent effectivement faire des miracles. D’ailleurs, en dehors de faire apparaître profits et pertes là où bon leur semblent, en respectant quand même le bilan et le compte d’exploitation consolidés de ces entreprises géantes, ils ont même réussi en 2008-2009, à faire croire que certaines banques, en faillite potentielle, étaient en situation florissante. Il est vrai que, depuis, la BCE de Mario Draghi, ex collaborateur de Goldman Sachs, a bien aidé ces banques  en leur rachetant  ‘virtuellement’ leurs dettes ou obligations les plus ‘toxiques’.

Mais pour en revenir au soutien à nos entreprises, du moins à celles qui ne sont pas, ou pas encore, des multinationales, de nombreux moyens existent pour les aider – même si ces méthodes sont interdites par les traités européens.

Q. Quelles seraient ces méthodes ?

On peut ranger ces méthodes dans 3 ou 4 grandes catégories :
a)      une fiscalité, plus transparente, plus juste, plus stable
b)      un accès privilégié aux marchés publics (priorité nationale)
c)       une traçabilité aussi complète que possible (pour éviter contrefaçons et qualité insuffisante)
d)      une proportion importante de composants ‘made in France’ dans les produits manufacturés et vendus en France.

Q. Et ce serait suffisant ?

Sans doute pas. N’oublions pas que nous partons de très loin, près de 70 milliards d’euros de déficit annuel, dont plus du tiers vis-à-vis de l’Allemagne, notre principal ‘partenaire’.
Mais deux armes restent à notre portée, qui font aussi déjà partie du programme économique du Front National.

La première est liée au constat que notre monnaie, l’Euro, est à la fois trop chère et inadaptée à une zone économique de plus en plus hétérogène, Euro cher qui pèse à la fois sur nos exportations, rendues plus difficiles, et sur nos importations qui, à l’inverse, en sont facilitées. Nos entreprises, pour survivre, sont alors contraintes de privilégier le court terme plutôt que le moyen terme, en investissant de moins en moins, et en diminuant ainsi la qualité de notre appareil productif qui quoique largement excédentaire, risque de devenir rapidement obsolète dans la concurrence internationale.

Q. On nous dit pourtant que si nous revenions à une monnaie nationale, le franc, ce serait mauvais à la fois pour nos échanges internationaux, pour notre épargne et enfin pour nos dettes publiques.

Précisons tout d’abord qu’il ne s’agit pas de ‘revenir’ à une monnaie nationale, mais de relancer ou de faire renaître une monnaie nationale : le choix des mots sur un sujet aussi important n’est pas neutre, il est si facile de présenter certaines solutions comme archaïques, c’est le cas du protectionnisme – qui est pourtant une arme d’avenir s’il est « raisonnable » et raisonné - c’est aussi le cas de la monnaie.
Cela étant, sur le premier point – celui des déséquilibres commerciaux - cette critique est d’une bêtise sans nom.

Depuis que la science, ou prétendue science, économique existe, le recours à une dévaluation, si elle correspond aux forces économiques en présence, a toujours été efficace, à charge bien sûr de prendre les mesures qu’il convient pour que ce rééquilibrage monétaire ait des effets durables. Il semble que par rapport au cours actuel de l’Euro contre dollar, un taux de change de 1.20 dollar pour un « nouvel euro », c’est-à-dire pour une nouvelle monnaie nationale française, serait justifié, ce qui correspond à une dévaluation/dépréciation de fait d’environ 10%.

Il faut bien voir en effet que la France est une grande exportatrice, plus de 21,5% de sa production étant exportée, même si sa place dans le monde a fortement diminué dans le monde, contrairement à la position de l’Allemagne qui n’a elle que très légèrement baissée depuis 10 ans.

Mais, face à cela, la France importe presque 25% de sa consommation intérieure, et c’est donc ce ‘gap’ de 3,5% de son PIB qu’il faut combler, ce qui est le but à la fois d’une dévaluation, rendue impossible dans le contexte d’une monnaie unique, puisque l’Allemagne n’y a aucun intérêt, bien au contraire et d’autres mesures d’import-export comme la création d’un droit à importer qui forcerait les entreprises voulant importer à se rapprocher d’entreprises exportatrices pour mieux équilibrer le bilan commercial de la France.

