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mercredi 3 mai 2017

Un (début de) vrai débat sur l’euro, enfin, mais bien tard



Par Bruno Lemaire, Club Idées Nation

A quelques jours du vote, cela vient bien tard, mais autant donner un petit coup de chapeau à Xavier Ragot, de l’OFCE, même si nous sommes très loin d’être d’accord avec lui. Cet expert accepte en effet de dire que la question de l’euro peut mériter débat.

Monsieur Ragot accepte aussi de reconnaître que sur la dette publique, le remplacement de l’euro par une monnaie purement nationale, le franc nouveau, ne causerait aucun dommage.

Rappelons aussi que le patron de l’OFCE s'est parfois montré critique vis-à-vis des politiques européennes et du fonctionnement de la monnaie unique.

Cela étant, il pense que les avantages obtenus en sortant de l’euro seraient beaucoup plus faibles que d’y rester, puisque, d’après lui : « la France ferait un très faible gain de compétitivité, mais la crise bancaire serait telle qu'elle l'entraînerait le plus probablement dans une récession de très grande ampleur. »

En utilisant un modèle de l’OFCE (j’ai enseigné pendant 35 ans à HEC la modélisation, alors je sais qu’on peut parfois faire dire à peu près tout ce que l’on veut à un modèle, surtout si l'on n'en définit pas les conditions d'application et les hypothèses) avec une dépréciation de 20% du franc nouveau par rapport au mark nouveau, notre expert trouve un statu quo. Ce qui est assez loin de ce qu’ont trouvé Sapir et Murer, qui eux voyaient un fort gain de notre balance commerciale. Manifestement  ces experts n’ont pas utilisé les mêmes modèles.

Deuxième prise de position : nos emprunts sur les marchés financiers seraient « taxés » d’un taux d’intérêt plus important qu’actuellement. A court terme c’est sans doute vrai, je l’ai moi-même écrit – et je chiffre l’impact sur notre dette à 3 milliards annuels, pas les 30 milliards annoncés par certains, mais à moyen terme (3 ou 5 ans) ce serait le contraire, car si notre économie repart, les marchés en tiendront compte. De plus notre Banque Centrale, débarrassée des ukases de l’Union Européenne, pourrait nous prêter à moindres frais, si nécessaires, des ressources pouvant être associées aux grands projets de réindustrialisation que Marine Le Pen veut entreprendre.

En ce qui concerne le secteur bancaire, l’expert de l’OCDE écrit : « Les établissements français ont une exposition à la dette italienne et espagnole. Si la lire et la peseta dévaluent, elles perdront beaucoup d'argent. » C’est peut-être vrai, mais c’est beaucoup plus vrai encore pour les banques allemandes, qui auront donc tout intérêt à ce qu’un changement monétaire se fasse de la meilleure façon possible. Ce sera donc un levier de négociation très important pour Marine Le Pen dans sa reconstruction d’une autre Europe, d’une Europe des Libertés et des Coopérations.

Xavier Ragot écrit aussi qu’il faudra restructurer massivement les banques françaises. Ce n’est pas évident, tout dépend du traitement qui sera fait à l’article 123 du traité de Lisbonne et de la séparation souhaitée entre banques de dépôts et banques d’affaires, mesure bloquée par E. Macron lorsqu’il était conseiller puis ministre de François Hollande.

X. Ragot reconnaît cependant que cela pourrait marcher si « des politiques particulièrement intelligentes » étaient mises en place. Cela tombe bien, c’est ce que Marine Le Pen et ses conseillers prévoient de faire.

C’est sans doute pour cela aussi que nous préparons soigneusement la sortie de l’euro avant le référendum annoncé.

Je ne parlerai pas ici des mesures de protectionnisme et de patriotisme évoquées par X. Ragot, que j’ai exposées par ailleurs, puisqu’elles ne sont pas liées à l’euro mais à la possibilité de faire en sorte que nos lois soient prioritaires vis-à-vis de celles de l’U.E. actuelle, ce qui fera l’objet d’un premier référendum institutionnel.

En ce qui concerne la sortie de l’euro, rappelons en le mécanisme. Si nous avons notre propre monnaie, notre monnaie nationale, il sera évidemment nécessaire, pour nos échanges, de se mettre d’accord avec les pays partenaires sur le taux de change entre notre monnaie et les monnaies étrangères concernées.

Contrairement à ce que dit X. Ragot, qui s’égare sur cette question plus encore que sur les précédentes, deux pays qui disposent chacun d’une monnaie nationale, comme l’Inde et le Japon par exemple, n’ont nul besoin d’une deuxième ou troisième monnaie pour commercer. Le client indien utilisera la roupie, le client japonais utilisera le yen, et les banques centrales des deux pays décideront, de gré à gré ou sur le marché des changes, du taux de conversion entre roupie et yen. Cela peut, ou non, prendre la forme d’une pseudo monnaie, ou d’une monnaie réelle, comme le dollar. L’appeler monnaie commune n’apporte pas grand-chose à la question.

Aussi, prétendre que Marine Le Pen veut deux monnaies, une monnaie nationale et une monnaie commune, circulant dans le même pays, la France, est d’une malhonnêteté sans nom. C’est malheureux de la part d’un expert qui se dit indépendant et qui nous avait habitué à mieux.

Cela étant, il ne sera pas nécessairement simple de quitter l’euro, et les négociations s’avèrent délicates. Mais mieux vaut en sortir en bon ordre avant que l’Euro, dont beaucoup d’experts indépendants annoncent son agonie, n’implose ou n’explose. Les dégâts en seraient considérables.

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