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dimanche 30 avril 2017

Monnaie commune, monnaie unique, késaco



Ou comment rendre compliqué un principe très simple …

Par Bruno Lemaire, Club Idées Nation

La question de l’euro redevient centrale dans le débat présidentiel, et c’est tant mieux, mais la façon de l’aborder rendrait perplexe n’importe quelle personne de bon sens : à croire que l’on cherche à compliquer à plaisir.

Tout d’abord, précisons le contexte, c’est celui des échanges (marchands) entre deux ou plusieurs nations.

Par définition, en effet, quand un français achète en France un produit, quelle que soit sa provenance, il paye nécessairement en monnaie nationale. S’il cherchait à payer en dollar, ou en yen, il aurait un peu de mal à faire accepter son paiement. Et le commerçant serait en droit de le refuser. Les échanges, purement bancaires, sont gérés par les banques commerciales, éventuellement différentes, du client et du vendeur, puis « compensés » s’il y a lieu par la banque de France. L’une des deux banques voit son compte à la banque de France être crédité, l’autre débité, point final.

Le concept même de monnaie unique, ou de monnaie commune, n’est évidemment pas pertinent dans ce contexte local, « national », à l’échelon d’un seul pays.

Les questions monétaires ne peuvent donc concerner que des transactions, importations ou exportations, entre différents pays.

Nous avons donc deux cas, celui des échanges entre la France et un pays de l’eurozone, par exemple l’Allemagne, et celui des échanges entre la France et un pays qui n’appartient pas à l’eurozone, par exemple le Japon, les Etats Unis ou encore le Royaume Uni.

Ce deuxième cas ne concerne pas une éventuelle monnaie commune, au sens où l’on voit bien que, dans ce contexte, il faudra une conversion d’une monnaie, la monnaie nationale française (euro ou pas, peu importe ici), en une monnaie étrangère, yen, dollar ou encore livre sterling. Le taux de change interviendra, les transactions donneront lieu, in fine, à des échanges entre la banque de France et la banque nationale « étrangère ». S’il s’agit d’importations, la banque de France devra acheter la devise étrangère (donc vendre de la devise, de la monnaie, nationale), s’il s’agit d’exportations, c’est la banque étrangère qui devra vendre sa propre devise (pour acheter de la monnaie française).

Remarquons cependant que pour le client final français, s’il est acheteur d’un produit importé, tout cela est transparent, il achète en monnaie française, c’est sa banque qui gère cela, et s’il exporte, là encore il vend en francs, même si, dans les deux cas, le taux de change monnaie française vs. monnaie étrangère peut l’intéresser, surtout s’il ne paye pas, ou s’il n’est pas payé, au comptant. Les variations des cours peuvent impacter sa trésorerie ou ses éventuels bénéfices.

Dans les transactions internationales, import ou export, qui auraient lieu dans l’eurozone actuelle, il y a deux modifications par rapport au cas précédent.

Tout d’abord, les transactions entre les banques nationales des deux pays concernés, par exemple la banque de France et la Banque d’Allemagne, sont automatisés par le biais d’un système informatique commun, le système Target2. Ce système n’existe que pour l’eurozone, mais il pourrait aussi impliquer d’autres pays, ce n’est QUE de l’informatique.

Par ailleurs, les transactions sont libellées en une seule monnaie, la monnaie unique actuelle, l’euro. Pas besoin de modification des prix due à une prise en compte de taux de change.

Mais, comme nous l’avons vu dans un billet précédent, il suffirait qu’il y ait un taux de change fixe, entre la monnaie nationale française et la monnaie nationale allemande pour qu’une éventuelle conversion franco-allemande ait lieu sans problème. Si les deux pays agréent que la monnaie allemande doit valoir 20% de plus que la monnaie française, il suffira d’intégrer ce coefficient multiplicateur au système target2 pour que la transaction passe sans problème entre la banque de France et la banque d’Allemagne. Si c’est une importation vers la France, la banque de France verra sa dotation en monnaie française diminuer, l’inverse en cas d’exportation.

En fait, dire qu’il y a une monnaie commune c’est simplement accepter que la conversion euro français vs euro allemand soit automatique, quitte à revisiter à périodes fixes, par exemple tous les ans, en fonction de certains critères, le taux de conversion, ou taux de change. Le système target2 peut être modifié pour cela en quelques heures. Cela ne dépend que d’un accord, et donc d’une volonté, politique.

