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vendredi 28 novembre 2014

Offre et Demande de quoi parle t on


Politique d'Offre et politique de Demande, de quoi parle t'on? (Partie Généralités)
(reprise d’un article de NPI du 29 avril 2014)

Q. Le pacte de confiance ou de responsabilité est présenté comme une grande avancée par les socialistes, voire par l'UMP. Qu'en pensez-vous?

Pas beaucoup de bien, pour une raison simple. Si l'économie n'est pas une science "pure", et parfois même pas une science du tout, on ne peut échapper à quelques règles, dont la plus simple, une règle de bon sens, est que l'on ne peut ignorer la Demande dans une politique dite d'Offre, comme on ne peut ignorer les conditions de l'Offre si l'on veut relancer la Demande.

Q. On nous dit pourtant qu'une politique de relance de la demande serait suicidaire, et que c'est cela qui a conduit à la situation actuelle: nous aurions vécu au-dessus de nos moyens. On nous dit même que la politique suivie depuis 30 ans n'est qu’une application des théories de Keynes ...

Oui, on fait dire beaucoup de choses à Keynes: il est vrai que c'est plus facile de s'attaquer à la pensée ou aux œuvres d'un économiste mort depuis 70 ans que d’accepter un véritable débat sur tel ou tel sujet.

A l'inverse, quand un économiste contemporain essaye de sortir de la pensée unique, on préfère l'ignorer, qu'il soit labellisé de droite ou de gauche d'ailleurs, qu'il s'agisse de Rosa, de Murer, de Lordon, de Sapir ou de votre serviteur.

Q. Revenons, si vous le voulez bien à la politique d'Offre défendue par le gouvernement actuel. On nous la présente comme la seule réponse possible à notre perte de compétitivité...

Il est vrai que la France industrielle est de moins en moins compétitive, mais faire croire que la seule raison de coûts unitaires trop importants est le fait de charges, salariales ou patronales, trop importantes, ou de taxes exagérées relève d'une myopie consternante, voire d'une mauvaise foi caractérisée.

Q. Comment cela? Vous ne trouvez pas que les coûts de production sont trop importants en France, et qu'il faut les diminuer?

Il y a plusieurs façons de les diminuer, et si la façon la plus évidente semble être de diminuer les charges, ce n'est pas la plus efficace

Quand je parle de myopie, il s'agit bien de cela, que cette myopie soit due à une incompréhension insigne des fondamentaux économiques, ou plus vraisemblablement à une mauvaise foi idéologique.

Q. Comment cela?

Si une entreprise ou une organisation a la capacité de produire dans des conditions normales 1000 unités d'un produit, et si elle n'en produit, du fait d'une insuffisance de demande, que 600 ou 700, elle ne procède pas de façon optimale.

Le coût de production unitaire, qui doit tenir compte à la fois de ses coûts fixes et de ses coûts variables, dépend évidemment de la quantité produite, dans des conditions technologiques données.

Q. Et c'est ce "petit détail" qui serait oublié ou passé sous silence?

Tout à fait. Diverses études de l'INSEE ont montré que les capacités de production des entreprises françaises n'étaient utilisées qu'à 70 ou 75%, alors qu'un niveau optimal devrait être plus proche des 95% pour rester encore dans ce que l'on appelle des rendements croissants.

Dit autrement, si la production de nombre d'entreprises augmentait de 10 à 15%, le coût unitaire de production, et donc le prix de vente, pourrait diminuer de 5 à 10%, cette diminution dépendant bien sûr du secteur considéré.

Si l'on veut réellement diminuer le coût de production d'un bien, ou d'un service, l'économie à réaliser est donc davantage à rechercher dans l'augmentation de la production, liée à celle de la demande, que dans la baisse des charges, salariales ou patronales, ou dans la réduction des salaires des ouvriers.

Q. Réduction des salaires qui contribuerait d'ailleurs à une baisse du pouvoir d'achat global, et donc à une baisse de la demande "solvable"…

Tout à fait. Je me souviens d'avoir écrit un papier en 2009 "Grèves : "Du pain et du travail pour tous !" dans lequel je disais que la CGT avait parfois raison de protester contre une politique mettant des centaines ou des milliers de salariés au chômage, du moins lorsque que l'entreprise menacée par tel ou tel plan de restructuration était potentiellement rentable.

Q. C'est à dire quand cette rentabilité est liée à un coût de production qui n'est trop important que parce que le niveau de production est trop faible ...

C'est tout à fait cela. Certaines entreprises ne peuvent évidemment pas être sauvées, quand elles ont dépassé leur seuil de rentabilité. Si elles travaillent déjà à rendements décroissants, les faire produire davantage ne pourrait que détériorer leur situation. Mais la plupart de nos entreprises ne sont pas dans ce cas. Elles sont "seulement" confrontées à un problème de demande, problème lié à deux facteurs principaux, un prix de vente trop élevé ou un pouvoir d'achat insuffisant.

