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samedi 19 septembre 2015

Le tout marketing conduit à une fausse croissance et à des vraies dettes



La puissance du marketing a conduit à l’abandon des réalités économiques.

Billet d’humeur de Bruno Lemaire, Secrétaire Général du Club Idées Nation.

L’agence Moody vient de dégrader une fois de plus la notation ’économique’ de la France, sous le prétexte d’une croissance atone et de dettes toujours plus importantes.
Cette dégradation est sans doute méritée, mais en partie pour de fausses raisons. Ne parlons même pas ici de la question de l’immigration sauvage qui risque de conduire à sa perte la France, et à sa suite l’ensemble de l’Europe occidentale. Non, il y a une raison bien plus terre à terre, tellement évidente, voire aveuglante, qu’on n’arrive même plus à la percevoir.
Cette raison est grandement liée à la fausse croissance, à savoir à tout ce qu’il faut ajouter aux produits de base pour réussir à les faire vendre, quitte effectivement à endetter plus encore ménages, entreprises et État.
Bien sûr les critiques de ce qui est appelé PIB ne sont pas nouvelles, mais un simple exemple va permettre d’expliciter qu’une fausse croissance n’est en aucun cas le Saint Graal à rechercher, d’autant plus que cette pseudo croissance, mesurée par l’INSEE, quand elle existe, a de plus en plus de mal à cacher qu’elle se fait au détriment des plus petits, des exclus, mais aussi à celui des « producteurs de base », ouvriers, paysans, petits commerçants.

Prenons ainsi le cas de chaussures de sport de base. Leur coût de production en Asie est de 5 à 6 euros, fabriquées en France, on arriverait à 25 euros. Mais avec la signature Nike, Asics ou Adidas, ces mêmes chaussures seront vendues une centaine d’euros.
D’un point de vue ‘macroéconomique’, le PIB correspondant, au lieu d’être évalué à 25 euros, sera valorisé à 100 euros : 400% de croissance, qui dit mieux. Miraculeux, non ?
Bien entendu, dans cette fausse croissance, véritable jeu de dupes, il y a quelques gagnants, et beaucoup de perdants. Les gagnants sont les services marketing, et les actionnaires de Nike, Asics ou Adidas. Les perdants, à leur insu de leur plein gré, vont être les consommateurs, qui au lieu d’acheter  des chaussures à 25 euros, vont les payer à 100 euros. Les médias et les annonceurs sont là pour leur dire que sinon, ils seront stigmatisés à tout jamais comme ringards, comme has been, comme ‘pauvres’.

Une deuxième catégorie de gagnants, à court terme, ce sont évidemment les services financiers, qui vont prêter de l’argent aux consommateurs pour qu’ils puissent acheter leur rêve – plus ou moins forcé – pour payer, non pas les véritables producteurs – ce qui serait normal et juste – mais les « services » associés. A long terme, non seulement nous serons tous morts, comme le rappelait Keynes, mais l’endettement aura été transmis à des générations futures, lesquelles, un jour ou l’autre, finiront par se révolter contre ces pseudo-services et cette pseudo croissance.

J’ai pris ici un exemple ultime, bien sûr, et les frais de marketing et d’image, auxquels il faut ajouter des frais financiers, ne représentent pas toujours 3 fois le coût de production – voire 20 fois pour des produits « de marque » fabriqués en Asie. Mais la crise de l’agriculture – alors que l’industrie agro-alimentaire se porte plutôt bien en France – ou la crise de nombre de secteurs industriels pourraient fournir beaucoup d’autres illustrations du mal moderne : les faux services tuent les services de base, à savoir la production réelle.

La dette publique abyssale est montrée du doigt, à juste titre sans doute. Mais si le pouvoir d’achat des fonctionnaires, et plus généralement de l’ensemble des travailleurs, ne servait qu’à se procurer des produits ou des services réellement utiles, sans recourir systématiquement à l’endettement, il ne serait pas nécessaire de consacrer tant de ressources monétaires, financées par l’impôt ou par de nouvelles dettes, pour assurer à nos fonctionnaires une rémunération décente.

Dernier point. Au lieu de réclamer à corps et à cri une « croissance » moins énergivore, et souvent utopique, pourquoi ne pas faire la chasse au vrai gaspillage, qui consiste à faire croire que le packaging et la « marque » sont LES vraies valeurs, et que l’objet de base n’est qu’un support sans beaucoup d’intérêt.

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