La monnaie commune est donc déjà implicite dans le système target2, et plus généralement dans n’importe quel système informatique sécurisé gérant des flux financiers. Il suffit de l’imposer, si possible par la négociation. Cela revient à changer les étiquettes, mais c’est beaucoup plus simple, quasi automatique, pour tenir compte de la puissance relative de telle ou telle économie, en vue d’équilibrer les échanges, ce qui, rappelons-le, était l’un des objectifs d’une des premières chartes de l’ONU, en 1948.

Et voilà donc comment l’on passe d’une monnaie unique, qui par définition ne peut tenir compte des différences de compétitivité, et qui exigerait pour subsister d’énormes transferts financiers d’un pays à un autre, à une monnaie commune.

Rajout du premier mai
Suite aux imbécilités entendues ce jour sur la quasi totalité des radios ou des télés à propos du prétendu "chaos" que soulèverait une monnaie commune, je me crois autorisé, sinon obligé, à apporter les précisions suivantes.

En France, comme dans presque tous les pays du monde, une seule monnaie a cours légal, pour le moment c'est l'euro, monnaie commune aux pays de l'euro-zone. Je laisse ici de côté des monnaies locales, qui n'ont pas cours légal, et qui sont plus des moyens d'échange associatifs que de véritables moyens de paiement.

Si nous passons à un franc nouveau, il en sera de même. Les français, pour leurs achats EN France, que les biens achetés proviennent ou non de l'étranger, paieront en monnaie nationale, en franc nouveau si tel est le cas. Aucun français n'aura à avoir plusieurs porte -monnaie pour pouvoir gérer plusieurs monnaies. C'est stupide de le laisser entendre, et ceux qui le proclament dans les médias sont soit complètement abrutis, ce que je ne crois pas, soit d'une mauvaise foi insigne.

La monnaie commune n'interviendra que dans les échanges internationaux, pour fixer le taux de change entre différents pays. Ceci peut se faire automatiquement, grâce à un mécanisme de type Target 2, et sera quasiment transparent pour les français qui se rendraient à l'étranger pour leurs courses, vu l'utilisation de cartes bancaires qui peuvent elles aussi faire automatiquement la conversion par l'intermédiaire des lecteurs de carte bancaire que 99% des commerçants ont maintenant à leur disposition.

Le franc n'empêchait pas, en 1995, de faire des achats, en France, de biens produits ailleurs. Il en sera de même si nous retrouvons notre monnaie nationale, quel que soit son nom. Mais effectivement, pour le moment, l'Union Européenne ne le permet pas.

Rajout du 3 mai.
C. Sannat affirme que l'euro est moribond en tant que monnaie des pays constituant la zone euro. Pour cela il s'appuie, comme beaucoup d'analystes sérieux, C. Gave, Asselineau ou autres, sur les statistiques du système Target2.

La banque d'Allemagne est littéralement gavée des euros fabriqués par la BCE, euros qui transitent par l'Italie et L'Espagne pour le 1/3 d'entre eux et qui se retrouvent ensuite dans ses comptes. De la même manière l'Allemagne industrielle et commerciale se gave : 250 milliards d'excédent commercial  dus pour beaucoup à un euro trop faible pour sa puissance économique, trop fort pour la majorité des autres pays de la zone euro. Les chiffres sont têtus et mentent rarement.


samedi 29 avril 2017

De la compétitivité franco-allemande: comment l'améliorer



Du différentiel de compétitivité franco-allemand : comment résoudre cette question en gardant la même monnaie, une monnaie unique ?

Par Bruno Lemaire, économiste, club Idées Nation

La sortie de l’euro fait peur, et même si cette peur peut apparaître non justifiée, avoir raison trop tôt, ou sans convaincre, n’a pas beaucoup d’intérêt – dans tous les sens du mot.

Chacun sait pourtant que la France a de gros problèmes de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne, cette différence de compétitivité est évaluée par un certain nombre d’experts, dont le FMI, à environ 21%. (Une simple comparaison des échanges, exportations vs importations, pour l'année 2016 entre Allemagne et France montrerait un déficit relatif de 19.71%, très proche donc de ces 21%)

Dit autrement, pour que les produits français soient compétitifs par rapport à des produits allemands de même nature, il faudrait que les produits allemands soient 21% plus chers.

En dehors d’un changement de parité entre l’euro français, ou le franc nouveau, et l’euro allemand, ou le mark nouveau – ce que nos compatriotes ne veulent pas, au moins dans le contexte actuel – la seule solution, au moins de court terme, serait de mettre une taxe de 21% sur les produits allemands.
Un produit proposé à 100 euros par un importateur serait donc proposé à 121 euros aux clients français, une sorte de super tva en quelque sorte.

