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mercredi 15 février 2012

BCE_Or_not_BCE_A_Quoi_Sert_une_banque_Centrale

A quoi sert, ou pourrait servir, une banque centrale ?

Q. La BCE prête des centaines de milliards aux banques, et s’apprête à en prêter encore plus. Comment fait-elle ?

Elle crée de l’argent, au sens où elle prête de l’argent qu’elle n’a pas. Mais elle ne prête pas pour autant du « vent ». Face à cet argent qu’elle crée, il y a quand même des garanties, de plus ou moins bonne qualité. C’est aussi ce que font les banques privées, elles aussi avec des garanties, souvent plus discutables encore.

Q. Je ne suis pas sûr de comprendre...

La monnaie repose essentiellement sur de la confiance, puisque la monnaie est considéré comme un moyen d’échange universel qui, à l’intérieur d’une zone géographique donnée, permet d’acheter tout type de bien et service. Si cette monnaie n’est plus acceptée « universellement », ce ne serait plus … une monnaie.

Q. Et qu’est ce qui crée cette confiance, ce pouvoir d’achat et d’échange universel ?

Il y a tout d’abord la qualité - justifée ou non - de la garantie, de la contre-partie mise en face de la création monétaire. Si un Etat créait, directement ou indirectement, de la monnaie, en amenant en garantie son propre aval, ses propres obligations, il devrait amener plus de confiance qu’un simple particulier, qui n’amènerait en garantie de la monnaie qu’il créerait, s’il en avait le droit, que sa seule bonne volonté ou renommée. Les banques de second rang, elles – BNP, SG ou autres – offrent des garanties de valeur intermédiaire – même si certains ultra-libéraux voudraient nous faire croire que les garanties bancaires sont supérieures aux garanties étatiques. C’est ce qui a pu justifier, d’ailleurs, la promulgation de la loi Pompidou-Giscard de 1973.

Quoiqu’il en soit, il existe une autre clause qui peut transformer un moyen de paiement, privé ou public, en moyen de paiement plus universel. C’est un décret-loi, à l’intérieur d’une zone géographique donné, rendant obligatoire, ou « forcée » l’acceptation de cette monnaie.

Q. Pourriez-vous préciser cette notion de cours forcé ?


Une même monnaie, disons l’Euro ou le Franc, peut avoir plusieurs formes. La forme « billet » a un cours à la fois légal et forcé. La forme « scripturale », qu’elle soit concrétisée par l’utilisation d’un chèque ou d’une carte bancaire, peut être refusée. Tout cela pour dire que la forme « billet », qui est la seule à pouvoir être émise – directement ou indirectement - sous l’autorité d’un Etat, ou d’un ensemble d’Etats, rend la banque centrale correspondante plus « fiable » par cette seule raison « réglementaire » que les banques de second rang, comme la BNP ou le Crédit Agricole, banques qui sont le plus souvent privées.

Q. Je ne comprends pas. Si la monnaie émise par la BCE est plus fiable, puisque garantie ‘légalement’ par les Etats, et puisqu’elle ne peut pas être refusée, pourquoi les Etats ne peuvent-ils se financer directement auprès d’elle ?

C’est effectivement une bonne question. En fait, la BCE devrait être au service des nations et des populations composant l’Europe, les Etats étant censés représenter leurs peuples, cette représentation ayant été obtenue par voie démocratique (ce qui n’est pas le cas de la BCE).

Mais par une curieuse évolution de l’histoire bancaire et monétaire, il semble que les Etats aient abandonné le soin de représentation et de souveraineté monétaire à la BCE, sans aucun droit de regard sur la monnaie émise par la BCE, dont le seul souhait actuel semble être de venir en aide aux banques privées, dont la situation économique est effectivement bien préoccupante.

Q. Et s’il fallait choisir entre sauver les banques, et sauver l’économie réelle, l’économie non financière ?


Le choix de l’Etat devrait être de sauver l’économie. Mais, apparemment, ce n’est pas le choix qu’a fait la BCE, qui est en train d’injecter en direction des banques de la zone Euro, depuis quelques semaines, une quantité phénoménale de monnaie ‘centrale’, de monnaie soi-disant fiable.
Et, pour paraître garantir la « fiabilité » de cette émission monétaire, la BCE n’a rien trouvé mieux que de prendre en garantie des reconnaissances de dettes de ces banques, dont les propres garanties sont déjà éminemment discutables, puisque les marchés financiers n’acceptent déjà plus de les refinancer dans de bonnes conditions, banques dont beaucoup ont d’ailleurs été 'dégradées' par les tristement fameuses agences de notation.

