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dimanche 7 février 2010

dettes publiques, interets prives

Sur la question des intérêts et de la dette publique.

Comme de plus en plus d'échanges dans la blogosphère portent sur cette question, je crois qu'il est utile de repréciser que la question des remboursements de la dette publique et le problème de la gestion de la monnaie - et d'une croissance folle – sont en grande partie liée à la question du niveau et de l'influence du taux d'intérêt.
En dehors donc des responsabilités liées à la création monétaire, il semble donc nécessaire d’instituer des règles d'encadrement du crédit (en sus des règles éventuelles d'encadrement des revenus).

J’ai souvent soutenu l’idée d’un taux d’intérêt « éthique » : aucun taux (et plus particulièrement celui de la dette publique) ne doit être au dessus du taux réel de croissance anticipé pour l'économie, seule façon de ne pas avoir une baignoire 'monétaire' qui se vide plus vite qu'elle ne se remplit, et d'éviter une recherche de croissance démesurée ayant pour seul but de rembourser les emprunts.

Un peu d'arithmétique (et l'utilisation élémentaire d'un tableur ;-) ) montre(nt) la chose de façon triviale:

En prenant un taux de croissance de 2%, et un taux d’intérêt de 5%, un calcul élémentaire (à vitesse de circulation constante, et avec des taux d'intérêt et des taux de croissance stables) nous donne sur 20 ans les résultats suivants:

La première colonne représente l’année, la deuxième colonne l’agrégat M1 ramené à 100 initialement (qui passe à 265 en 20 ans).
L’évolution du PIB figure en troisième colonne (il démarre avec la valeur 384 : en fait, il faudrait tout multiplier par 3,15 pour avoir les 1800 milliards d’euro du PIB français de 2008).
La quatrième colonne mesure l’évolution du ratio M1/PIB
La dernière colonne rétablit, de façon "lissée" une évolution du PIB francçais entre 1989 et 2008: ce ne sont que des ordres de grandeur, bien sûr, correspondant à un taux de croissance "virtuel" de 2%.

(Nous montrerons dans un autre tableau l'évolution statistique sur 15 ans - données factuelles, "officielles" - de l'agrégat monétaire M1 par rapport, cette fois, à l'argent liquide ("Currency"= billets plus pièces))




En 20 ans, pour un taux d'intérêt de 5% et un taux de croissance du PIB de 2%, l'agrégat M1 passe de 26% du PIB à 46% du PIB.

C'est une autre façon de dire que la sphère financière va s'enrichir aux dépens de la sphère productive, ou encore que les capitalistes profitent de revenus non gagnés aux dépens des "travailleurs", entrepreneurs comme 'prolétaires'.

On voit aussi, de même, qu’une différence de 3% entre ces deux taux conduit le déficit public à ne jamais pouvoir être remboursé, à moins de diminuer les dépenses et d’augmenter les recettes (impôts ?) de l’état de façon drastique, et donc insupportable.

C'est d'ailleurs ce que de nombreux auteurs, dont A.J. Holbecq et Ph. Derudder avaient montré (cf. "La dette publique, une affaire rentable"): ainsi les intérêts payés pendant 27 ans, entre 1980 et 2006, ont représenté plus de 1100 milliards d'euros, alors que la dette elle-même n'a augmenté que de 913 milliards d'euros. Ssns ces intérêts cumulés - c'est à dire si la France avait pu créer la monnaie correspondante, au lieu d'emprunter auprès de banques commerciales - la France, fin 2006, aurait eu plus de 200 milliards d'excédent budgétaire, ce qui lui aurait permis de rembourser entièrement les déficits cumulés pendant ces 27 ans...

Sans revenir donc sur le privilège exhorbitant accordé aux banques (le privilège de "battre monnaie fiduciaire" et de pouvoir prêtre à l'état avec 3% de marge: ce qu'un billet de Natixis datant de janvier 2010 a encore confirmé) - d'autres billets sur ce blog, ou ailleurs, en ayant amplement parlé, il me semble utile de montrer que si l'agrégat M1 a ainsi augmenté par rapport au PIB, il en a été de même dans des proportions voisines, pour l'argent-liquide (billets plus pièces) mais avec des fluctuations relativement importantes.

