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lundi 29 janvier 2018

Quelles priorités pour que re-vive la France?



A qui profitent réellement la mondialisation et le libre-échange débridé, et quels sont les priorités pour que la France n’en soit pas une victime implicite, sinon consentante.

Bruno Lemaire, économiste, ancien doyen associé d'HEC

Même si un véritable débat n’a jamais vraiment eu lieu, que ce soit sur la place publique, dans les médias ou au sein des partis politiques, le fantôme de l’euro et/ou de son éventuelle sortie a hanté les esprits depuis des années, que ce soit parmi les tenants de l’U.E. ou parmi ses adversaires.

Que ce soit voulu, ou non, et que l’euro soit un véritable boulet pour l’économie française, ou un désagrément plus ou moins nocif, voire même un « avantage » comme l’ont prétendu ses créateurs dans les années 1990, lors du référendum de Maastricht, il semble bien que les débats, aussi tronqués ont-ils été, se sont trompé de cible. L’arbre de l’euro et de sa sortie éventuelle a caché une forêt bien plus fondamentale, à savoir les méfaits d’un « laissez fairisme » critiqué en son temps par Maurice Allais.

Pour le montrer succinctement, nous allons prendre deux exemples, celui des échanges commerciaux que nous avons avec la Chine, ainsi que celui des échanges effectués entre la France et les principaux pays exportateurs de pétrole ou de gaz qui n’appartiennent pas à l’Union Européenne, à savoir la Norvège, le Nigeria, l’Arabie Saoudite, le Kazakhstan, le Nigeria, la Russie, l’Azerbaïdjan, l’Angola, l’Algérie et le Qatar. (Petite curiosité: l'Algérie et le Qatar sont les seuls pays 'pétroliers' avec lesquels nous ayons un excédent commercial!)

Rappelons tout d’abord que d’après les chiffres officiels des Douanes françaises, arrêtés fin novembre 2017, le déficit commercial de la France avoisinera, en 2017, 50 milliards d’euros, et que sur ce déficit commercial, plus de 30 milliards sont liés à nos échanges déficitaires avec la seule Chine.

Plusieurs économistes, pas tous du Front National, ont fait remarquer que le déficit commercial de la France n’existait pas avant les années 2000-2003, et que l’instauration de l’euro n’était sans doute pas une simple coïncidence : j’ai moi-même défendu cette thèse, défendue aussi avec conviction et talent par un éminent économiste classé à gauche, le professeur Sapir. Mais cette simple constatation a sans doute manqué l’essentiel, à savoir le développement depuis 20 ans des accords de « libre échange ».

Comment peut-on croire en effet que 60% du déficit de la France serait dû à une mauvaise valorisation de l’euro, ou même au fait qu’il nous soit imposé par l’U.E. en tant que monnaie unique.

Il est pourtant clair que notre déficit vis-à-vis de la Chine a peu à voir avec la valeur de l'€ mais presque tout avec une concurrence déloyale, qui concerne les conditions environnementales, fiscales, sociales – et financières – des travailleurs chinois : s’il en était autrement les fluctuations de l’euro vis-à-vis du dollar, monnaie internationale de référence, auraient eu bien davantage d’impact.
Si notre solde électronique est déficitaire avec la Chine de 14 milliards, si notre solde textile est déficitaire de 9,5 milliards vis-à-vis de la même Chine, à qui fera-t-on croire, même à nos compatriotes matraqués émission après émission par les médias officiels, soit que l’euro en est essentiellement responsable soit, plus encore, que le libre échange total conduit à une mondialisation heureuse ?

On pourrait certes soutenir que c’est notre manque de matières premières, en particulier dans les domaines énergétiques, qui est la cause de notre déficit, sachant que nous importons plus de 60 milliards en gaz et en électricité. Mais cela n’a rien à voir, là encore, avec nos échanges vis-à-vis de la Chine, ce n’est ni le gaz, ni le pétrole que nous vend « l’empire du Milieu ».

Sur ce dernier point d’ailleurs, celui des échanges avec des exportateurs de pétrole ou de gaz, notons qu’en dépit des 60 milliards d’euros que nous coûtent nos importations énergétiques, nous arrivons à équilibrer ces échanges par nos propres exportations, le solde de notre balance commerciale déficitaire, soit 20 milliards, étant essentiellement dû à un déficit de l’ordre de 16 milliards avec l’Allemagne, et de 4 milliards avec la Hollande (essentiellement dus à ses exportations de produits chimiques).

Non, il serait grand temps que l’on comprenne que le libre échange ne fonctionne que dans certains cas, dans une confrontation honnête avec des pays ayant un degré comparable de développement, tant social qu’humain, et qu’il faut, dans le cas contraire, utiliser d’autres procédés, à savoir ici l’arme du protectionnisme intelligent, ciblé en fonction des pays et des secteurs à protéger.
La fameuse théorie du commerce international heureux, à la mode Ricardo, a montré ses limites depuis deux siècles, et plus particulièrement depuis qu’il n’y a plus vraiment de frontières, au moins pour les firmes multinationales et pour les circuits financiers, qui se moquent bien de la nationalité ou même de la souveraineté des consommateurs, et plus encore sans doute de leurs collaborateurs – les fameux 'travailleuses et travailleurs' d’Arlette Laguillier – dès lors qu’ils peuvent tirer profit de tel ou tel investissement ou de telle ou telle délocalisation.

Ce n’est qu’en protégeant nos PME, nos artisans, nos agriculteurs, nos ouvriers contre une concurrence qui n’est ni loyale, ni équilibrée, ni transparente - et qui ne profite qu'aux plus forts, c'est à dire à ceux qui n'ont aucun scrupule à exploiter les plus faibles - , que nous pourrons défendre réellement le bien commun, à savoir les intérêts du plus grand nombre, et pas seulement ceux d’une petite minorité nomade, l’hyper classe dont se gargarisent certains médias. C'est d'ailleurs fort justement la position du Front National. La question de l’euro, aussi intéressante puisse-t-elle être, viendra bien après, et n’aura pas de sens si nous ne retrouvons pas nos frontières, économiques, sociales, politiques.

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