Q. Certaines importations sont cependant indispensables, comme celles liées à l’énergie d’origine fossile.

Oui, ces importations, à volume constant, augmenteront la facture de 10%, ce qui, pour le consommateur, vu l’importance des taxes diverses, aura un impact de 2 à 3% sur sa consommation ‘énergétique’, soit de 0,5% sur son pouvoir d’achat global, vu l’importance de l’énergie dans son « panier de consommation ».
Mais si, par ailleurs, le pouvoir d’achat de nos compatriotes est revalorisé de 1 à 2% - voire à terme de 3,5% (gap entre exports et imports) - parce que la production du « made in France » repart d’autant, ils seront gagnants.

Q. Et en ce qui concerne l’épargne et les dettes ?

Pour l’épargne, nos compatriotes ont un « bas de laine », physique ou monétaire, de 1200 à 1300 milliards d’euros. Si l’économie française continue à stagner, et si le système bancaire s’écroule, ce n’est pas le fonds de garantie de l’épargne de2 ou 3 milliards qui protégera nos petits épargnants.

Par ailleurs, la transformation en « francs patriotes » de leur épargne, libellée actuellement en euros, n’aura pas de véritable impact. Que la parité choisie soit de un euro pour 1.1 franc nouveau ou de 1 pour 1, leur épargne aura la même valeur interne, voire externe si la parité choisie correspond réellement à la différence de compétitivité prix anticipée.

Q. Oui, mais certains de nos adversaires disent que la sortie de l’Euro va faire s’effondrer l’économie française, et que notre nouvelle monnaie nationale n’aura plus aucune valeur ?

Ceci est complètement fallacieux et idéologique. L’histoire économique, récente ou ancienne, de la France ou d’autres pays développés montre qu’une dévaluation n’a jamais entraîné de telles conséquences. Une dévaluation raisonnée et raisonnable aura le même effet que la mise en place d’écluses commerciales, rééquilibrer les échanges, et non les interdire : il ne s’agit pas de fermer les portes ou de bloquer les échanges, mais de les contrôler pour les rendre harmonieux.

Q. Venons-en donc à votre dernier point. L’impact de la sortie de l’Euro sur nos dettes publiques ?

Le montant de ces dettes, qui va atteindre prochainement 95% de notre produit intérieur, notre PIB, est astronomique, et continue à croître de plus de 80 milliards chaque année, en dépit de certains artifices techniques tendant à la minimiser comptablement.

Les 2/3 de ce montant, actuellement de 1930 milliards d’euros si l’on y inclut les dettes des collectivités et des administrations de sécurité sociale, sont détenus par des « étrangers » (les "non résidents").

En droit français, que l’on change ces 1930 milliards d’euros – l’euro étant  considéré pour le moment représenter une monnaie nationale – en 1930 milliards de francs nouveaux ne changerait pas grand-chose. Mais supposons qu’une conversion de 110% soit faite : cela ajouterait à notre dette environ 2/3 de 193 milliards, 125 milliards de francs, c’est-à-dire un montant équivalent à l’augmentation annuelle de la dette pendant le quinquennat Sarkozy.

Si, comme nous le pensons, notre programme économique va nous permettre d’obtenir une croissance annuelle permanente de 2 à 2,5%, ce remboursement supplémentaire, liée à une création monétaire annuelle de l’ordre de 100 milliards, dont 40 à 50 milliards destinés à rembourser la dette, ce que ne pourra jamais faire le système UMPS actuel ne semble pas représenter une difficulté aussi infranchissable que celle que nos adversaires nous prédisent.

Q. Une dernière question, pour conclure sur ces échanges internationaux. Croyez-vous que les autres pays vont nous laisser faire ? Après tout, nos importations, ce sont leurs exportations ?