Le tableau suivant va illustrer ce point, cette fois-ci dans le contexte de la zone euro (15ans, mois par mois, données en milliers d'euros):

Period ↓Currency value M1 M1/Currency
2009Nov 750109 4462083 5,95
2009Oct 745447 4484004 6,02
2009Sep 740640 4402728 5,94
2009Aug 741163 4399063 5,94
2009Jul 745471 4332559 5,81
2009Jun 734980 4236798 5,76
2009May 731994 4186899 5,72
2009Apr 729212 4193541 5,75
2009Mar 719947 4118806 5,72
2009Feb 715969 4129472 5,77
2009Jan 712336 4099616 5,76
2008Dec 722924 3974183 5,50
2008Nov 703740 3957568 5,62
2008Oct 698922 4004350 5,73
2008Sep 657204 3887351 5,91
2008Aug 656106 3850635 5,87
2008Jul 658825 3836504 5,82
2008Jun 652134 3845554 5,90
2008May 645772 3850976 5,96
2008Apr 641431 3837211 5,98
2008Mar 632928 3840488 6,07
2008Feb 628792 3840617 6,11
2008Jan 623208 3854044 6,18
2007Dec 638620 3830465 6,00
2007Nov 618703 3853032 6,23
2007Oct 613589 3842720 6,26
2007Sep 610528 3832355 6,28
2007Aug 610685 3838780 6,29
2007Jul 612964 3823959 6,24
2007Jun 605045 3790991 6,27
2007May 597697 3766299 6,30
2007Apr 594842 3745802 6,30
2007Mar 588596 3738977 6,35
2007Feb 578812 3709559 6,41
2007Jan 575735 3691691 6,41
2006Dec 592282 3685076 6,22
2006Nov 571587 3616325 6,33
2006Oct 567175 3598083 6,34
2006Sep 563264 3599260 6,39
2006Aug 559066 3580731 6,40
2006Jul 562779 3557871 6,32
2006Jun 553802 3559106 6,43
2006May 543680 3544348 6,52
2006Apr 540385 3517573 6,51
2006Mar 532322 3484658 6,55
2006Feb 524920 3464427 6,60
2006Jan 520930 3440421 6,60
2005Dec 532914 3422983 6,42
2005Nov 514488 3386468 6,58
2005Oct 510522 3377160 6,62
2005Sep 507149 3349436 6,60
2005Aug 500919 3328395 6,64
2005Jul 506427 3300974 6,52
2005Jun 496551 3254973 6,56
2005May 485829 3050521 6,28
2005Apr 481074 3026812 6,29
2005Mar 471751 3003462 6,37
2005Feb 463566 2990502 6,45
2005Jan 459893 2962631 6,44
2004Dec 468426 2906478 6,20
2004Nov 448753 2912272 6,49
2004Oct 444394 2885794 6,49
2004Sep 438041 2870081 6,55
2004Aug 433400 2838079 6,55
2004Jul 436246 2825754 6,48
2004Jun 423014 2793055 6,60
2004May 416623 2775026 6,66
2004Apr 409373 2777006 6,78
2004Mar 399591 2756923 6,90
2004Feb 393469 2719587 6,91
2004Jan 389117 2707860 6,96
2003Dec 397902 2677644 6,73
2003Nov 379148 2661724 7,02
2003Oct 371239 2656872 7,16
2003Sep 364830 2623085 7,19
2003Aug 362668 2608287 7,19
2003Jul 361475 2576327 7,13
2003Jun 351042 2559749 7,29
2003May 343756 2553842 7,43
2003Apr 336320 2526511 7,51
2003Mar 327218 2501963 7,65
2003Feb 319317 2483887 7,78
2003Jan 312120 2456046 7,87
2002Dec 341158 2443268 7,16
2002Nov 321353 2416183 7,52
2002Oct 313872 2388636 7,61
2002Sep 306676 2371262 7,73
2002Aug 301114 2340264 7,77
2002Jul 296574 2323232 7,83
2002Jun 285696 2305287 8,07
2002May 273847 2290992 8,37
2002Apr 261655 2272466 8,68
2002Mar 254298 2241293 8,81
2002Feb 240476 2249355 9,35
2002Jan 246680 2247259 9,11
2001Dec 239720 2223121 9,27
2001Nov 279707 2219348 7,93
2001Oct 295453 2202549 7,45
2001Sep 309607 2192127 7,08
2001Aug 319234 2171594 6,80
2001Jul 328033 2157842 6,58
2001Jun 333023 2156258 6,47
2001May 332902 2142987 6,44
2001Apr 336171 2124661 6,32
2001Mar 336281 2105802 6,26
2001Feb 335032 2106116 6,29
2001Jan 336070 2094886 6,23
2000Dec 348369 2025811 5,82
2000Nov 337698 2021191 5,99
2000Oct 337602 2022323 5,99
2000Sep 339817 2014125 5,93
2000Aug 338781 2022499 5,97
2000Jul 343909 2012884 5,85
2000Jun 342023 1997825 5,84
2000May 338382 2005859 5,93
2000Apr 338582 2022097 5,97
2000Mar 335456 2003226 5,97
2000Feb 331989 1988897 5,99
2000Jan 333840 1987997 5,95
1999Dec 350787 1923210 5,48
1999Nov 331071 1914637 5,78
1999Oct 330544 1900239 5,75
1999Sep 328282 1887809 5,75
1999Aug 327370 1878935 5,74
1999Jul 332861 1880658 5,65
1999Jun 324790 1857387 5,72
1999May 322403 1837747 5,70
1999Apr 320733 1820616 5,68
1999Mar 318574 1807938 5,68
1999Feb 313911 1787741 5,70
1999Jan 314331 1808480 5,75
1998Dec 323437 1732438 5,36
1998Nov 314284 1705466 5,43
1998Oct 313372 1681123 5,36
1998Sep 311823 1669227 5,35
1998Aug 315095 1660416 5,27
1998Jul 320715 1650839 5,15
1998Jun 315514 1656273 5,25
1998May 317279 1634368 5,15
1998Apr 314877 1626160 5,16
1998Mar 311850 1607042 5,15
1998Feb 311818 1585539 5,08
1998Jan 311449 1573311 5,05
1997Dec 320614 1565384 4,88
1997Nov 314712 1554021 4,94
1997Oct 311745 1550447 4,97
1997Sep 311131 1530295 4,92


