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samedi 24 août 2013

EtalonEtSystemeMonetairePourLesNuls


Etalon et Système Monétaire pour les nuls …. C’est quoi, la valeur d’un dollar, ou d’un euro, ou d’un yen ?

Q. C’est quoi, un étalon monétaire ?
Je vous retournerai bien la question : c’est quoi, un étalon de mesure ?

Q. Hum, je suppose que cela permet de mesurer, le plus exactement possible, une longueur, une température, une durée …
C’est tout à fait cela, pour les longueurs, dans le système international, c’est le mètre, dont la longueur est fixée à une précision d’une dizaine de décimales, même chose pour le temps, dont la précision est encore plus grande, pour les températures, nous avons les degrés Kelvin, ou Celsius.

Ces exemples nous permettent de mettre en valeur les deux propriétés fondamentales de tout étalon.

Q. C’est-à-dire ?
Un étalon, tout d’abord, doit correspondre à une mesure invariable– dans le temps comme dans l’espace, indépendamment de l’observateur/utilisateur- , ou si ce n’est pas possible, l’étalon doit être tel que ses éventuelles variations doivent pouvoir être calculées de façon objective.

Un mètre ne peut être élastique, même chose pour la durée d’une seconde, précise au milliardième de milliardième.

Dans le domaine monétaire, si l’on prenait comme étalon une marchandise comme le camembert Le Petit, il faudrait que sa mesure ’monétaire’ soit invariable, ou que l’on puisse calculer à tout moment sa variation par rapport à sa mesure initiale, sans faire référence, bien sûr, à d’autres mesures monétaires.

Q. Et ce n’est pas le cas ?
Pas vraiment. Il suffirait que d’une période sur l’autre, on produise beaucoup plus de camemberts, ou beaucoup moins, de façon non contrôlée par une entité ou une organisation unique pour que la valeur intrinsèque, si l’on peut dire, de cet étalon camembert soit profondément modifiée.

Q. Pour le Camembert, je veux bien mais pourquoi pas quelque chose de plus difficile à produire, comme de l’or par exemple.

La valeur de l’or n’est pas invariable, puisqu’elle dépend du contexte économique ou politique, en cas de crise, sa valeur monte, quand tout va bien, sa valeur a tendance à descendre, mais ce n’est pas cela le plus grave.

Q. Que voulez-vous dire par là ?
Tout d’abord, la variation de la valeur monétaire de l’or n’est pas calculable, au sens où les valeurs de telle ou telle marchandise ou de tel ou tel autre bien ne pourront pas être facilement calculables.

De plus, et c’est sans doute cela le plus rédhibitoire, il n’y a pas de véritable lien entre la valeur d’une quantité donnée d’or, par exemple un lingot d’un kilo  et la valeur des biens et services fournis par l’économie d’un pays, ou d’un ensemble de pays.

Q. Hum m. On pourrait peut-être construire un lien arbitraire, par exemple dire que la production de la France en 21012 vaut  5 000 tonnes d’or ?
Certes, mais que se passerait-il si, dans l’avenir, de nouvelles extractions d’or conduisaient à ce que l’or perde de sa rareté ou, à l’inverse, que se passerait-il  si cet or devenait de plus en plus difficile à extraire ?

Non, ce dont on a besoin, c’est d’un étalon que les fluctuations économiques ou de nouveaux procédés ou découvertes ne remettent pas en cause.

Q. Et c’est possible ?
Oui. Il suffit de reprendre votre idée – qui est en fait celle de Keynes et de Davidson – et de prendre, en fait, une unité de compte arbitraire, correspondant par exemple à une proportion donnée, et fixée, de la production d’un ensemble de pays, cet étalon « unité de compte » étant d’autant plus intéressant que le nombre  de pays adhérant à la définition de cette unité de compte serait important.

Par exemple, si 30 pays, dont certains pays de l’U.E. , plus la Russie, le Japon, la Chine, acceptaient de définir cette unité de compte universelle (que certains appellent IMCU, International Money Clearing Unit, mais qui n’est autre qu’un ECU (European Currency Unit) un peu améliorée) en décrétant que le PIB consolidé de l’ensemble de ces mêmes 30 pays valaient par exemple 30 mille milliards d’IMCU – peu importe le chiffre exact, à partir du moment où chacun l’accepte, on aurait un étalon monétaire tout à fait valable.

