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mercredi 9 septembre 2015

Une monnaie nationale nouvelle appuyée sur une monnaie commune




Bruno Lemaire, club Idées Nation
Un certain nombre de questions ayant surgi suite à la table ronde  de l’UDTFN (5 septembre 2015)à propos de l’euro, je vais tenter d’y répondre brièvement.

Q. Quel serait le rôle de l’euro, si la France recréait une monnaie nationale ?
L’euro ne serait plus une monnaie unique, puisque si la France quittait l’euro, d’autres pays suivraient sans doute, d’où l’intérêt aussi si possible d'une sortie coordonnée.

Q. Mais, c’est compliqué, pourquoi ne pas rester dans l’euro, en changeant un peu son statut ?
Je vais répondre en 2 fois, tout d’abord en rappelant pourquoi l’euro est un carcan insupportable pour la plupart des nations de l’eurozone, puis en parlant du concept de monnaie commune, qui jouerait en quelque sorte le rôle d’un euro amélioré, avec beaucoup moins d’inconvénients que l’euro actuel.
Je montrerai aussi qu’il n’y a pas de réelle difficulté technique à faire renaître une monnaie nationale.

Q. Vous dites que l’euro est un carcan. Certaines nations ne le voient pas ainsi, pourtant !
En ce qui concerne l’euro, je ne vais vous parler ici que d’un point de vue technique, même s’il y aurait beaucoup à dire au niveau politique, et sur les arrière-pensées « européistes », mondialiste, et anti-nationales, qui ont conduit à son instauration.
L’euro est un outil qui n’a pas fonctionné, qui n’a pas apporté tous les bienfaits annoncés, loin de là, au moins aux français et à la majorité des européens. Un seul exemple suffira.
La France, dont le commerce international était excédentaire jusqu’en 2002, s’est mis à accumuler des déficits avoisinant en moyenne 50 milliards par an, alors que l’Allemagne, dont le solde commercial était proche de zéro depuis 1986, a un solde commercial qui dépasse maintenant 200 milliards. Ce n’est pas la seule cause, mais le carcan de l’euro, monnaie unique, y contribue.

Q. Pourquoi ? Pouvez-vous préciser ?
Prenons une image. Fin 2001, une course de chevaux est lancée, avec 11 canassons – dont un, le cheval grec, racheté de justesse. Ces onze destriers ont chacun un certain handicap sur le dos, pour essayer de les faire galoper à la même vitesse. Il se trouve cependant que ces handicaps – c’était la parité de leur monnaie nationale vis-à-vis de l’euro - n’ont pas été correctement choisis, et que le cheval le plus rapide, le cheval allemand, a vu ses concurrents perdre pied, ou sabot, peu à peu.

Q. Qu’aurait-il fallu faire ?
La seule solution aurait été de pénaliser le cheval allemand, c’est-à-dire d’augmenter son handicap. En termes monétaires, il aurait fallu pour cela que l’euro allemand devienne plus fort que l’euro moyen, et que l’euro grec, ou portugais, voire italien, perde beaucoup de sa valeur vis-à-vis de l’euro moyen. Avec une monnaie unique, cela ne peut se faire, avec une monnaie commune, c’est possible.

Q. Je ne comprends pas. Qu’est-ce que cela changerait ?
De fait, il faudrait rebâtir une monnaie, ou un système monétaire, intermédiaire entre la monnaie de référence, qui reste encore le dollar, et les diverses monnaies nationales, pour que chacun des chevaux, pardon des pays européens, ait une chance de courir à armes égales. Le nom ‘savant’ de cette monnaie intermédiaire serait une « monnaie commune » - assez voisine de l’ancien ECU -qui permettrait aux échanges internationaux de se rééquilibrer peu à peu.