Comme l’avaient fort bien compris les inspirateurs de la charte de la Havane, aucun pays n’a intérêt, sur le long terme, à ce que leurs partenaires commerciaux soient de plus en plus endettés. C’est vrai même pour l’Allemagne, dont le solde commercial important, s’il ravit leurs entrepreneurs et surtout leurs actionnaires, inquiète leurs financiers et leurs banquiers. Ces 20 ou 30 milliards d’excédents, il faut bien les financer. Si les français ne le peuvent plus, vis-à-vis des allemands, qui pourra le faire ?

Il est vrai que, le long terme, il y a longtemps que les actionnaires des grands groupes multinationaux n’y pensent plus. Et c’est ce long terme qu’il faut donc réhabiliter, par une politique nationale qui fait passer les hommes avant les profits, les valeurs humaines avant les dividendes, l’état stratège avant la dictature court-termisme de l’émotion.


dimanche 22 septembre 2013

CriseEuroPourLesNuls

La crise de l’Euro pour les nuls, par Bruno Lemaire, club Idées Nation

Q. Une monnaie unique, l’Euro, ce n’est pas si mal, pourquoi l’abandonner ?
Toute monnaie, par définition même, se veut ‘unique’ dans une zone donnée : le dollar US pour les USA, le dollar canadien pour le Canada, le yen pour le Japon, sont des monnaies uniques pour la zone ou le pays considéré. Le problème porte plus sur la zone elle-même que sur l’unicité de la monnaie.

Q. Que voulez-vous dire ?
Il n’existe pas une monnaie ‘unique’ pour la terre entière, même si le dollar a longtemps joué le rôle de monnaie dominante, et le joue encore. Et il est peu vraisemblable qu’à l’horizon d’une ou plusieurs générations on puisse avoir une même monnaie – autre dénomination d’une monnaie unique – pour notre planète.

Q. Si nous revenions à l’Europe. Une même monnaie en Europe, cela sonne bien, du moins beaucoup le pensent …
Attention, ne confondons pas : l’Euro, ce n’est pas l’Europe. L’Europe peut exister, a existé, et existera sans doute sans une monnaie unique, surtout lorsque celle-ci a été plus ou moins imposée, sinon complètement par idéologie, du moins avec un certain nombre d’arrière-pensées ne respectant pas nécessairement le bien commun et l’intérêt général.

Mais revenons à l’Euro, dont la construction, présentée parfois comme technique, est éminemment politique, puisque ses initiateurs avaient la vision d’une Europe super fédérale ouverte à tous les vents de la mondialisation, dans laquelle les différentes nations disparaîtraient, voire seraient broyées, dans ce super Etat.

Q. Et vous rejetez cette vision fédéraliste ?
Ce qu’il faut rejeter, c’est le manque de transparence dans cette tentative de mettre les peuples européens devant le fait accompli, sous prétexte qu’il faut gérer dans l’urgence une succession de crises, dont bon nombre ont d’ailleurs été causées par le super pouvoir des banques, et le manque de souveraineté monétaire des pays de cette union.

Bâtir une union monétaire sur des pays trop différents, sur le plan culturel, social, économique, voire politique est un rêve fou, qui s’est transformé en cauchemar pour la plupart des habitants de la zone Euro.

Certains ont pu croire que cela pouvait marcher, mais les faits sont là : cela a échoué, et a déjà coûté à la France – et donc à nos compatriotes - des centaines de milliards d’euros, sans compter les différentes mesures d’austérité qui ont été prises pour tenter de lutter contre les conséquences directes d’une « monnaie unique » inadaptée.

Q. Que faudrait-il faire alors ?
Etre pragmatique, et comprendre pourquoi l’instauration de l’Euro n’a pas marché, et repartir sur d’autres bases.

Q. Très bien. Mais, avant de voir ces nouvelles bases, pourquoi, d’après vous, l’Euro n’a pas fonctionné?
Les raisons en sont extrêmement simples, c’est du simple bon sens, seul l’aveuglement de nos élites et la pensée quasiment unique qu’elles s’efforcent de véhiculer ont tenté de camoufler plus ou moins bien ces raisons.
Pour l’expliquer, je vais prendre une comparaison avec une copropriété, en renvoyant le lecteur, s’il le souhaite, à des explications plus sophistiquées, telles qu’elles sont contenues, par exemple, dans l’excellent petit ouvrage du Professeur Vesperini, plutôt marqué à droite, ou encore de Jacques Sapir, censé être de gauche.