Le ratio M1/currency, que j'ai appelé dans d'autres billets "monnaie"/"argent liquide" a donc varié entre 4.88 et 7.80 - en dehors d'une période un peu spéciale, celle du lancement de l'euro, fin 2001/début 2002 - pour tourner actuellement autour de 6 (En France, les variations de ce ratio d' "illiquidité" semblent plus faible, le ratio étant lui-m^me plus faible (autour de 5 actuellement) ).

Cela semble indiquer deux choses, qu'il faudrait sans doute creuser d'un peu plus près.

a) Une crise de liquidité, si elle se produit dans la zone euro, ne commencera sans doute pas par la France, puisqu'il y a relativement plus de billets disponibles (par rapport à la monnaie fiduciaire) en France qu'en Europe - alors que, pourtant, l'utilisation de la monnaie scripturale (par l'intermédiaire de l'emploi des cartes bancaires, des chèques ou des virements) est au moins aussi grande en France que dans le reste de la zone euro.

b) Les évolutions comparées de M1 et de l'argent liquide ("currency") ne permettent pas de dire si c'est la banque centrale ou les banques commerciales qui initient le processus d'augmentation monétaire. Mais le processus d'augmentation de la masse monétaire est indéniable, s'accompagne d'une augmentation similaire du montant d'argent liquide en circulation. Ces augmentations concomitantes sont plus importants, en pourcentage, que la croissance du PIB, et me semblent pouvoir être expliquées, pour une bonne part, par les intérêts non "éthiques" perçus par les banques.