Q. Je croyais que l’Ecu n’avait pas marché, que c’était pour cela qu’on l’avait remplacé.
En fait, l’ECU n’a aps fonctionné pour 2 raisons, une raison politique – que nous n’aborderons pas ici – et aussi une raison de méthode. Il était trop facile, ou pas assez difficile, de spéculer contre lui.
Le système monétaire, la monnaie commune que nous proposons, est assez nettement différent, même s’il reste un intermédiaire important, voire indispensable.
Nous souhaitons mettre en place entre les différentes monnaies un taux de change fixe, mais ajustable ‘objectivement’, ce qui permettrait d’éviter toute spéculation monétaire, tout en tenant compte de la réalité économique des différents pays acceptant d’utiliser cette monnaie commune.

Q. Ajustable, comment cela ?
Reprenons, une dernière fois, notre image d’une course de chevaux. On peut décider que, périodiquement, par exemple tous les ans, on dose les handicaps des chevaux en fonction des victoires qu’ils auront remportées. Si le cheval allemand gagne trop souvent, on augmente son handicap.

Q. Et sur le plan monétaire, cela donnerait quoi ?
Le cheval allemand, pardon la nation allemande, verrait la parité de sa monnaie – l’euro germanique – appréciée vis-à-vis de l’euro moyen – la monnaie commune, la nation grecque, par exemple, verrait l’euro grec – le nouveau drachme – dévalué par rapport à l’euro moyen.

Q. Hum, et en quoi c’est différent du mécanisme ancien du système monétaire européen ?
C’est très différent. Ce ne sont pas les marchés financiers qui décideraient de la valeur de telle ou telle monnaie, mais la situation économique de chaque pays.

Q. Comment cela ?
Si l’Allemagne, au bout d’un an, a un excédent commercial de 30 milliards vis-à-vis de la France, ce qui correspond à peu près à 1% de son PIB, et à 1.5% du PIB de la France, on pénalisera ‘objectivement’ l’Allemagne en utilisant les critères inscrits dans, le règlement monétaire ayant établi le principe de monnaie commune. On augmenterait par exemple de 0.4% la parité du mark allemand, et diminuerait de 0.6% la parité du franc français par rapport à l’euro commun.
Ce rééquilibrage monétaire des échanges, à périodicité connue, et selon un processus et des critères eux aussi connus, serait ainsi bien plus satisfaisant que de bloquer la parité des monnaies arbitrairement, ou de laisser la spéculation des marchés jouer.

Q. Je crois comprendre le mécanisme de cette monnaie commune, et son principe de rééquilibrage périodique, mais pourquoi alors ne pas l’avoir intégré dès le début à l’euro ?
Comme je vous l’ai dit, la monnaie unique que représentait l’euro résultait essentiellement d’une vision politique bien particulière, qui était déjà inscrite dans le traité de Maastricht.
Cette vision, éminemment fédéraliste même si elle ne le disait pas, aurait pu marcher, mais dans des conditions très spéciales, et très contraignantes.

Q. A savoir ?
Une monnaie unique ne peut fonctionner qu’avec des pays presque identiques.
De fait, l’outil que représentait l’euro aurait pu fonctionner. Il aurait fallu pour cela, non seulement que les parités initiales soient judicieusement choisies, mais qu’il y ait aussi une convergence des normes sociales, fiscales, et techniques dans les différents pays. En d’autres termes, il aurait fallu que les différents pays deviennent des clones les uns des autres, que la Grèce soit un modèle réduit de l’Allemagne, que nos cousins italiens soient identiques aux français. Pure utopie mondialiste, digne de tous les experts « hors sol » qui veulent détruire la notion même de notion et d’identité nationale.
La renaissance d’une monnaie nationale est donc indispensable, si nous voulons rester pleinement et authentiquement français.

Q. Mais n’est-il pas trop tard pour revenir en arrière, même si nous voulons conserver notre identité nationale ?
Pas du tout. En fait il est très facile de faire renaître un euro français, ou un franc patriote.
L’euro peut être facilement amendé, et donner lieu à la renaissance de monnaies nationales, l’euro français ou le franc nouveau pour la France, l’euro italien ou la lire nouvelle pour l’Italie.