Q. La zone Euro, une copropriété ? Cela mérite quelques explications …
Prenons la situation fin 2001 : onze pays (plus la Grèce arrivée en dernier) vont constituer la zone Euro en 2002 : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal plus la Grèce.

Cette ‘eurozone’ comporte maintenant 17 pays, mais nous allons rester sur les 12 premiers « copropriétaires ». Imaginons donc une copropriété, composée de 12 maisons de taille différente, de standing différent, d’habitants – propriétaires ou locataires – différents, d’ensoleillement différent.

Le syndic unique, tricéphale, c’est la BCE, la Commission de Bruxelles, et, dans certains cas, le FMI. Bien entendu, le propriétaire le plus riche - il possède près de 30% de la copropriété - est le plus puissant, c’est l’Allemagne. Assez loin derrière, c’est la France, avec environ 21% de la copropriété.

Q. D’où viennent ces chiffres ?
Ils correspondent plus ou moins à l’importance respective des économies, telles qu’elles peuvent être mesurées par leur PIB respectif (la production de chaque pays) et par le pourcentage de capitaux mis dans la Banque Centrale Européenne. Disons que c’est un ordre de grandeur relativement réaliste.

Q. Et comment intervient cette monnaie unique dans ce contexte ?
Là encore, c’est très simple. Les prix au m2, qui étaient initialement estimés en monnaie nationale, ont été convertis dans un étalon commun, l’Euro.

Q. Pourquoi pas. Cela permet de comparer facilement les prix.
Vous avez raison. Cet étalonnage aurait pu – et avait été d’ailleurs – fait en utilisant simplement une « monnaie commune », l’ECU, mort en 1999 quand cet ECU a été remplacé par l’Euro, d’abord dans les transactions internationales puis, début 2002, dans les transactions courantes, avec l’apparition des pièces et billets. Mais l’essentiel n’est pas là.

Q. Et où est-il, alors ?
Si nous reprenons l’image de la copropriété, et en supposant que les prix initiaux au m2 aient été bien calculés (alors que l’on sait maintenant que certains pays, comme la Grèce, ont ‘trafiqué’ leurs comptes,…)

Q. « Aidés » en cela par une banque comme la Goldman Sachs, dont l’un des représentants dirige maintenant la BCE …
Effectivement. Mais en dehors même de ces comptes truqués, c’est la suite qui importe. Le fait d’avoir créé l’Euro implique que le prix au m2 évolue de la même façon dans chacune de ces 12 propriétés (17 maintenant).

Dit autrement, si le prix de la propriété allemande représentait 30% de l’ensemble, une monnaie unique exige que ce soit encore le cas onze ans après. Et ce, quelque soient les efforts réalisés, ou non réalisés, par chaque propriétaire pour embellir ou rénover ses propres biens.

Q. Et quels que soient aussi les locataires éventuels et le prix d’hébergement consenti aux éventuels locataires…
C’est évidemment cela le problème. La valeur de chaque copropriété va évoluer, et ce n’est pas en le niant que l’on va gérer le problème.
Certains copropriétaires consciencieux – ou chanceux – vont améliorer la valeur de son patrimoine, d’autres vont le laisser à l’abandon, alors que le syndic tricéphale – la troïka – va continuer à considérer que le prix décidé initialement doit rester le même, à l’inflation près, inflation considérée elle aussi comme identique pour chaque propriété, chaque pays.

Q. Je pense avoir compris. Mais si nous revenions à la situation réelle de la zone Euro …
Vous avez raison, comparaison n’est pas raison. Mais la métaphore de la copropriété a l’avantage de montrer que si des pays, initialement différents, ne « marchent pas au même pas », l’instauration d’une monnaie unique ne peut que se transformer en carcan insupportable. Et les chiffres le prouvent.

Q. Lesquels ?
Deux chiffres sont particulièrement éclairants, celui du solde commercial et celui de la croissance du PIB - très correlé avec celui du chômage.

