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samedi 27 novembre 2010

Face a une dette publique abyssale, la rigueur n’est pas la solution

Le scandale des dettes et des intérêts publics, cause principale d'une catastrophe annoncée…

Comme l’écrit fort justement A.J. Holbecq, on ne peut contester le fait que l’état français – et la plupart des états fortement endettés de la zone euro – doit aux intérêts payés depuis 1973 sa dette publique abyssale (1500 milliards, fin 2009 soit plus des ¾ du PIB, et à peine moins de 1600 milliards fin 2010).
Rappelons que ce point est directement issu de la fameuse réforme 'Giscard d’Estaing', article 25 de la loi de 1973 interdisant à l’État de présenter ses propres effets à l’escompte de la Banque de France – ‘innovation’ avalisée ensuite dans le traité de Maastricht comme directive européenne.

Notons que ce principe « pas de financement direct des états » allait dans le sens de l’histoire de la « dérégulation financière » dite ‘libérale’ – alors même qu’un économiste prétendument libéral, le regretté M. Allais, s’est toujours élevé contre cette directive, au contraire d’un autre économiste français considéré, lui, comme de gauche, D.Strauss-Kahn, directeur actuel du FMI.

Les intérêts accumulés en trente cinq ans sont tels que la dette publique actuelle aurait même été nulle, voire négative s’il n’y avait pas eu ces intérêts (d’un montant moyen annuel de plus de 45 milliards) à payer aux créanciers, le plus souvent privés.

De nombreuses voix se sont élevées depuis des années – trop souvent en essayant de se raccrocher à des querelles byzantines portant sur les bienfaits ou avantages supposés du 'banking principle' ou du 'currency principle', dont une des meilleures synthèses figure chez C. Gomez, disciple et ami de M. Allais - pour réclamer une réforme du système monétaire.

Inversant l’adage, trop souvent à l’œuvre chez les princes qui nous gouvernent « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » - je ne pousserai pas la malice jusqu’à penser que cette complication n’est qu’un rideau de fumée pour faire avaler au petit peuple des couleuvres de plus en plus forte – pourquoi ne pas s’interroger sur une autre façon de procéder, et tenter de faire simple ?

Pour une suppression des intérêts de la dette publique :
Puisque le mécanisme des intérêts est la principale cause de l’augmentation de ces dettes, tant publiques que privés, pourquoi ne pas supprimer ces intérêts – au moins celles qui concernent les dettes des 'APU'(État, Administrations diverses, et Administrations de Sécurité Sociale)

Cela ne demanderait qu’un « petit » ajustement technique (réformer l’article concerné dans le traité de Lisbonne).

Il est vrai que c’est aussi un acte politique, puisque nos partenaires de la zone euro, et au-delà de l’Union Européenne pourraient s’y opposer. Il m’étonnerait fort cependant qu’après l’exemple inquiétant de la Grèce et de l’Irlande face à des déficits publics et des dettes dépassant toute possibilité raisonnable de les résorber à court moyen terme – même avec des mesures de rigueur extrêmes et insupportables socialement (et stupides économiquement) – on puisse rejeter cette proposition d’un revers de main.

D’autant plus qu’il est fort possible que le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, voire même la France se retrouvent bientôt dans une situation analogue : on pourrait donc espérer une certaine compréhension de la part de nombreux gouvernements – même si leurs « partenaires » ou conseillers financiers ne l’entendront sans doute pas de la même oreille.

Mais même s’il faut rejeter ce traité, voire menacer de sortir de l’U.E. pour cela, pourquoi pas? Si Paris a bien valu une messe pour Henri de Navarre, sortir de l’euro, voire de l’U.E. pour sortir de la crise financière et de ses milliers ou millions ou milliards de dommages collatéraux et d’une spirale mortifère peut valoir le coup – et le coût.

Dit plus précisément, redonnons à l’état le pouvoir d’auto-financer ses propres dépenses, plutôt que d’emprunter à 3% auprès de banques ou autres ‘partenaires’ financiers à qui la banque centrale européenne – censée être l’émanation d’états souverains – prête à moins de 1%, quand ce n’est pas par l’intermédiaire de recapitalisations implicites ou occultes.