Le système Target 2, qui gère les flux financiers à l’intérieur de l’Union Européenne, pourrait être modifié de façon à permettre automatiquement cette modification, sans aucune valse ou modification d’étiquette : les produits « made in germany » seraient ainsi affectés automatiquement d’un coefficient correcteur de 1,21.

Nul besoin dans ce cas de changer de monnaie, et les épargnants qui craignent que leurs économies ne soient dépréciées en cas de sortie de la zone euro n’auraient plus à craindre quoi que ce soit, sauf bien sûr s’ils pensaient investir en produits allemands.

Petit bémol : ces frais de douane ciblés sont interdits par l’Union Européenne, comme d’ailleurs le sur-coût de 30 ou 35% que l’on imposerait à des produits qui seraient réimportés après délocalisation, comme pour Whirlpool, par exemple.

En d’autres termes, si l’on veut résoudre la crise actuelle, qui se concrétise par près de 6 millions de chômeurs et un déficit commercial annuel de près de 50 milliards, il faudra bien que l’on modifie certaines règles de fonctionnement de l’Union Européenne actuelle. Il n’est pas indispensable de changer de monnaie, mais il faut alors modifier autre chose.

Dans le cas contraire, rien ne sera possible.

Bien entendu, ces taxations peuvent être progressives, et ne s’appliquer que pour des produits que l’on peut ou que l’on sait encore fabriquer en France, même si nos coûts de production sont relativement plus importants initialement. Ces taxes pourront par ailleurs être utilisées, au moins partiellement, pour aider à faire repartir certaines industries ou certains secteurs d’activité et accompagner ainsi la réindustrialisation dont nous avons tant besoin. Ou encore à financer les grands projets que Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ont annoncé ce jour.

jeudi 27 avril 2017

Protectionnisme et mesures de rétorsion : fantasmes ou réalité ?



Quand la mauvaise foi atteint des sommets: hors du libre échange (mais seulement pour la France) il n'y aurait point de salut, et vouloir se défendre 'raisonnablement' serait interdit.
Par Bruno Lemaire, club Idées Nation

Face à des arguments qui frôlent la stupidité, et qui sont en tout cas d’une mauvaise foi insigne, on ne peut que se demander : de qui se moque t-on ?

J’ai déjà écrit, notamment à propos de l'affaire Whirlpool, que feindre de confondre l’Europe, une réalité historique, géographique, politique, avec une institution, l’Union Européenne, ou une zone monétaire, l’Eurozone était une sinistre plaisanterie véhiculée par des médias sans scrupules et plus ou moins vendus à la ‘cause’ mondialiste.

Mais il y a encore plus gros, encore plus manipulatoire : prétendre que le protectionnisme serait interdit sous prétexte qu’il y aurait des mesures de rétention qui seraient encore plus dommageables pour le pays qui se risquerait à tenter d’équilibrer ses échanges avec l’extérieur par des droits de douane ou des droits à importer.

Dès lors que la France, hélas, importe plus qu’elle n’exporte, son solde commercial étant déficitaire en 2016 de près de 50 milliards (alors qu’il était excédentaire au lancement de l’euro), on voit mal qui a le plus intérêt à adopter des mesures de rétorsion, le « vendeur », assimilé ici au monde extérieur, ou le client, c’est-à-dire la France.

Raisonnons en effet par l’absurde, en feignant d’imaginer une France coupée du monde, alors que Marine Le Pen veut contrôler les frontières, comme la Suisse ou de nombreux autres pays, pas les fermer. C’est évidemment le reste du monde qui perdrait ces 48 milliards, pas la France.

Plus précisément encore, quand la Suisse, tout petit pays par sa superficie et sa population, comparé à la France, met des droits de douane, personne ne s’insurge en disant qu’il faut la punir. Même chose quand Trump incite ses industriels à ne pas délocaliser. Mais, pour la France, ce serait une catastrophe de chercher à se protéger, alors qu’elle ne ferait que respecter l’esprit de la charte de l’ONU de 1948, la charte dite de la Havane, qui affirmait que pour prévenir les guerres économiques, qui finissent souvent, hélas, par déboucher en guerre véritable, plus ou moins larvée, il fallait tout faire pour équilibrer les échanges entre nations indépendantes.

Et c’est justement ce que Marine Le Pen propose de faire, par ses mesures de protectionnisme raisonné.