Q. Restons sur le franc français nouveau, si vous voulez bien!
Vous avez raison. Nos adversaires, les tenants du système actuel, disent urbi et orbi, en particulier dans la presse économique et plus généralement dans tous les médias, que la renaissance du franc serait techniquement très longue et difficile, et politiquement impossible.
Pour la politique, je laisserai s’exprimer Marine sur le sujet. D’un point de vue technique, il n’y a rien de plus facile.

Q. Comment cela ?
Informatiquement, cela prendrait quelques heures, sachant, de plus, que 93% des échanges sont de type électronique. En ce qui concerne les billets ‘physiques’, fabriquer  des tampons pour frapper les euros anciens n’est pas trop difficile, en quelques jours ce serait fait (surtout si tout est prêt !)

Q. Et si l’on veut réellement fabriquer de nouveaux billets, pas seulement tamponnés ?
Pour les nouveaux billets de « francs patriotes », ou euros français, la Banque de France peut faire cela en quelques semaines. Pendant ce temps, les euros anciens garderaient leur utilité, surtout s’ils sont « tamponnés ». Une conversion à l’euro le franc nouveau ou le franc patriote ou l’euro français ne pose donc aucun problème technique.

Q. Techniquement, je veux bien qu’il n’y ait pas de véritable problème. Mais ne craignez-vous pas une fuite des capitaux vers l’extérieur, comme en Grèce, à Chypre, ou ailleurs.
Mon intervention à l’UDT de quelques minutes avait pour but essentiel de montrer que la sortie de l’euro était à la fois possible et souhaitable.
Mais, vous avez raison, il faut aussi parler de ces questions financières et économiques, qui ne sont pourtant pas si difficiles à régler.

Q. Pourquoi cela ?
Le fonctionnement des marchés, en fait, n’est pas très différent du fonctionnement de l’esprit humain, qui n’aime pas les incertitudes, même quand il s’efforce de mettre à profit d’éventuelles opportunités. Il est donc important, voire essentiel, de réduire le plus possible ces incertitudes.
C’est d’ailleurs en cela que les mécanismes d’ajustement proposés pour l’instauration d’une monnaie unique peuvent réduire fortement l’incertitude, et donc freiner, voire atténuer presque complètement la fuite éventuelle de capitaux. Mais d’autres mesures sont possibles, en compléments.

Q. A savoir ?
Une mesure classique, qui serait temporaire, serait le contrôle des capitaux, c’est à dire l’interdiction de sortie de France d’euros « anciens », tout en sachant que ces euros « anciens » auront encore droit de cité pendant un certain temps en France, et que s’en séparer trop vite n’est pas nécessairement une excellente idée.
Par ailleurs, la conversion d’un franc nouveau, pour une parité de 1 franc nouveau pour 1 € , n’incitera pas forcément les possesseurs de capitaux à rejeter les francs pour conserver des euros, surtout si la zone euro se désagrège. Posséder des francs peut s’avérer au moins aussi rentable que de s’en débarrasser.
Mais il y a un autre argument bien plus puissant encore que le contrôle éventuel, voire probable, des capitaux.

Q. Lequel ?
Si la France retrouve sa souveraineté monétaire, c’est pour retrouver une économie plus forte et plus compétitive, et en premier lieu avoir un solde commercial équilibré, et non plus déficitaire. Pour les marchés financiers et la haute finance, l’argent n’a pas d’odeur, ni de couleur politique. Si la France va mieux, elle pourra rembourser plus facilement, les obligations souveraines auront davantage de valeur, fuir le franc n’aura plus vraiment d’intérêt.
Il en va des marchés financiers comme il en va dans la vie économique plus concrète. Des clients en bonne santé sont plus intéressants à moyen terme que des clients en liquidation. Si la France se redresse économiquement, même nos créanciers s’en satisferont, non ?
Là encore, c’est du simple bon sens.

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