Tout d’abord, le chiffre des échanges intra-zone euro. La plupart des pays de cette eurozone ont des échanges déficitaires, non seulement avec d’autres pays de la zone, mais aussi avec l’extérieur. Ainsi la France, dont le solde commercial avait toujours été positif pendant la décennie précédant l’instauration de l’euro, a vu son déficit commercial atteindre 70 milliards d’euros 10 ans après.

Son chômage, par ailleurs, a littéralement explosé, pour atteindre officiellement près de 11% en 2013, et sans doute beaucoup plus si on prend en compte les emplois à temps partiel et les emplois aidés.

Q. L’Allemagne, qui est pourtant dans la zone Euro, a vu ses excédents atteindre près de 170 milliards … Effectivement, l’instauration de la zone euro a profité à l’Allemagne, au détriment de ses voisins. Pour l’Allemagne, un Euro cher est plutôt une bénédiction, alors que c’est une malédiction pour la majorité de ses voisins. Les déficits accumulés à son égard par ses voisins risquent cependant de lui coûter cher un jour …

Q. Pourquoi cela ?
Une entreprise ne peut être prospère si ses clients s’appauvrissent continuellement et si les crédits qu’elle leur consent s’accumulent de plus en plus. Même si un pays n’est pas une entreprise, les dettes accumulées des pays importateurs vis-à-vis des pays exportateurs nets finiront par être insupportables, à la fois pour les créanciers et les débiteurs, pour des raisons différentes.

Q. On dit pourtant que l’Euro est une monnaie ‘forte’, sa valeur contre dollar, initialement de 1.17, fluctue actuellement largement au-dessus de 1.32 dollar.
Oui, après avoir baissé à un moment en dessous de 0,9 dollar. Mais un euro « cher » n’est pas nécessairement un euro « fort ». L’euro serait « fort » si le pouvoir d’achat des habitants de la zone euro avait beaucoup progressé. Ce n’est absolument pas le cas, puisque le pouvoir d’achat ‘interne’ des français a décliné les 6 dernières années.

On peut certes acheter plus de dollars actuellement qu’avec un euro ‘faible’, mais cela a peu de répercussion positive sur le panier de la ménagère française. Un euro dit fort, alors qu’il n’est que cher, rend plus difficile les exportations, et plus facile les importations, quand les prix des biens et services correspondant sont très sensibles aux prix.

Q. Mais quelles sont les raisons de cet euro ’cher’, ou ‘fort’ ?
J'en vois deux raisons principales, la politique monétaire de certains pays ou zones monétaires, et la puissance économique de l’Allemagne, le copropriétaire qui continue à améliorer sa compétitivité par rapport aux autres copropriétaires.

La valeur d’une monnaie étant relative, si la réserve fédérale des USA émet proportionnellement plus de monnaie que la BCE – qui ne s’en prive pourtant pas – la valeur du dollar va baisser contre l’euro, même chose si le Japon en fait autant : c’est que l’on appelle une politique monétaire accommodante, ou non conventionnelle, appelée aussi Q E (Quantitative Easing).

La Chine, elle, modifie arbitrairement et artificiellement la valeur de sa monnaie – plus ou moins inconvertible - pour pouvoir exporter plus facilement. Cet euro ‘cher’ ne gêne pas non plus l’Allemagne, bien au contraire, qui utilise ses « satellites » de l’Europe de l’Est pour pouvoir assembler à moindre coûts des biens marqués « made in Germany », qualité et organisation allemandes, coûts bulgares…

Ceci, joint à une demande intérieure assez faible, fait que les exportations allemandes n’ont jamais été aussi florissantes, et permet aux échanges entre l’eurozone, dominée par l’Allemagne, et le reste du monde d’être équilibrés, même avec un euro cher, ou ‘fort’.

L’avenir nous dira si cette eurozone, improbable et complètement instable, implosera ou explosera, ou sera maintenue sous perfusion quelques années encore à la fois par les méthodes ‘non conventionnelles’ (et fort douteuses même eu égard aux traités européens actuels) de la BCE.

En cas d’implosion ou d’explosion, faudra-t-il attendre que certains copropriétaires ruinés soient expulsés, ou que le plus puissant de ces copropriétaires vide ses collègues malheureux de leur force vitale, comme l’appel d’air fait actuellement par nombre d’entreprises allemandes en direction de jeunes diplômés espagnols semble l’indiquer?