Commentaires bienvenus.

B.L.

15 commentaires:

  1. bonjour, une question svp, en quoi consistent les avoirs de la banque centrale et quelle est leur origine ?
    dans quelles situations elle est amenée à créer de la monnaie (billets + scriptural)?

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  2. "Ssns ces intérêts cumulés - c'est à dire si la France avait pu créer la monnaie correspondante, au lieu d'emprunter auprès de banques commerciales - la France, fin 2006, aurait eu plus de 200 milliards d'excédent budgétaire, ce qui lui aurait permis de rembourser entièrement les déficits cumulés pendant ces 27 ans..."

    Je ne comprend pas comment la France aurait pu créer cette monnaie correspondante, en contrepartie de quoi ?

    Ne retombe-t-on pas dans le problème du financement de la dépense courante par la dette ? A l'opposé de "l'endettement entrepreneurial" où l'on emprunte à un taux i avec pour objectif de générer un taux de profit plus élévé. La condition immortelle et géopolitique des Etats leur permet d'emprunter plus facilement qu'un agent normal et entraine donc des dérives, de là à mettre cela sur le dos des prêteurs c'est un peu refaire le monde sur le zinc du bar PMU non ?

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  3. @nico, qui écrit:

    "Sans ces intérêts cumulés - c'est à dire si la France avait pu créer la monnaie correspondante, au lieu d'emprunter auprès de banques commerciales - la France, fin 2006, aurait eu plus de 200 milliards d'excédent budgétaire, ce qui lui aurait permis de rembourser entièrement les déficits cumulés pendant ces 27 ans..."

    Oui, j'ai peut être utilisé une mauvaise expression, ou pas suffisamment précise, en écrivant "si la France avait pu créer la monnaie correspondante".

    Merci donc de me donner une nouvelle chance.
    a) Première explication: si la France ne paye pas d'intérêt autre qu'éthique (taux d'intérêt = taux de croissance) au lieu de payer 2ou 3% de plus, elle aurait payé nettement moins d'intérêts: je n'ai pas les chiffres exacts, je compte sur les internautes pour me les fournir - ou sur moi si je les cherche un peu plus.
    b) Si la France était une banque privée (ou si elle nationalisait ses banques), elle "créerait" de la monnaie en portant en garantie (virtuelle) ses investissements pour le bien commun futur. Elle n'aurait donc qu'à se rembourser à elle-même, c'est à dire aux citoyens français, cette somme: contrat moral pour ne pas faire n'importe quoi.

    @nico toujours, pour sa deuxième critique: Est-ce que cela ne relèverait pas du café du commerce ou du "yakafaucon"? Je ne crois pas.

    Si je suis en désaccord avec tout taux d'intérêt supérieur au taux "éthique", c'est évidemment encore plus vrai pour l'état. Mais cela ne signifie nullement que l'état peut faire n'importe quoi.

    Je m'oppose simplement au principe de la double peine: si l'état fait des dépenses idiotes, ou inutiles, ou non efficaces, c'est une chose, à contrôler et à condamner, bien sûr. Mais pourquoi faire payer le citoyen français une deuxième fois, d'abord parce que l'état s'est trompé dans ses choix, ensuite - en tant que contribuable - parce qu'il va falloir payer des intérêts sur des crédits mal employés ou inutiles.

    Commentaires supplémentaires bienvenus, B.L.

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  4. a) Cela ressemble fort à une règle monétariste ^^ ou à la règle d'or de Phelps, mais comment peut-on prévoir le taux de croissance réel en vrai ?

    b) Cela ressemble beaucoup à ce qui se faisait avant, cela ressemble fortement à de la monétisation de dette et honnêtement le coût pour les citoyens était l'inflation, une destruction d'épargne. C'est sûr que cela fait plus mal à ceux qui peuvent constituer des épargnes conséquentes, mais le cas limite est l'hyperinflation et ce n'est pas la joie...