Pour une suspension des dettes :
Si cette première mesure de bons sens ne suffit pas (même si cela ferait gagner 45 à 50 milliards par an à l’état, c’est-à-dire à nous tous, soit deux fois et demi le déficit de la sécurité sociale - et largement le trou des 'retraites') on peut aller beaucoup plus loin.
Là aussi très simplement, il 'suffirait' de décréter un moratoire soit sur l’ensemble des dettes publiques, soit sur les dettes détenues par nos concitoyens (si on ne veut pas fâcher l’étranger, même si l’éventualité de blindés chinois ou russes venant se payer sur leurs débiteurs semble assez peu probable).

Je suis convaincu que l’Irlande, comme le Portugal, et de nombreux autres pays ne verraient pas d’un mauvais œil ce moratoire sur les dettes publiques, en lieu et place de la cure d’austérité sans précédent qui leur est, ou qui va leur être, imposée.

Proposition naïve pourra t-on rétorquer. La France ne trouvera plus, ou ne trouverait plus, de prêteurs à l’extérieur de ses propres frontières, voire même à l’intérieur ? Et même chose pour la Grèce, l’Irlande, le Portugal...

La belle affaire… Même si l’on peut penser que l’argent mène le monde, ce n’est pas l’argent que l’on mange, que l’on consomme, qui produit de véritables richesses.

Supprimer les dettes ne change strictement rien aux capacités de production de la France, de l’Irlande, du Portugal, ni ses éventuelles capacité d’exportation.

La France, comme tout pays moderne, a évidemment besoin d’utiliser une monnaie interne comme moyen de paiement interne. Mais, d’un point de vue extérieur, on en est toujours au système du troc, tant d’Airbus contre quelques millions de tonnes de textiles et quelques centaines de milliers de jouets venus d’Asie, ou d’ailleurs, et ce ne sont pas les variations intempestives du Yuan, du dollar ou de l’euro qui changent quoi que ce soit à ce problème de commerce international.

S’il n’y a plus de prêteurs étrangers, raison de plus pour que la France, et tout autre pays souverain, de recommencer à « battre » sa propre monnaie, plutôt que de confier ce soin à des banques, nationales ou internationales.

Peut-on sortir de la crise autrement ?
L’autre branche de l’alternative est simple, et terrifiante : continuer à discuter sur les vertus d’un système monétaire international composé d’un « panier » de monnaies régionales dont on ignore encore tout – et que ni les USA ni la Chine ne sont prêts d’accepter – et voir la vieille – ou la jeune – Europe s’enfoncer de plus en plus profondément dans la crise, en faisant d’un défaut de moyen de paiement un défaut de production de richesses.

Ne tombons pas dans le piège du roi Midas, mort de faim devant un tas d’or. Nous devons refuser que le système banco-financier – qui ne devrait être qu’un simple système de comptabilité facilitant les échanges – enfonce dans la misère de plus en plus de personnes. Il est vrai que, comme aurait dit Devos, depuis quand nos élites pensent-elles qu'une personne, c’est quelqu’un dont il faut s’occuper?

Le sceptre de la misère reviendrait-il hanter l’Europe, parce que l’on veut continuer à confondre sphère financière – ou bancaire – et sphère économique, banquiers et entrepreneurs, rentiers et producteurs. Continuera t-on à accepter que l’argent du monde financier mène le monde, et à penser que la connivence entre politiques, banquiers, promoteurs immobiliers ou d'autres "paradis fiscaux ou financiers" - dénoncée par un certain nombre de médias - est une réalité indépassable?

Entrepreneurs, producteurs, salariés de tous les pays, unissez-vous contre le diktat de la finance.

5 commentaires:

  1. Bravo Bruno !

    pour cette recomm! Bravo de suggérer de préparer sans attendre les mesures d'urgence nécessaires !

    En effet... inéluctablement... d'ici 12 ou 18 mois... l'Espagne, l'Italie, puis la France perdront la note AAA, et devront choisir:

    - soit de se résigner à payer ~2 fois plus de "royalties"... sur les investissements publics, à nos créanciers, en France (pour 1/3), et hors de France (pour les 2/3 restants), alors que leur niveau est déjà intolérable...

    - soit à... "DPC la bête", je veux dire faire "DEFAUT PARTIEL CIBLE'...", rompant avec le principe sacro saint de l'égalité de traitement, (notamment entre gros et petits créanciers...). Le choix du "DPC"... se faisant avec ou sans sortie concomitante de l'Euro, selon l'humeur et les réactions des 15 autres gouvernements des Etats "co-propriétaires" de cette... machine infernale qu'est l'EURO actuel !