Q. Humm, je ne vois pas bien la différence avec l’Euro actuel , en dehors du fait qu’il y aurait davantage de pays qui accepteraient cet étalon « international » ?
L’énorme différence, c’est que les monnaies nationales continueraient à exister, et que cet IMCU, ou étalon monétaire universel, jouerait essentiellement le rôle d’une unité de compte, ou éventuellement d’une monnaie commune, mais qui ne servirait que pour équilibrer les échanges internationaux.

Q. Un peu comme les monnaies secondaires émises par des banques secondaires comme la BNP ou le Crédit Agricole sont « compensées », en cas de fuites – c’est-à-dire d’échanges non équilibrés - , par de simples écritures sur les livres de la banque centrale ?
Oui, c’est tout à fait cela, à ceci près qu’il faudrait une chambre de compensation internationale, acceptée par l’ensemble des pays concernés, tenant les comptes, ou plus exactement les soldes, déficitaires ou bénéficiaires, des échanges internationaux entre les différents pays de cette zone monétaire.

Q. Et quelles seraient les prérogatives de cette chambre de compensation internationale ?
Comme je vous l’ai dit, à la suite de Keynes, Davidson, et au niveau français M. Allais et plus récemment Gabriel Galand ont développé cette idée, dont je vais juste préciser 3 points essentiels, tout à fait conforme à l’esprit de la charte de la Havane dont le but était d’équilibrer les flux de capitaux, de biens, de services (auquel on peut rajouter les flux migratoires):

a)      les taux de change de chaque monnaie nationale (car il peut fort bien y avoir encore 30 monnaies nationales si 30 pays font partie de cette union monétaire) seront fixés initialement par chaque pays

b)      les échanges commerciaux continuent à se faire contractuellement et à se régler en monnaie nationale

Le point le plus important, celui qui assure une convergence vers l’équilibre des échanges, étant le suivant :
c)       tout pays excédentaire doit s’engager à dépenser son excédent (c’est-à-dire à ne pas accumuler de réserves déséquilibrant en sa faveur ses comptes auprès de la chambre de compensation internationale), de 3 manières possibles :
en augmentant ses importations provenant des pays déficitaires, en investissant dans ces pays déficitaires ou enfin en fournissant une aide directe financière aux pays en difficulté passagère.

Q. Ce dernier point, une aide financière directe, c’est-à-dire un don, me semble bien utopique…
Vous avez sans doute raison. C’est bien pour cela que les pays excédentaires préféreront réduire leur excédent commercial des deux autres façons, soit en important davantage, soit en investissant à l’extérieur.

Q. Et s’ils ne le font pas.
La chambre de compensation, au bout d’un certain temps – défini par traité - aura le pouvoir d’effacer ces excédents, en remettant les compteurs à zéro,  en répartissant éventuellement ces excédents auprès des pays déficitaires.

Ou bien en modifiant à la hausse le taux de change de la monnaie correspondante vis-à-vis de l’étalon qui, lui, aura toujours la même valeur relative, celle qui aura été décidée au moment de la création de l’IMCU, c’est-à-dire de l’étalon monétaire.

Q. Et vous pensez que c’est réaliste ?
Je le crois, puisque ce dispositif est fait pour garantir une certaine stabilité du système, en assurant une convergence, ou du moins une non-divergence, aux économies concernées, puisque la charge de ce rééquilibrage dynamique sera confiée aux économies les plus fortes, c’est-à-dire aux entreprises des pays durablement excédentaires.

Q. Vous ne croyez pas que cela passera pour de l’assistanat, et que les pays non développés en profiteront pour se laisser vivre, un peu comme ce que l’on a reproché par exemple à l’économie grecque ?

Non, parce que les entreprises, malheureusement ou non, ne réfléchissent pas en tant qu’entités nationales. Si leurs profits risquent d’être confisqués parce que leur pays serait trop riche, elles iront investir à l’étranger, pour le plus grand bien de ces pays initialement déficitaires.

Q. Quelles seraient les conditions pour qu'un ensemble de pays puissent construire un tel système monétaire, autour de ce type d'étalon?

Il suffirait pour cela que cet ensemble de pays soit à peu près en équilibre (balance des biens et services) avec le "reste du monde". C'est d'ailleurs le cas pour l'eurozone actuelle.