    L'idée se défend mais n'est pas applicable je pense. D'une part la France n'émet plus sa monnaie, la BCE veille tout de même à ce que les anticipations d'inflation ne décrochent pas. Et d'autre part il faut penser au pays qui s'endettent dans d'autre monnaie pour la généralisation d'un tel système.

    Puis d'un point de vue purement théorique : certes les banques se sont goinfrés, mais elles ont tout de même une utilité sociale, le spread constitue sa rémunération, mais qui voudra faire de la banque si ce n'est même pas rentable ? Alors oui l'Etat qui aurait nationalisé ne rechercherait pas la rentabilité, mais le coût social (en terme de perte de capacité d'intermédiation financière, ou même simplement des effectifs pléthoriques, monétisation de la dette...) est forcément supporter par les citoyens. Une dépense pas très fonctionnelle donc, financer par la dette et prêtée par la banque nationalisée ;) ?

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  5. @nico, merci d'apporter la contradiction (pleine de bon sens et de pertinence:

    a) Sur la règle taux 'éthique' , vous dites: Cela ressemble fort à une règle monétariste ou à la règle d'or de Phelps, mais comment peut-on prévoir le taux de croissance réel en vrai ?

    Pour la prévision, on peut anticiper le taux, et rajuster après coup (taux d'intérêt variable).
    Que ce soit éventuellement une règle "monétariste" ne me gêne pas vraiment. En fait, la plupart des monétaristes se sont plutôt intéressés à la croissance de la masse monétaire, en tant que "voile monétaire", comme si l'économie n'était pas dans sa substance m^me profondément monétaire. Tout se passe comme si les "monétaristes" étudiaient une économie non monétaire, et s'ils rajoutaient après une monnaie.

    Pour le point b), je vous réponds dans le commentaire suivant.

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  6. @nico, suite, sur le point b), que je résume

    b) Si la France pouvait créer de la monnaie en portant en garantie (virtuelle) ses investissements pour le bien commun futur.

    Nico rappelle que cela se faisait avant 1973, et qu'une des conséquences en a été l'inflation (Keynes en parlait comme de l'euthanasie des rentiers).

    C'est effectivement un risque, mais à supposer que c'en soit la conséquence et si cela en était le principal effet négatif - l'euthanasie des rentiers - ce ne serait peut être pas cher payé.

    Ce fut l'époque des trente glorieuses, qui ont reconstruit la France, sans chomage important.

    Mais je ne dis pas que ce soit LA solution de revenir à des pratiques anciennes.

    Je dis seulement qu'il faut sortir du système actuel, et que les propositions du crédit social, ou celles de M. Allais, méritent d'être étudiées, car le système actuel conduit à la catastrophe.

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  7. Le ratio "M1/currency" est souvent présenté sous une forme légèrement différente:
    "M1-Currency"/"Currency" pour se rapprocher du multiplicateur monétaire théorique.

    M1 est en effet égal à la somme "monnaie scripturale bancaire" plus "currency".

    Si on ne veut conserver que la monnaie scripturale bancaire au numérateur du ratio (cette monnaie n'étant autre que le montant global des DAV - dépôts à vue - que je préfère appeler "comptes à vue")il vaut mieux écrire(M1-Currency)/currency, ce qui n'est autre que le ratio précédent, moins l'unité:
    (M1-currency/currency) = M1/currency - 1.

    Un multiplicateur théorique de 9 voudrait dire que le système bancaire global peut prêter 9 fois plus d'argent que l'argent liquide qu'elle a en dépôt (soit de ses clients, soit sur fonds propres).

