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vendredi 16 décembre 2011

Regle_dOr_Libre_Echange_Intelligent

Pour une nouvelle règle d’or : celle d’un libre échange intelligent.

La question des dettes publiques monopolise la plupart des débats économiques et politiques actuels. Et c’est sans doute à juste titre. Mais l’on parle beaucoup moins d’une question dont la portée, à la fois immédiate et à plus long terme, est sans doute plus importante encore : celle du déficit commercial accompagné, ou causé, par une délocalisation de plus en plus massive.

De fait, depuis 2003, la balance commerciale de la France n’a fait que se dégrader, pour dépasser aux dernières estimations 70 milliards d’euros. Par ailleurs, sur les 10 dernières années, le déficit cumulé entre les investissements français à l’étranger et les investissements étrangers en France a atteint plus de 450 milliards d’euros, soit une fuite annuelle de capitaux ‘utiles’ de 45 milliards d’euros. Combien de pertes d’emplois ont accompagné ce flux ?

En première approximation, on peut estimer dans un rapport de 3 ou 4 à 1 (estimations de M. Allais sur la proportion existant entre le capital et le revenu) la perte de revenus correspondante, et en déduire, à partir du revenu moyen d’un salarié, la perte d’emplois correspondante.

Le désastre de 10 ans d’une monnaie non adaptée au contexte international.

Les 45 milliards ‘délocalisés’ annuellement correspondraient ainsi, chaque année, à une perte d’environ 12 milliards de revenus, correspondant eux-même directement à plus de 200 000 emplois perdus chaque année, c'est-à-dire 2 millions d’emplois en 10 ans.
Douze milliards par an, c’est aussi plus d’un demi-point de croissance perdu annuellement, si l’on part d’un PIB de 1900 milliards. Bien sûr, l’accompagnement social du chômage, et diverses mesures dilatoires politiquement ont pu cacher ce désastre économique, et ramener ces 2 millions à un montant plus ‘acceptable’.
Il n’en est pas moins vrai que l’on ne peut pas cacher indéfiniment sous le tapis de la démagogie et des promesses pré ou post-électorales cette perte dramatique d’emplois, industriels ou de service.

Signalons enfin que la seule période à ne pas avoir connu cette véritable descente aux enfers est la période 2002-2003, lorsque la parité de l’euro vis-à-vis du dollar était autour ou en dessous de 1.2 dollar pour un euro.

Une règle d’or de bon sens.

Il est sans doute difficile, faute d’accords internationaux, d’imaginer que l’on puisse facilement bloquer ces délocalisations, ou rééquilibrer automatiquement les échanges de biens et services entre des pays aux situations économiques, sociales, environnementales si dissemblables, même si cet équilibre ‘éthique’, de bon sens, avait été explicitement recherché par certains négociateurs – J.M. Keynes en tête – du feu système De Bretton Woods.

Nécessité faisant loi, et pragmatisme oblige, pourquoi ne pas proposer une règle toute simple, reposant sur la véritable parité que devrait avoir une monnaie par rapport à une autre, parité qui pourrait être calculée à partir d’un panier de biens et services correspondant au type de biens et services faisant l’objet des échanges les plus fréquents entre les 2 pays concernés.

Cette règle d’or traduirait donc simplement un vieux principe, un peu oublié, celui de la parité du pouvoir d’achat entre deux monnaies : si le panier chinois vaut 1000 yuans et le même panier vaut 500 euros en France, la parité devrait être de 1 euro pour 2 yuans. Voilà une règle d’or facile à comprendre, et que l’on pourrait recalculer tous les ans : des calculs analogues entre l’euro et le dollar montrerait que, pour la plupart des biens manufacturés, la parité correcte actuelle devrait être de 1.2 et non de 1.3, ou plus.

Cette règle d’or peut être utilisée de diverses façons, ou prendre divers aspects : une taxe de « libre échange », des accords entre entreprises importatrices et exportatrices pour équilibrer a priori, plutôt qu’a posteriori, importations et exportations venant d’un pays donné, ou concernant un secteur donné.
Dans le cas e la France et de l’Allemagne, on pourrait imaginer que des accords bi-latéraux reposant sur ce type de mesures pourraient permettre d’annuler très rapidement le déficit commercial de 30 milliards d’euros qui représente 40 % du déficit commercial global de la France. Entre partenaires, on ne peut demander moins …

L’éthique du libre-échange, et l’esprit de la charte de la Havane.

D’autant plus que cela serait pleinement conforme aux attendus éthiques et équitables de l’esprit de la charte de la Havane, qui a ouvert la voie à tous les accords de libre-échange dont tant de personnes, d’entreprises et d’organisations se réclament actuellement.

4 commentaires:

  1. Et quels pays se rangeront à une telle proposition ? En outre, cela revient à gommer toute idée de concurrence. Or, la concurrence est tout de même l'un des moteurs des échanges.

