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jeudi 19 juin 2014

Deux_trois_mesures_de_protectionnisme_intelligent



Deux ou trois mesures concrètes, et innovantes, de protectionnisme intelligent.

Par Bruno Lemaire, Secrétaire Général du Club Idées Nation.

Préliminaires : La sortie de l’euro suivie d’une éventuelle dépréciation du « franc nouveau » de 15% par rapport au niveau actuel de l’euro (vis-à-vis du dollar) doit être accompagnée de mesures de protectionnisme intelligent et « raisonné ». Ces mesures peuvent être d’ordre macro-économique, mais aussi micro-économique, au sens où le contrôle de l’Etat peut être ponctuel ou général, incitatif ou plus contraignant sachant qu’en dernière analyse, ce sont les entreprises qui produisent, importent et exportent.

Les mesures proposées, en dehors de s’inscrire dans l’esprit de la charte de la Havane (équilibrage des 3 flux « physiques », capitaux, biens et services), doivent être à la fois simples et compréhensibles par tout un chacun, du chef de grande entreprise à la tête d’une armada de conseillers en tout genre au petit commerçant et artisan, voire de « Monsieur (et Madame) tout le monde ».
Enfin, ce rééquilibrage intelligent peut se faire à plusieurs niveaux, sectoriel, géographique, et temporel.
Sectoriel, par exemple portant sur les télécommunications et l’informatique, ou l’agro-alimentaire, ou la sidérurgie.
Géographique, par exemple pour nos échanges avec l’Extrême Orient ou l’Amérique du Sud
Temporel, par exemple pur permettre à telle ou telle industrie, n’existant quasiment plus (machines-outils, électroménager …) de renaître de ses éventuelles cendres.

Je propose pour ma part deux mesures fondamentales, qui pourront, ou non, être déclinées suivant les trois niveaux esquissés plus haut.

« Droits à importer ».
La première mesure consisterait à instaurer des droits à importer, soit généraux, soit sectoriels, qui seraient négociés soit de gré à gré, soit sur un marché plus ouvert.
Toute entreprise voulant importer devrait donc être munie d’un droit à importer, valable pour un certain volume d’importation, qu’elle se serait procuré soit auprès d’une entreprise exportatrice, soit sur le marché ad hoc.
Ces « droits à importer » bâtis sur le même modèle que les droits à polluer » - du point de vue d’un pays importateur net, l’importation peut d’ailleurs être considéré comme une pollution économique, ou une externalité négative – ne sont pas totalement originaux, puisque certains pays exportateurs de matières premières ont eu recours à ce type de mesures, quoique sous un autre nom, il y a quelques décennies. L’un des conseillers d’Obama lui avait aussi suggéré de telles mesures.
L’avantage d’une telle mesure, en sus de son efficacité potentielle, est d’être de type « entrepreneurial », pour ne pas dire libéral. Dans ce cadre, en effet, l’État, en dehors des informations qu’il peut être amené à transmettre à tel ou tel secteur d’activités sur le montant ,éventuellement sectoriel ou temporel, de ces droits – en fonction des déséquilibres commerciaux fournis  par l’INSEE ou d’autres observatoires économiques, - n’a pas, ou n’aura pas, à intervenir dans la « cuisine interne » des entreprises. Ce sont donc des mesures microéconomiques, ou chirurgicales, que toute entreprise peut assimiler rapidement, à la fois dans son application, dans son principe et dans son objectif.

« Récupération restrictive de TVA »
Une deuxième mesure, plus administrative, et administrée, consiste à ventiler, non pas le taux de TVA, mais le taux de récupération de la TVA, en fonction des niveaux souhaités (secteur d’activités, type de biens ou services, géographie, temporalité)
Un exemple éclairera le principe, en partant d’un taux de TVA unique, par exemple 20%.
Le taux de TVA, quel que soit son niveau, n’affecte pas directement les entreprises – autrement que par le fait que le client final, lui, préfère payer 5% de TVA que 20%, bien sûr – puisque toute entreprise est censée pouvoir récupérer entièrement cette TVA, même si le décalage entre paiement et récupération peut affecter sa trésorerie.