    Cynisme ou incompétence... on se demandera longtemps comment autant de financiers à rosette... autant d'hommes politiques respectables... ont pu se mettre d'accord sur un système catastrophique ? Il réussit l'exploit de miner ce bien public qu'est la sécurité de nos moyens de paiement confiés aux banques... tandis que certaines peuvent en outre nous prendre en otages ! (lorsqu'elles sont "Too big to fail", c. à d. trop grosses pour faire faillite).

    Sinon, sur ton texte lui même... je suggérerais volontiers de revoir la première phrase, (un peu longue...), et aussi de rendre plus accessible au "lecteur non économiste" que je suis, le paragraphe où il est question de "banking principle": ce serait bien de situer ce débat par rapport au système des réserves fractionnaires. (A tort ou à raison... il me semble moins inconnu du public).

    De même faudrait-il peut être précisr ce que tu entends par "[éviter de faire] d’un défaut de moyen de paiement un défaut de production de richesses."?

    J'imagine que tu veux dire que... faute de décisions en matière monétaire, (comme, par exemple, rétablir le contrôle des changes, et autoriser à nouveau la Banque de France à monétiser la dette publique), le désastre et le chaos seraient inévitables.
    Il me semble d'ailleurs que l'exemple de l'Argentine en 2002 pourrait nous éclairer.

    Bien amicalement,
    Raymond

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  2. @Raymond Z et à tous
    J'ai légèrement réécrit le premier paragraphe du billet, qui reste lourd - le lecteur est prié de m'en excuser - et je vais maintenant tenter de préciser rapidement en quoi le "banking principle" et le "currency principle", s'ils ont un intérêt historique certain, sont le souvent utilisés pour éviter d'aborder le fond du problème, à savoir qui doit émettre (ou créer) quelle monnaie, pour quel usage, sous quel contrôle, à quelle occasion, suivant quels points d'injection.

    En ce qui concerne ces "points d'injection" (qui dans le système actuel sont quasiment tous sous la seule supervision des banques ou, plus globalement, des marchés financiers) il s'agit de se demander à quels moments le système économique de production-distribution-consommation doit-il recevoir des moyens de paiement, et quand est-ce que ces moyens de paiement doivent-t-ils revenir à leurs émetteurs, pour être détruits.
    Les tenants du 'banking principle' considèrent que 'the right of note issue should be full and unlimited at the discretion of the banker'. C'est en fait le cas actuel.

    Nous vivons tous, sans trop le savoir sous le diktat des banquiers, et donc sous le 'banking principle', et ce n'est pas vraiment les règles dites prudentielles de réserves obligatoires énoncées par les états, les banques centrales, ou encore faisant référence aux accords dits de Bâle qui y changent quelque chose.

    Le 'currency principle', au contraire, était censé limiter la quantité de monnaie émise à un montant dépendant rigoureusement des stocks d'or (ou de devises 'fortes') de la banque centrale. Ce principe, déjà discutable en régime d'étalon-or, est considéré comme intenable dans les économies modernes. Les tenants modernes du "100% monnaie" ont plus ou moins récupéré ce principe en disant que c'était à la banque centrale et aux autorités monétaires de fixer la quantité de monnaie en circulation, et ils tentent d'imposer aux banques de ne prêter aucun argent qui ne soit garanti par une monnaie émise par la banque centrale. On passerait ainsi d'une situation où ce sont essentiellement les "crédits (bancaires) qui font les dépôts" à une situation où ce serait les "dépôts (en monnaie fiduciaire) qui feraient les crédits".
    Multiplicateur et/ou diviseur bancaire seraient confondus, et de valeur unitaire (d'où le 100%).

    En fait, c'est une approche macro-économique tout à fait utopique, et qui me semble méconnaître complètement la réalité des processus de production, et des multiplicités de financement possibles entre avances à la production, crédits de campagne, crédits mutuels, etc...

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  3. C'est un bonheur de lire ce billet qui aurait été inimaginable il y a quelques années.

    Quelques questions et aussi une réserve pour prolonger la réflexion et en faire éventuellement bénéficier les lecteurs.

    Pourrait-on en savoir un peu plus sur les « recapitalisations implicites ou occultes » auxquelles il est fait allusion ? Quel est le ou les mécanismes financiers mis en oeuvre ?