    Ainsi, avec 100 milliards de "currency", les DAV pouraient se monter à 900 milliards, pour un agrégat M1 de 1000 milliards:
    M1/100 = 10 ou (M1-100)/100 = 9

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  8. Je pense que les Trentes Glorieuses sont un moment particulier : du point de vue social et sociétal, le sortir de la guerre favorisait une plus grande redistibution des richesses ; du point de économique les anticipations d'inflation étaient stables et peu élevées car il n'y avait pas de choc d'offre modifiant les termes de l'échange (ce que n'était pas le choc pétrolier, une modification du prix relatif du pétrole interprété comme un bond d'inflation), et du côté de la demande les salaires étaient administrés, relativement faibles mais croissants, croissance supérieure à l'inflation mais vraissemblablement inférieure au gain de productivité.

    Ensuite concernant l'euthanasie des rentiers, se pose le problème du calcul économique des agents , individu et entreprise, quand l'inflation est trop élevé. Je pense que les très riches ont toujours la possibilité de se hedger d'une façon ou d'une autre et que comme souvent ce serait à l'immense majorité de supporter le fardeau de l'inflation. De plus cela nuirait au calcul de la croissance réelle du PIB ;)

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  9. En fait il vaudrait mieux traduire "currency" par "espèces", c'est de qui est le plus proche de son sens international (L'interprétation-traduction la plus proche de "currency" étant "billets et pièces émis à l'intérieur d'une certaine zone monétaire: les canadiens, il y a 50 ans, utilisaient la locution "monnaie de poche", en l'opposant à la monnaie scripturale "monnaie de livre" )

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  10. @nico, encore, sur l'inflation (puis sur les trente glorieuses)

    Je viens de trouver, sur un des sites parlant du crédit social (http://alterseco.wikispaces.com/Cr%C3%A9dit+Social) une question/réponse qui va préciser l'un de mes derniers commentaires, je pense.

    Question : N'y a-t-il pas danger que le gouvernement abuse de ce pouvoir et émette trop d'argent, et que cela fasse de l'inflation ? N'est-il pas préférable de laisser ce pouvoir aux banquiers, afin de laisser ce pouvoir à l'abri des caprices des politiciens ?
    Réponse : L'argent émis par le gouvernement ne serait pas plus inflationniste que celui émis par les banques : que ce soit 100 $ émis par le gouvernement, ou 100 $ émis par les banques commerciales, ce seraient les mêmes chiffres, basés sur la même production du pays. La seule différence, c'est que le gouvernement n'aurait pas à s'endetter ni à payer de l'intérêt pour obtenir ces chiffres.
    Au contraire, la première cause de l'inflation, c'est justement l'argent créé sous forme de dette par les banques : l'inflation, ça veut dire les prix qui augmentent. Or, l'obligation pour les entreprises et les gouvernements, etc, qui empruntent est de ramener à la banque plus d'argent qu'il en est sorti oblige précisément les entreprises à gonfler leurs prix, et les gouvernements à gonfler leurs taxes.
    Chose tout à fait incroyable, le moyen qu'utilisent actuellement les gouverneurs des banques centrales pour combattre l'inflation est précisément ce qui la fait augmenter en pratique, soit hausser les taux d'intérêts ! Comme l'ont dit certains premiers ministres provinciaux au Canada, «c'est comme essayer d'éteindre un feu en l'arrosant d'essence.»
    Mais il est bien évident que si le gouvernement fédéral (comme d'autres gouvernements dans le monde) se mettait à créer ou imprimer de l'argent n'importe comment, sans aucune limite, selon les caprices des hommes au pouvoir, et sans relation avec la production existante, on aurait de l'inflation, et l'argent perdrait sa valeur. Mais ce n'est pas du tout cela que les créditistes proposent.

    sur les Trente Glorieuses, c'est vrai, c'était une période particulière. Mais je crois que le contexte actuel est lui aussi particulier. Raison de plus de réfléchir en changeant peut être de point de vue.

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  11. Je reviens encore sur ce fil mais ma contribution sera autre. En effet votre tableau m'avait pertuber parce que s'il est "vraiment vrai" cela pourrait effectivement être dérangeant.