Q. Si je poursuis votre raisonnement, il suffirait d'augmenter le pouvoir d'achat de nos compatriotes pour relancer cette demande, et la production suivrait ...

Ce n'est évidemment pas si simple, et certaines entreprises ne seraient pas nécessairement compétitives en augmentant de 10, 15 ou 20% leur production, même si, dans le cas récent d'Alstom, c'est sans doute en partie l'insuffisance de la demande qui risque de condamner l'un des fleurons de notre industrie.

Il n'en reste pas moins vrai qu'une politique se limitant essentiellement à diminuer le coût unitaire, pour un niveau de production donné, en s'attaquant aux charges de toute sorte, y compris salariales, est suicidaire, comme l'exemple de la Grèce et de l'Espagne l'ont amplement montré.

Tout se passe comme si, en fait, nos "experts" réfléchissaient de façon statique, pour un niveau de production donné, au lieu de réfléchir sur les véritables conditions d'une croissance, que seule une augmentation de la Demande, et donc du pouvoir d'achat, permettrait.

Il est de bon ton de caricaturer la pensée de Keynes même si, ce faisant, en raisonnant ainsi en statique, nos experts ou docteurs Diafoirus de la pensée économique oublient aussi, sans s'en rendre compte, les pensées d'un autre "géant" de la pensée économique, l'un des pères de la pensée classique, Adam Smith.

Q. Adam Smith, le théoricien de la main invisible, et de l'efficience des marchés?

Oui, celui-là. Mais on oublie trop souvent qu'Adam Smith a aussi théorisé l'impact d'une production industrielle par rapport à une production artisanale, et l'impact d'une spécialisation intelligente avec son exemple de la fabrique d'aiguilles.

Il suffit aussi de se rappeler qu'Henri Ford, le créateur de la fameuse "Ford T", plus d'un siècle après Adam Smith, avait mis à l'œuvre concrètement le concept de production de masse, tout en comprenant tout l'intérêt d'avoir des collaborateurs bien payés, leurs salaires n'étant pas vus uniquement comme des coûts, mais aussi comme des composantes nécessaires de la "demande effective" théorisée quelques années plus tard par Keynes.

Q. Si je comprends bien, vous ne pensez pas que la déflation salariale recherchée en Espagne, et plus encore en Grèce, soit la meilleure réponse pour diminuer les coûts de production et pour rendre compétitive une entreprise qui ne le serait pas sinon.

Non, bien au contraire, c'est une absurdité, qui a conduit d'ailleurs à une baisse de la production grecque de plus de 25% en 6 ans, et au fait que plus de 55% de jeunes espagnols sont actuellement au chômage.

Ce qu'avait proposé Marine Le Pen, en janvier 2012, à savoir la relance du pouvoir d'achat des "travailleurs pauvres": 200 euros nets de plus par mois, aurait été beaucoup plus intelligent, et beaucoup plus efficace.

Plus généralement, comme je l'ai dit en introduction, s'occuper des conditions de l'Offre sans se préoccuper des conditions de la Demande est à la fois une absurdité économique et une atteinte au simple bon sens, dont les plus fragiles d'entre nos concitoyens n'ont pas fini de payer les conséquences.

1 commentaire:

  1. Juncker dit « non » à la Grèce et menace la France.

    « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens », affirme notamment le président de la Commission européenne.

    Intraitable. Dans un entretien au Figaro (29 janvier, édition abonnés), le président de la Commission européenne adresse une fin de non-recevoir au gouvernement grec conduit par Alexis Tsipras. Sur l’annulation de la dette, Jean-Claude Juncker oppose à la Grèce un « non » catégorique :
    « Athènes a accepté deux plans d’ajustement (de redressement, NDLR), elle doit s’y sentir tenue. Il n’est pas question de supprimer la dette grecque. Les autres pays européens ne l’accepteront pas. »
    On a connu le président de la Commission plus conciliant quand, Premier ministre du Luxembourg, il autorisait des dizaines de multinationales à s’affranchir des législations fiscales des pays membres de l’UE.

    Les élections ne changent rien, affirme en substance le président de la Commission européenne. Sans prendre beaucoup de gants :
    « Dire qu’un monde nouveau a vu le jour après le scrutin de dimanche n’est pas vrai. Nous respectons le suffrage universel en Grèce, mais la Grèce doit aussi respecter les autres, les opinions publiques et les parlementaires du reste de l’Europe. Des arrangements sont possibles, mais ils n’altèreront pas fondamentalement ce qui est en place. »
    Vous n’êtes pas certain d’avoir compris ? « Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités », ajoute encore Jean-Claude Juncker, qui lâche une phrase terrible, qui résume toutes les limites de la démocratie dans l’Union européenne :
    « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

    http://www.politis.fr/Juncker-dit-non-a-la-Grece-et,29890.html

    La construction européenne est anti-sociale.
    La construction européenne est anti-populaire.
    La construction européenne est anti-démocratique.
    Elle doit être détruite.

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