Face aux pompes aspirantes d’une immigration sociale non choisie, l’Allemagne semble utiliser les pompes aspirantes économiques d’une immigration choisie. On peut donc comprendre que la copropriété allemande soit prospère et qu’elle n’ait pas spécialement envie de participer aux dépenses de ses collègues, plus malchanceux, plus accueillants ou moins regardants.

mardi 27 août 2013

ValseHesitationSurLesRetraites


Une valse-hésitation de plus : la question des retraites ….

Que d’agitation autour des retraites : il est vrai que tout un chacune se sent concerné. Mais de quoi s’agit-il exactement aurait sans doute dit le Maréchal Foch, qui aimait les problèmes bien posés. Est-ce vraiment un problème de génération, d’allongement de la durée de vie qui exigerait apparemment un allongement ad hoc de la durée de cotisation, ou est-ce essentiellement autre chose ?

La véritable question paraît pourtant simple, si la réponse ne l’est pas : quelle devrait être la  part de la production nationale qui devrait aller aux « inactifs », et quelle est la part de cette production qui devrait  rester entre les mains des actifs. Dans la France de 2013 ou de 2014, il y a des gens qui travaillent pour produire un certain « gâteau », des biens et services privés, marchands, ainsi que des biens et services publics. Tout le reste est littérature.

 Ce gâteau collectif, global, le PIB, est donc produit par un certain nombre d’actifs. En dehors de ces personnes actives, au travail, il y a des jeunes, qui ne travaillent pas, ou pas encore, et des seniors, qui ont travaillé mais qui ne travaillent plus. Ces derniers, ces retraités, pensent avoir droit, c’est légitime, à une partie de ce qui est produit par d’autres, puisque, au cours de leur vie active, ils ont eux-mêmes travaillé pour les inactifs.

La question auxiliaire, quoique importante, est la clé de répartition, sachant que la question principale, qu’il ne faut pas perdre de vue,  concerne ce qu’il faut répartir. Un enfant de 5 ans pourrait comprendre cela, avec simplement un sac de billes. Le simple bon sens conduit à dire qu’on ne peut  distribuer que ce qui existe, qu’on ne peut récolter avant d’avoir semé.

Ainsi,  pour une période donnée, par exemple l’année 2014, les pensions de retraite dépendent nécessairement de ce qui va être produit en 2014, indépendamment des points accumulés pendant la vie de ces mêmes retraités, même si la justice exige de tenir compte des efforts passés.
Si ce qui va être produit en 2014 n’est pas globalement suffisant, cette insuffisance ne dépendra évidemment pas de la façon de répartir l’éventuel surplus, que ce soit par capitalisation  – l’exception – ou par répartition – la règle.

La question des retraites est donc nécessairement liée à ce que David Ricardo écrivait déjà il y a 2 siècles : le principal problème de l’économie politique est à la fois un problème de production et de répartition-distribution. Il faut assurer la production la plus efficace possible, avec la plus grande justice dans la répartition de cette production.

C’est au niveau global qu’il faut donc s’attaquer à cette question. Si l’on peut nous montrer qu’il y aura davantage  à distribuer si les gens travaillent plus longtemps, pourquoi pas. Mais, comme le dit fort justement Marine Le Pen, (re-)mettons déjà au travail ceux qui sont en âge « normal » de travailler, cela devrait déjà augmenter le gâteau à distribuer.  Avec plus de 10% de chômeurs, et sans doute près de 15% si on comptabilise les emplois partiels ou les faux emplois, il y a donc de la marge.

Ratiociner sur l’augmentation de la CSG, ou des cotisations, salariales ou patronales, ou sur telle ou telle autre variable n’a donc aucun sens, puisque c’est l’économie française qu’il faut redresser en priorité. Mais il faut bien que le pouvoir socialiste s’agite, et fasse semblant, une fois de plus, de paraître se préoccuper de l’avenir de nos compatriotes.  Il faut dire que l’UMP n’a guère fait mieux du temps où il était encore aux manettes.