Q. Pourtant, chacun sait qu' il y a des déséquilibres important à l'intérieur des pays de cette eurozone ...
Certes, mais dès lors que chaque pays pourrait avoir une politique monétaire indépendante, cela ne serait pas si important. Dans le cas d'une unité de compte commune, les problèmes sont plus politiques qu'économiques, même si, bien sûr, rassembler des pays qui seraient initialement en équilibre les uns par rapport aux autres serait préférable.

Mais la mission donnée à la chambre de compensation envisagée permettrait de gommer un certain nombre de différences, si celles ci ne sont pas trop importantes, et si les parités choisies initialement correspondent vraiment à la puissance économique de chaque pays partenaire.


Q. Deux dernières  questions. Cet étalon monétaire, cet IMCU, serait-il vraiment un ... étalon?
Sous les conditions envisagées, absolument. En fait, l'IMCU ou étalon monétaire est un indice des prix un peu amélioré, d'autant plus stable qu'il serait "assis" sur le PIB de plusieurs pays dont les économies auraient presque l'obligation de "marcher au même pas", vu que la chambre de compensation envisagée aurait pour mission essentielle d'éviter l'émergence de déséquilibres permanents.

L'IMCU  2013, ou 2014, ne verrait pas sa valeur "économique" ou "monétaire" changer au cours des années, même si la parité des différentes monnaies, dollar, yen, réal ou ... franc, pourrait éventuellement varier quelque peu . Ces diverses parités seraient en effet soumises à la force de rappel d'une chambre de compensation ad hoc luttant systématiquement contre tout désordre potentiellement centrifuge d'économies insuffisamment coopératives.

Plus précisément, tout est fait pour que, à l’intérieur de la zone économique concernée, cet étalon monétaire conserve la même valeur quelle que soit l’évolution du cours des monnaies nationales.
Ce n’est que vis-à-vis du « monde extérieur » que la question de l’étalonnage de l’étalon peut, et pourra se poser, et ce d’autant plus que le « monde extérieur » serait relativement important par rapport à la zone initiale.

Q. Justement, c’était ma dernière question. Comment allez-vous régler ce problème de conversion entre l’étalon interne et les monnaies ‘extérieures’ ?

C’est un peu comme si vous aviez à comparer l’évolution de 2 étalons de mesures, le mètre, jugé fixe par ceux qui utilisent le mètre, et le pied, considéré fixe par ceux qui utilisent le pied, à la grande différence, bien sûr, que le lien entre le pied et le mètre sont fixes, ce qui n’est pas le cas pour l’étalon interne vis-à-vis d’un étalon externe.

Quoiqu’il en soit, ce système d’étalon ou d’étalons, n’a pas pour but de résoudre tous les problèmes monétaires soulevés par les échanges internationaux, mais déjà de diminuer fortement voire de faire disparaître, à l’intérieur d’une même zone, les problèmes de distorsions économiques entre les différents pays membres.

Par ailleurs, rien n’empêche d’autres zones de se former de la même manière. S’il y n’y a que 2 ou 3 zones d’importance comparable, les échanges entre ces différentes zones, même avec des étalons différents, n’en seront que plus faciles, la fixation des taux de change et de parité  étant beaucoup plus transparente et efficace  que dans la situation présente.

Q. Et si le franc, par exemple, avait une parité initiale de 1 IMCU, que se passerait-il si cette parité passait à 0,8 IMCU. Comment réagirait cet étalon, si, du jour au lendemain le même montant d’ICMU permet d’acheter une plus grande quantité de biens que précédemment ?
Les règles de fonctionnement de l’étalon monétaire, votre ICMU – ou nouvel ECU - et du système monétaire associé sont telles que cette dépréciation relative du franc ne peut se faire sans raisons objectives. Dans le cas présent, ce serait nécessairement parce que le solde commercial de la France serait devenu extrêmement négatif par rapport aux autres pays de la zone monétaire envisagée (ce qui signifie que d’autres pays seraient devenus excédentaires par rapport à la France). 

Les diverses fluctuations du PIB global de la zone monétaire se compenseraient presque entièrement, sans modifier le pouvoir d'achat unitaire de l'étalon.

La valeur globale de l’étalon - et donc sa valeur relative - en serait donc extrêmement peu affectée.


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