Et tout cela est fait hors de tout contrôle démocratique, des Etats ou de leurs représentants, à des taux d’intérêt proches de zéro, alors que les Etats eux-mêmes doivent se refinancer à des taux beaucoup plus élevés que leurs propres banques secondaires, 2 à 3% pour la France, 5 à 7% pour l’Italie, 14% pour le Portugal.

Q. Si je comprends bien, la BCE prête beaucoup moins cher à des banques privées, dont les garanties ne valent plus grand-chose, qu’aux Etats eux-mêmes qui, même s’ils sont partiellement insolvables, ne risquent pas de disparaître comme certaines banques, telles Lehman Brothers, et dont les garanties sont donc meilleures ?

C’est tout à fait cela, c’est d’ailleurs ce que semble illustrer si douloureusement la tragi-comédie de la Grèce et de sa dette publique. La résistance du système, qui tentera coûte que coûte de se maintenir, a sans doute été sous-estimée.

Certains d’entre nous ont pensé que les ravages causés par ce sauvetage à fonds perdus de l’Euro finiraient par convaincre la majorité de nos concitoyens, ainsi que les autres peuples de la « vieille Europe », que le système monétaire actuel ne pouvait plus durer, ne devait plus durer. A en croire certains sondages, la peur du changement, et les manœuvres du système, semblent l’emporter sur les faits.

Le chômage va s’installer durablement, les délocalisations vont continuer, le pouvoir d’achat va stagner, voire diminuer, et de nombreux pays de la zone euro actuelle vont s’enfoncer dans une récession durable.

Q. Que faudrait-il faire, d’après vous?

La plupart des économistes le savent, du moins tous ceux qui se sont intéressés à la chose monétaire, mais ne le disent pas. Si la BCE ne veut, ou ne peut, changer de politique, il faut que la Banque de France reprenne la main, et que certains traités européens soient modifiés, voire abrogés.

La Banque de France devrait pouvoir financer directement – en fonction de décisions prises par les représentants de la nation, et sous leur contrôle – le budget de l’Etat. Il devrait être fait interdiction aux banques de second rang – qu’elles soient entièrement privées ou partiellement nationalisées – de créer de l’argent, c'est-à-dire d’émettre de l’argent qu’elles n’ont pas, quelles que soient les garanties plus ou moins crédibles qu’elles apporteraient pour justifier cette création monétaire.

Seule la Banque Centrale, Banque de France dans ce cas, si l’Europe n’accepte pas cette réforme à son niveau, BCE si nous convainquons nos partenaires de nous associer à cette initiative, devrait avoir le pouvoir de créer de la monnaie, de « l’argent ».

Ce n’est qu’ainsi que la confiance de notre population peut réellement renaître, confiance en sa monnaie, qui ne serait pas une monnaie de singe, puisqu’elle serait garantie par l’Etat, et non par des banques dont les capitaux représentent de l’ordre de 5 à 6% seulement de leur actif.

C’est ainsi que la BNP a un bilan de l’ordre de grandeur du PIB français. Nos compatriotes croient-ils réellement que la BNP est plus solide que la France, et que des économies placées à la BNP ou à la S.G. sont mieux garanties que si elles étaient garanties par une nouvelle Banque de France?

Q. Mais quid de la question de l’Euro?

Si les pays de la zone Euro imposaient à la BCE de se mettre réellement au service des Etats, et non des banques privées, on pourrait sans doute conserver l’Euro, peut être « reconstruit », afin de prendre en compte l’évolution économique de ses divers constituants (17 maintenant) depuis 10 ans.

Sinon, il ne peut subsister qu’en lambeaux, et devrait laisser la place à une monnaie commune, regroupant diverses monnaies nationales, dont le franc2012 ou l’euro-franc, dont la valeur serait garantie par la Banque de France, travaillant elle-même exclusivement pour les intérêts de l’économie française et de nos compatriotes.

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