Nous proposons de changer ce principe pour les entreprises importatrices, en affectant cette possibilité de récupération d’un certain pourcentage, inférieur à 100%, qui pourrait même, dans certains cas, être négatif.
Prenons un exemple illustratif, pour éclairer ce principe, fort simple lui aussi, même s’il est plus ‘bureaucratique’ que le précédent.
Considérons donc le cas d’un produit vendu hors taxe par un importateur à 100 euros, soit 120 euros avec TVA, disons avec une marge de 15%, soit pour un prix de revient de 85 euros.
Si, sur ce type de marché, un producteur ‘local’, c’est-à-dire établi en France, propose le même produit, hors TVA, à 125 euros, soit, TTC, à 150 euros, ce n’est pas un éventuel label « made in France » qui lui permettra de vendre à ce prix, qui n’est pas compétitif. Et ce ne sera toujours pas le cas, même en supposant que son prix de revient étant de l’ordre de 105 à 110 euros, et que cet exportateur aille jusqu’à annuler complètement sa marge – ce qui, très rapidement  ne peut que le conduire à la faillite.

Au contraire, en ayant la possibilité de moduler, pour un importateur, le taux de récupération de la TVA, il en irait tout autrement. Si le taux de récupération de l’importateur, au lieu d’être de 100 % (par rapport à un taux de TVA de 20 %) était ramené à 50 %, ou à 10 %, ou même à 0  % - voire à un taux négatif, dans certains contextes spéciaux – cet importateur serai obligé d’en tenir compte dans son calcul de marge.
Sa marge, supposée initialement de 15 euros, amputée de la non récupération de TVA, de 10, 15, 20 euros, voire plus, pourrait devenir négative, et notre importateur serait alors obligé d’augmenter son prix de vente, et donc de rendre le produit de son concurrent ‘local’ à nouveau compétitif.

L’avantage – ou l’inconvénient - d’une telle mesure, plus administrée et plus ‘fiscalisée’ que celle de l’instauration d’un « droit à importer’ » serait sans doute de permettre aux services de l’Etat de mieux ‘réguler’, voire ‘contrôler’ les flux d’import-export.
Cette mesure, par ailleurs serait complémentaire de la précédente et, comme la précédente, elle aurait le mérite d’être compréhensible de tout entrepreneur, grand ou petit.

Autres mesures possibles.
En dehors des deux premières mesures – qu’il faudra bien sûr préciser et raffiner -, on peut aussi avoir recours à des mesures plus classiques, comme celle de droits de douane ciblées. Mais l’efficacité des deux mesures, associées à une sortie de l’Euro et à une dépréciation raisonnable, 12 à 15%, de notre nouvelle monnaie nationale, devrait être telle que notre industrie et notre commerce international retrouvent une place plus conformes à notre passé récent, celui des Trente glorieuses.
Est-il besoin de préciser que l’Union Européenne, dans sa configuration actuelle, s’opposera de toutes ses forces « libre-échangistes » et TAFTAiennes – pour ne pas dire kafkaiennes - à ce genre de mesures, qui relèvent pourtant du simple bon sens, celui d’un équilibre entre nations.

Sortir_de_l’Euro_est-ce_vraiment_une_bonne_idée

Sortir de l’Euro, est-ce vraiment une bonne idée ?

Tribune libre de Bruno Lemaire, conseiller économique de Marine Le Pen, Club Idées Nation

De nombreux français, sympathisants ou non du Front National, s’interrogent sur les les difficultés et les avantages pour la France de sortir de l’Eurozone.
Cinq questions reviennent particulièrement, elles concernent l’impact de cette sortie sur la Dette Publique, sur le Commerce International, sur notre Pouvoir d’Achat, sur la réaction des marchés financiers et enfin sur la façon de renouer avec une monnaie nationale.

Q. On ne pourra pas rembourser en une seule fois nos dettes. Quel sera donc l’impact d’une éventuelle dépréciation du Franc sur les remboursements futurs ?