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    1. Cher Hérétique,

      je n'ai pas oublié votre question mais, comme vous pouvez vous en douter, je suis un tantinet occupé en ce moment.

      Vous posez bien sûr une bonne question, qui préoccupe tous les économistes depuis que la "pseudo-science économique" existe.

      Quelles sont les limites qu'il faut accorder à la concurrence et au libre échange, quel type de réglementation faut-il imaginer.

      Entre l'utltra-libéralisme (la chienlit laissez-fairisme) et la planification totale digne des plans de l'ex Union Soviétique, il y a de la marge.
      Ne caricaturons donc pas les positions des uns et des autres, il y a place pour le débat:
      Où mettre le curseur entre un libéralisme plutôt interne et un protectionnisme "intelligent", raisonné, s'inscrivant dans le respect des premiers articles de la Charte de la Havane? D'après moi, c'est ce que Marine Le Pen tente de faire, dans l'intérêt du plus grand nombre, de la France et des français.

      Quoiqu'il en soit, quelle que soit la position du curseur, on ne peut laisser les marchés financiers, le FMI, la BCE nous dicter notre politique économique.

      J'aurai volontiers dit "vive la Grèce libre", elle en est bien loin, hélas.

      Très cordialement

      Bruno Lemaire

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  2. Cher professeur émérite de HEC,

    Je suis personnellement un novice en macro-économie, et j'ai lu avec attention toutefois, parce que je suis un scientifique, les démonstrations économiques que vous cautionnez et que l'on retrouve sur le site de campagne de Madame Le Pen.

    Il est un point sur lequel je voudrais vous interpeller: la "fameuse" monétisation de la dette: celle qui nous permettrait d'effacer - ou du moins de diminuer en valeur relative -, comme par magie, notre dette souveraine en monétisant cette dette par création monétaire, après sortie de l'euro et retour au franc. Ce qui reviendrait à du "Houdini" dans le texte.

    Ce qui serait aussi tout bénéfice pour notre pays: on crée de l'argent artificiellement, et donc on finit par pouvoir rembourser ce qu'on veut et surtout ce qu'on doit.

    Là où le bas blesse, c'est quand on parle d'inflation: vous vous référez à la zone euro pour démontrer empiriquement que l'inflation ne sera pas supérieure à 2,5% par an en France.

    Comment pouvez-vous extrapoler à un Etat, aujourd'hui disons peu puissant économiquement, qui va sortir selon votre projet d'une zone monétaire forte, le taux d'inflation "empiriquement" relevé dans le passé dans la zone euro?

    Qu'en pensent vos confrères économistes? Etes-vous seul contre tous?

    Comment justifier ce taux d'inflation prévisionnel limité à 2,5% par an si la France sort de l'euro?

    Je suis un peu hors sujet par rapport à votre billet, fort intéressant, je le concède, mais j'aimerais avoir votre avis, votre avis de prof à HEC sur la question centrale que je me pose et que je ne suis pas le seul à me poser.

    Bien cordialement.

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  3. @ JF le démocrate

    Les questions monétaires sont souvent délicates, et chacun peut, ou croit pouvoir, y trouver le "boire et le manger", ou, plus précisément, utiliser sa propre interprétation théorique pour y justifier ses positions idéologiques. Je vais tâcher d'éviter ce travers, en m'appuyant essentiellement sur des faits.

    1) monétiser (une partie de) la dette publique en utilisant directement de la monnaie centrale (à taux zéro) plutôt que de la monnaie "créée" par les banques de second rang ou empruntée sur les marchés financiers (à 3%) est moins coûteux.

    2) les émissions monétaires, plus généralement, ne sont pas nécessairement inflationnistes, tout dépen de leur montant, et de la façon de les "injecter" dans la sphère économique. On voit, par exemple, que sur les 10 dernières années, l'agrégat monétaire M3 s'est accru de 8 à 10%, sans inflation notable sur les biens de consommation courante (2%). En revanche, cette augmentation a favorisé les bulles financières et immobilières - et ne s'est pas reportée, hélas sur des investissements industriels, bien au contraire.

    La question qui reste posée est donc: quelle quantité de monnaie faut-il émettre pour favoriser l'économie, sans être inflationniste?

    Maurice Allais, et certains de ses "disciples", parlent de 4 à 5% d'augmentation annuelle de la masse monétaire, cette émission se faisant uniquement sous contrôle de l'état, ce qui conduirait, d'après eux, à une croissance de 2,5% et à une inflation du même ordre.

    Sachant que l'agrégat M3 actuel est de l'ordre de 1750 à 1800 milliards d'euros, on retrouve presque mes propres calculs. Disons que je propose pour ma part une augmentation de 6%,(soit 100 milliards d'euros) très inférieure à ce que la décennie précédente avait "toléré", bon gré mal gré.

    Très cordialement

    B.L.

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