    Décréter un « moratoire » sur les dettes laissent entendre, me semble-t-il, qu' après un certain délai il faudra bien que les endettés remboursent. Est-ce ce qu'il faut comprendre ou bien le mot « moratoire » serait-il à réviser ? Ou bien encore , à la fin du moratoire les dettes auront suffisamment maigri mais, en ce cas, il serait intéressant de préciser pourquoi et comment.

    « … d’un point de vue extérieur, on en est toujours au système du troc,... »
    Est-ce bien la réalité actuelle ? Faut-il le regretter ou bien s'y tenir ? Personnellement je pense – depuis peu – que sauf accords politiques spécifiques il n'y a que le troc international qui soit juste. Je dis bien troc ; pas razzia. Le troc suppose un authentique consentement mutuel.

    Le « banking principle » et le « currency principle » ne me sont pas très familiers. Cependant, je ne ressens pas cette querelle anglaise de la première moitié du XIX ième siècle comme querelle byzantine désuète ( voir Alternatives Economiques( Dictionnaire)). Il me semble que le « principe bancaire » a conduit directement au système de « réserves fractionnaires » et que le « principe de monnaie » n'est pas très éloigné du « 100 % monnaie ». On n'est donc pas loin du sujet brûlant qui nous occupe.
    (à suivre ...taille excessive ! )

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  4. (suite ... )

    Le « principe bancaire » avait son utilité lorsque la monnaie était faite de métaux précieux et rares. Si un banquier n'avait que 100 mieux valait les prêter 3 fois à 3 % pour satisfaire trois demandeurs qu'une seule fois à 9 % en ne répondant qu'aux besoins d'un seul. Mais les banquiers sont aussi des hommes : prêter trois fois à 7 % ou encore 5 fois à 6 % devient tentant et possible. Bref le système leur permet presque tout et ils en ont depuis longtemps abusé.

    La monnaie étant aujourd'hui dématérialisée, c'est à dire non tributaire de la rareté des métaux précieux, le « principe de monnaie » a entièrement perdu son caractère restrictif. Ceci montre surtout que cette affaire du « 100 % monnaie » ne date pas d'hier, ni de C. Gomez comme il le dit lui-même, ni de Maurice Allais ou de Irving Fischer mais traduit la pensée de toute une lignée d'économistes. Cette pensée fût souvent mise sous le boisseau mais ne s'est en réalité jamais éteinte. L'association Chômage et monnaie , fondée par un économiste, déplore depuis une vingtaine d'années le manque de monnaie « permanente et gratuite » !

    Voilà pourquoi je ne comprends pas pourquoi il faudrait qualifier d'utopique une monnaie totalement garantie par les banques centrales. Cela n'obère en rien les « multiplicités de financement » nécessaires. Ceux-ci resteraient possibles par les divers mécanismes financiers habituels consistant à réutiliser de l'épargne préalable. C'est d'ailleurs aujourd'hui le cas majoritairement quoique, justement, le système ne permet pas de distinguer ce qui est création monétaire de ce qui est réemploi. Ce qui est certain, c'est le résultat : toute la masse monétaire en usage dans l'économie est chargée d'intérêts et sa quantité ainsi que la sélection des bénéficiaires est aux mains des banques. C'est précisément cela qui est contestable.

    Comment appellerait-on le principe qui dirait « the right of currency issue should be full and unlimited at the discretion of the Monetizing Institutes » ? « The 100 % money principle » ferait l'affaire, je crois. Bien sûr, on me dira : «  les gouvernements feront n'importe quoi ! »   Quels gouvernements ? Vous n'avez qu'à les choisir correctement et d'abord organiser démocratiquement l'exercice des pouvoirs et contre-pouvoirs. Pour cela je passe le relai à Etienne Chouard.

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  5. Dans mon commentaire précédent, les liens que je voulais donner n'ont pas été pris en compte en raison d'une manoeuvre erronnée de ma part.
    Les voici ( en espérant que cette fois, ils fonctionnent ! )

    - Dictionnaire d'"Alternatives économiques" : http://www.alternatives-economiques.fr/dictionnaire_fr_52.html

    - Site de Chômage et monnaie : http://www.chomage-et-monnaie.org/

    - lien vers travaux d'Etienne Chouard : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Aux_citoyens_d_ecrire_et_proteger_leur_constitution.pdf

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