Notre dette publique, qui sera de l’ordre de 2000 milliards d’euros fin 2014, subirait une augmentation d’une dizaine de milliards  une fois convertie en francs nouveaux. De fait, avec une conversion de 1 pour 1, les 2000 milliards d’euros se transformeront en 2000 milliards de francs. Si, ensuite, le franc nouveau est déprécié de 20%, cela ne concernera que 3% du montant total – seule partie de la dette à ne pas avoir été contractée en droit français. Ces 60 milliards « internationaux » auront donc une surcote de 20%, soit 2 milliards, c’est tout.
Certes, il faudra aussi rembourser plus tard le reste de la dette, mais comme celle-ci sera contractée en monnaie nationale, ses éventuelles fluctuations n’auront aucun impact particulier, que ce soit sur le principal ou sur les intérêts.
Sur ce dernier point, les intérêts, le fait de sortir de l’Eurozone a pour objectif principal de permettre à l’économie française, en sortant du carcan de l’euro, de permettre à l’économie française de repartir, et donc d’être aussi dans une meileure situation vis-à-vis de futurs créanciers : ces intérêts ne seront donc pas plus importants que dans la situation actuelle.

Q. si le franc nouveau est déprécié par rapport à l’euro actuel, nos importations coûteront plus cher, et donc ce n’est pas une bonne affaire, bien au contraire ?

Sur le coût des importations, en particulier de pétrole. Il y aura effectivement une augmentation, au moins sur le coût unitaire de chaque bien importé. Mais les quantités importées seront moindres, un peu comme lorsque les écologistes proposent de réduire la facture énergétique en consommant mieux, et moins, avec des voitures ou des maisons plus économes en énergie.
Rappelons aussi que l’objectif initial de toute dépréciation/dévaluation, c’est justement de rééquilibrer le commerce extérieur, en augmentant le volume des exportations, c’est à dire les quantités exportées, leur prix unitaire étant moindre, tout en réduisant les quantités importées Ce rééquilibrage peut prendre quelques mois, mais là encore le fait que les importations soient supérieures aux exportations n’est pas une nouveauté, c’est justement cela le problème que l’on cherche à résoudre.

Q. Une dépréciation du franc nouveau vis à vis de l’euro diminuera notre pouvoir d’achat, non ?

Si la seule mesure évoquée dans le programme économique du Front National était celle-ci, peut être, au moins à court terme, en attendant  que la balance commerciale de la France se rééquilibre par une augmentation des exportations, et donc par une croissance de l’emploi et des rémunérations dans le secteur exportateur. Mais la sortie de l’Eurozone n’est pas la seule mesure envisagée.
En dehors de la relance du pouvoir d’achat par une création monétaire limitée, et impactant directement le pouvoir d’achat des « travailleurs pauvres », plusieurs mesures de protectionnisme raisonné permettraient que le renchérissement unitaire de certains produits importée ne nuise pas au pouvoir d’achat de nos compatriotes.
Nous n’avons jamais dit que la sortie de l’Eurozone suffirait à elle seul pour résoudre tous les problèmes de l’économie française, il faudra évidemment des mesures de rééquilibrage commercial, comme je l’ai déjà indiqué par ailleurs, en particulier sur le site Nations Presse Info. La relance de notre économie sera nécessairement accompagnée d’une relance de notre pouvoir d’achat, et donc de la « demande solvable ».
On peut par ailleurs imaginer qu’il y aura une légère inflation, qui d’officiellement de 1% passerait à 3 ou 4%, mais cette inflation serait largement compensée par une croissance soutenue. Entre une croissance de 0.5% accompagné d’une inflation de 1%, et d’un chômage stabilisé – au mieux -et une croissance de 2% accompagnée d’une inflation de 4%, et d’un emploi en hausse, nous avons choisi la deuxième solution.

Q. Mais ne faut-il pas craindre une réaction des marchés financiers ?

Les marchés financiers n’existent pas en tant que tels, ce n’est pas une entité homogène. Les « spéculateurs » et les créanciers préfèrent avoir des emprunteurs solvables que des emprunteurs insolvables. Certes le fait d’être remboursés avec une décote de 20% ne leur plaira pas nécessairement, mais les différents ‘constituants’ de ces marchés financiers « prendront leurs pertes », comme les créanciers des Etats-Unis se sont adaptés après la décision de Nixon de ne plus rembourser les créances en or, ce qui a fait subir aux dettes en dollars une décote de 50 à 80%.

