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jeudi 19 juin 2014

Sortir_de_l’Euro_est-ce_vraiment_une_bonne_idée

Sortir de l’Euro, est-ce vraiment une bonne idée ?

Tribune libre de Bruno Lemaire, conseiller économique de Marine Le Pen, Club Idées Nation

De nombreux français, sympathisants ou non du Front National, s’interrogent sur les les difficultés et les avantages pour la France de sortir de l’Eurozone.
Cinq questions reviennent particulièrement, elles concernent l’impact de cette sortie sur la Dette Publique, sur le Commerce International, sur notre Pouvoir d’Achat, sur la réaction des marchés financiers et enfin sur la façon de renouer avec une monnaie nationale.

Q. On ne pourra pas rembourser en une seule fois nos dettes. Quel sera donc l’impact d’une éventuelle dépréciation du Franc sur les remboursements futurs ?

Notre dette publique, qui sera de l’ordre de 2000 milliards d’euros fin 2014, subirait une augmentation d’une dizaine de milliards  une fois convertie en francs nouveaux. De fait, avec une conversion de 1 pour 1, les 2000 milliards d’euros se transformeront en 2000 milliards de francs. Si, ensuite, le franc nouveau est déprécié de 20%, cela ne concernera que 3% du montant total – seule partie de la dette à ne pas avoir été contractée en droit français. Ces 60 milliards « internationaux » auront donc une surcote de 20%, soit 2 milliards, c’est tout.
Certes, il faudra aussi rembourser plus tard le reste de la dette, mais comme celle-ci sera contractée en monnaie nationale, ses éventuelles fluctuations n’auront aucun impact particulier, que ce soit sur le principal ou sur les intérêts.
Sur ce dernier point, les intérêts, le fait de sortir de l’Eurozone a pour objectif principal de permettre à l’économie française, en sortant du carcan de l’euro, de permettre à l’économie française de repartir, et donc d’être aussi dans une meileure situation vis-à-vis de futurs créanciers : ces intérêts ne seront donc pas plus importants que dans la situation actuelle.

Q. si le franc nouveau est déprécié par rapport à l’euro actuel, nos importations coûteront plus cher, et donc ce n’est pas une bonne affaire, bien au contraire ?

Sur le coût des importations, en particulier de pétrole. Il y aura effectivement une augmentation, au moins sur le coût unitaire de chaque bien importé. Mais les quantités importées seront moindres, un peu comme lorsque les écologistes proposent de réduire la facture énergétique en consommant mieux, et moins, avec des voitures ou des maisons plus économes en énergie.
Rappelons aussi que l’objectif initial de toute dépréciation/dévaluation, c’est justement de rééquilibrer le commerce extérieur, en augmentant le volume des exportations, c’est à dire les quantités exportées, leur prix unitaire étant moindre, tout en réduisant les quantités importées Ce rééquilibrage peut prendre quelques mois, mais là encore le fait que les importations soient supérieures aux exportations n’est pas une nouveauté, c’est justement cela le problème que l’on cherche à résoudre.

Q. Une dépréciation du franc nouveau vis à vis de l’euro diminuera notre pouvoir d’achat, non ?

Si la seule mesure évoquée dans le programme économique du Front National était celle-ci, peut être, au moins à court terme, en attendant  que la balance commerciale de la France se rééquilibre par une augmentation des exportations, et donc par une croissance de l’emploi et des rémunérations dans le secteur exportateur. Mais la sortie de l’Eurozone n’est pas la seule mesure envisagée.
En dehors de la relance du pouvoir d’achat par une création monétaire limitée, et impactant directement le pouvoir d’achat des « travailleurs pauvres », plusieurs mesures de protectionnisme raisonné permettraient que le renchérissement unitaire de certains produits importée ne nuise pas au pouvoir d’achat de nos compatriotes.
Nous n’avons jamais dit que la sortie de l’Eurozone suffirait à elle seul pour résoudre tous les problèmes de l’économie française, il faudra évidemment des mesures de rééquilibrage commercial, comme je l’ai déjà indiqué par ailleurs, en particulier sur le site Nations Presse Info. La relance de notre économie sera nécessairement accompagnée d’une relance de notre pouvoir d’achat, et donc de la « demande solvable ».
On peut par ailleurs imaginer qu’il y aura une légère inflation, qui d’officiellement de 1% passerait à 3 ou 4%, mais cette inflation serait largement compensée par une croissance soutenue. Entre une croissance de 0.5% accompagné d’une inflation de 1%, et d’un chômage stabilisé – au mieux -et une croissance de 2% accompagnée d’une inflation de 4%, et d’un emploi en hausse, nous avons choisi la deuxième solution.

Q. Mais ne faut-il pas craindre une réaction des marchés financiers ?

Les marchés financiers n’existent pas en tant que tels, ce n’est pas une entité homogène. Les « spéculateurs » et les créanciers préfèrent avoir des emprunteurs solvables que des emprunteurs insolvables. Certes le fait d’être remboursés avec une décote de 20% ne leur plaira pas nécessairement, mais les différents ‘constituants’ de ces marchés financiers « prendront leurs pertes », comme les créanciers des Etats-Unis se sont adaptés après la décision de Nixon de ne plus rembourser les créances en or, ce qui a fait subir aux dettes en dollars une décote de 50 à 80%.

Q. Enfin, dernière question, comment sortir de l’eurozone de la façon la plus efficace ? Faut-il sortir avec d’autres nations, ou déclencher nous même le mouvement ?

Il serait bien sûr préférable de sortir de façon concertée de l’Eurozone, et nous nous efforcerons qu’il en soit ainsi. Mais nous savons, et nos partenaires savent aussi, que si la France recrée une monnaie nationale, le franc nouveau, à parité initiale avec l’euro, de nombreuses nations européennes en feront autant, bon gré malgré. Certaines nations de l’Eurozone n’attendent d’ailleurs que cela pour suivre notre exemple.
La zone Euro repose sur une construction artificielle, celle de la monnaie unique, qui s’avère inefficace. Il faut donc en changer, et renouveler ainsi le système monétaire européen. La création d’un tel système, basé sur des monnaies nationales puis sur une monnaie commune, apparaîtra vite comme la meilleure solution.
Cette monnaie commune, pour éviter le mirage de taux de changes aléatoires, et donc soumis à la spéculation, devra reposer sur un système de changes fixes, mais ajustables en fonction de critères précis et compréhensibles de tous – les parités étant par exemple basées sur le solde commercial des différents pays entre eux, afin de respecter l’esprit de la charte de la Havane qui ne fait que traduire, en fait, que seuls des échanges équilibrés (flux de capitaux, de biens, de services et … de personnes) peuvent assurer à terme la fin de tout type de conflits entre nations souveraines.
Un système de changes flottants serait donc une erreur, qui a d’ailleurs conduit dans un passé récent à la fin du « Serpent monétaire européen » et à la naissance de l’euro.

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