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jeudi 8 décembre 2011

Le_Double_Et_Triste_Jeu_Derriere_Les_Dettes_Souveraines

Souveraineté des états et dettes souveraines : pourquoi veut-on faire croire qu’on peut et qu’on va rembourser les dettes publiques ?

Les dettes publiques des 3 plus grandes puissances à la base du vénérable et historique marché commun varient entre 85 et 120% de leur PIB. Si on ajoute aux dettes publiques les dettes privées, et si l’on se limite au cas de la France, on arrive, selon les estimations, à 3 ou 4 fois (300 ou 400%) le PIB.

En supposant que l’encours des dettes publiques a une maturité moyenne de 6 ans (on empruntera à 10 ans en 20122 pour rembourser les emprunts faits en 2003), pour une maturité standard de 10 ans, et que l’encours des dettes privées (entreprises et ménages) une maturité moyenne de 10 ans (les prêts au logement ayant une durée pouvant atteindre 25 ans) on arrive ainsi, très grossièrement, à une nécessité de rembourser chaque année environ 40% du PIB, 280 milliards (16% du PIB) pour la dette publique, 400 milliards (24%) pour les dettes privées.

D’autres calculs indépendants estiment entre 35 et 40% la valeur des frais financiers intégrés aux prix de production des biens et services produits en France, ce qui est cohérent avec notre propre estimation.

Le défaut des débiteurs, public ou privé, est donc inscrit dans les faits.

Laisser croire que l’on peut rembourser, que l’on va rembourser, c’est dire que l’on peut et que l’on va amputer la richesse réelle des français de 40% pour rembourser les créanciers, que ces derniers soient des nationaux ou des étrangers.

Nul besoin d’être un grand expert, auto-proclamé ou non, pour dire que c’est impossible : le simple bon sens nous le dit. Par ailleurs, même si on le pouvait ‘physiquement’ – en travaillant donc à 40% pour les seuls créanciers – ce serait impossible du seul point de vue monétaire. De fait, étant donné que la monnaie que l’on utilise en France est l’euro, et que l’euro a été créé en contrepartie de ces dettes, le remboursement annuel, très éventuel des 680 milliards dus en 2012 contribuerait à diminuer la masse monétaire d’une quantité égale (supérieure à toutes les liquidités disponibles, telles qu’elles sont recensées dans l’agrégat monétaire M1). Rappelons que l’agrégat monétaire M3, qui recense la monnaie, mais aussi l’épargne liquide et semi-liquide est de l’ordre de 1750 milliards d’euros.

Les créanciers se payent sur … les intérêts.

Ainsi, à la fois d’un point de vue purement monétaire et d’un point de vue purement économique, de tels remboursements sont impossibles. La seule chose que peuvent réellement attendre les créanciers de leurs débiteurs, c’est le paiement des intérêts. D’où le jeu ‘vicieux’ que jouent actuellement les agences de notation, complices conscients ou non des marchés financiers. Si le principal de la dette n’est pas remboursable, autant se payer sur les intérêts…

Une opération de cavalerie connue et admise de tous … jusqu’à maintenant.

Ce n’est évidemment pas une découverte que l’Etat français, comme la plupart des Etats européens, rembourse ses dettes par de nouvelles dettes, en empruntant en 2011 à 10 ans pour rembourser ses dettes de 2002, en 2012 pour ses dettes de 2003, etc. Cette opération de cavalerie dure depuis des décennies, mais s’est compliquée du fait qu’en sus du principal, il lui faut rembourser les intérêts, qui vont croissants avec une dette croissante, un des à-côtés - scandaleux pour certains, normal pour d’autres - de la loi Pompidou-Giscard de 1973 : 1400 milliards d’intérêts, sur les 1700 milliards de la dette actuelle de la France.

Mais pourquoi tant de bruit et de fureur maintenant ?

Que les banquiers, principaux bénéficiaires de la loi susdite et donc des obligations publiques, s’enrichissent, après tout, qui peut leur reprocher? Quand l’économie va à peu près bien, ils s’enrichissent plus vite que les autres, c’est tout. Mais quand l’économie réelle stagne, et qu’éclate la crise des subprimes, cet enrichissement sans cause, ces « faux droits » suivant l’expression de M. Allais, cela devient plus problématique. Et ce d’autant plus qu’avec la crise des subprimes les banques sont venues demander aux états de les aider, en remettant en valeur le slogan, privatisation des profits, collectivisation des dettes.

Il est donc de bon ton d’essayer de trouver des boucs émissaires, pour les marchés financiers, comme pour les banques, et même pour les gouvernements en place. Le bouc émissaire, c’est toujours l’autre, bien sûr, et, dans le cas présent, le cas des dettes ‘souveraines’, l’autre est tout trouvé « ce sont les dépenses somptuaires de l’état », nous vivrions au dessus de nos moyens.
Il faudra cependant expliquer au contribuable et à l’électeur comment, avec du chômage et des capacités de production inutilisées, la France peut vivre au dessus de ses moyens. Il faudra aussi expliquer comment il peut être normal que 40% de la richesse d’un pays soit aux mains d’un secteur ‘improductif’, le secteur banco-financier, dont la tâche principale devrait être de gérer des moyens de paiement adaptés à l’économie réelle, celle des biens et services tangibles, non de spéculer sur des dérivés de dérivés de produits financiers.

Serait-ce pour faire oublier que la zone euro repose sur une construction artificielle, l’euro, qui ne peut s’avérer viable vu l’hétérogénéité économique et sociale de la zone concernée ? Serait-ce pour faire oublier que l’Europe a existé avant l’euro et l’explosion des marchés financiers, et qu’elle peut très bien survivre à sa disparition ?

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