Q. Enfin, dernière question, comment sortir de l’eurozone de la façon la plus efficace ? Faut-il sortir avec d’autres nations, ou déclencher nous même le mouvement ?

Il serait bien sûr préférable de sortir de façon concertée de l’Eurozone, et nous nous efforcerons qu’il en soit ainsi. Mais nous savons, et nos partenaires savent aussi, que si la France recrée une monnaie nationale, le franc nouveau, à parité initiale avec l’euro, de nombreuses nations européennes en feront autant, bon gré malgré. Certaines nations de l’Eurozone n’attendent d’ailleurs que cela pour suivre notre exemple.
La zone Euro repose sur une construction artificielle, celle de la monnaie unique, qui s’avère inefficace. Il faut donc en changer, et renouveler ainsi le système monétaire européen. La création d’un tel système, basé sur des monnaies nationales puis sur une monnaie commune, apparaîtra vite comme la meilleure solution.
Cette monnaie commune, pour éviter le mirage de taux de changes aléatoires, et donc soumis à la spéculation, devra reposer sur un système de changes fixes, mais ajustables en fonction de critères précis et compréhensibles de tous – les parités étant par exemple basées sur le solde commercial des différents pays entre eux, afin de respecter l’esprit de la charte de la Havane qui ne fait que traduire, en fait, que seuls des échanges équilibrés (flux de capitaux, de biens, de services et … de personnes) peuvent assurer à terme la fin de tout type de conflits entre nations souveraines.
Un système de changes flottants serait donc une erreur, qui a d’ailleurs conduit dans un passé récent à la fin du « Serpent monétaire européen » et à la naissance de l’euro.

dimanche 15 juin 2014

Le_vrai_scandale_de_la_loi_Giscard



Le vrai scandale de la loi Giscard de 1973


Tribune libre de Bruno Lemaire, Club Idées Nation

Beaucoup de choses ont été écrites sur la loi de 1973, même si le plus important à retenir, sur le plan politique, aurait du être que cette loi signait le véritable début de l’indépendance de la Banque de France vis-à-vis de l’Etat français, et donc le début de la fin de toute politique monétaire indépendante. Indépendance de la Banque de France qui se traduirait, 25 ans plus tard, par la naissance de la Banque Centrale Européenne qui, elle, serait même indépendante de l’ensemble des autorités politiques des pays constitutifs de l’Eurozone, même si cette indépendance peut apparaître suspecte lorsque l’on connaît les liens que son président a eu, et a encore, avec la banque Goldman Sachs.

Ce que peu de gens savent, cependant, c’est que le budget de la France n’a plus jamais été en équilibre depuis 1974.

On aurait pourtant pu penser que la France n’avait pas à être vertueuse lorsqu’elle pouvait, avant 1973, emprunter sans compter à sa propre banque – à taux zéro qui plus est. Elle l’avait pourtant été, vertueuse, puisque ses dettes publiques étaient très faibles, et son budget parfois même excédentaire.

Au contraire, depuis que la France doit emprunter à des banques commerciales à un taux non négligeable, voilà que ses députés, les représentants du peuple, se mettent à dépenser plus que de raison.

Bien entendu, le fait que de nombreux conseillers de nos politiques soient eux même administrateurs ou consultants auprès des banques ou des marchés financiers n’a sans doute rien à voir avec cette situation. Le fait que la plupart des institutions faisant partie de l’Agence France Trésor, chargée de « placer » les dettes de la France auprès des marchés financiers, soient des banques ou des institutions financières étrangères, doit lui aussi être une coïncidence.

Comme chacun sait, le président Hollande, comme l’ensemble de ses prédécesseurs, est l’ennemi de la finance. Nos compatriotes peuvent donc dormir tranquilles, ce qu’ils font depuis 40 ans, avec le résultat que l’on voit, tant au niveau de leurs emplois que de leur pouvoir d’achat.