    Donc je pense y avoir trouvé la petite faille car il me semble que la croissance du PIB que vous prenez est la croissance réelle, c'est à dire déflatée (2% me semble effectivement raisonnable), alors que le taux d'intérêt est nominal et du coup nous n'avons pas la réelle valeur de l'agrégat M1.

    Enfin c'est ce qu'il me semble.

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  12. Nico,

    merci de votre commentaire, excellent.

    Ce n'est pas une faille, petite, ou grosse, c'est une des explications.

    LA masse monétaire croît plus vite que les richesses réelles, richesses, qui, d'une façon ou une autre, doivent bien pouvoir trouver plus ou moins preneurs: d'où l'inflation.

    Je n'ai évidemment pas, hélas, les statistiques qui seraient véritablement intéressantes pour déterminer ceux qui profitent de l'inflation, et qui sont ceux qui en pâtissent.

    Mais cette croissance de la masse monétaire n'est malheureusement pas "homothétique". Ceux qui peuvent "indexer" leurs rémunération sur l'inflation, voire faire mieux, sont les bénéficiaires, les autres ...

    M. Allais dit ainsi qu'une inflation supérieure à 2% a bcp plus d'inconvénients que davantage.

    Pour en revenir aux "profiteurs", toutes les statistiques montrent que, sur les 30 dernières années, la part du "revenu du travail" a diminué vis à vis du revenu du "capital", c'est à dire que les "revenus non gagnés" ont diminué vis à vis des revenus "gagnés".

    Merci de votre intervention, cordialement, B.L.

    La monnaie n'est pas "un simple voile", hélas.

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  13. Hélas non elle n'est pas qu'un voile, elle a même des effets réels parfois dévastateurs. Pour mon explication, si l'on considère qu'il y a eu une inflation de 3% en moyenne sur les 20 dernières années on arrive à un taux de croissance réelle de M1 égal à votre taux de croissance réel de l'économie, ce que vous préconisez. Cependant il est évident qu'un rapport contant M1/PIB peut recouvrir des réalités très diverses.

    Je ne dirais pas que les révenus du capital sont des "revenus non gagnés". Il y a des entreprises fortement capitalistiques comme les entreprises pétrolières, qui ont besoin de fonds propres pour faire des forages (1 chance sur 6 de trouver du pétrole, activité risqué par excellence, non faisable avec des emprunts...), des profits à relativisés compte tenu des investissements à faire pour survivre dans le futur... C'est aussi le prix pour financer les investissements, l'innovation,... tout ce qui est nécessaire à la croissance.

    Je ne sais pas bien quelle réalité recouvre le terme "profiteurs" car les statistiques montrent aussi qu'il y a de plus en plus de petits porteurs. Toutes les épargnes collectées par les banques via les contrats qu'elles font signer à leur clients font partis de ces "placements" des banques, qui certes font des profits mais dont une partie sert à rémunérer ces placements des particuliers (pas forcément des grandes fortunes).

    Pour le reste je pense que nous sommes d'accord pour dire que ceux qui peuvent le mieux se protéger contre l'inflation sont les opérateurs financiers et les grosses fortunes, pas les petits porteurs...

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  14. @nico,
    Comme toujours, face à des évolutions d'agrégats, on peut toujours se demander ce qui est la cause, et ce qui est l'effet.

    On sait déjà, en tout cas, qui injecte la monnaie dans l'économie.

    Ce qui serait plus important encore, c'est de savoir ce que la capacité potentielle de production aurait pu produire réellement, et quelles sont les productions qui n'auraient jamais dû être produites, mais qui ont été produites essentiellement dans l'intérêt de quelques uns.

    On en reparlera sans doute.

    B.L.

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  15. Rebonjour sur ce fil,

    Eureka, je l'ai retrouvé par hasard, c'est la règle de Taylor sur le taux croissance identique de la masse monétaire et PIB. Juste pour info comme nous l'avions évoqué plus haut je me suis dit que ça pouvait vous intéresser.

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