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mercredi 23 novembre 2011

Vraie_et_fausse_monnaie

Vraie et fausse monnaie : de quoi parle t-on vraiment ?

Q. On parle beaucoup en ce moment de la valeur de la monnaie, et en particulier de celle de l’euro. Peut-on comparer des monnaies différentes, et y a-t-il des monnaies plus ‘fiables’, plus ‘vraies’ que d’autres ?

Humm, questions délicates. Je vais commencer par répondre à une question que vous ne m’avez pas posée explicitement, en parlant d’abord de ce que l’on pourrait donner comme exemple de ‘fausse’ monnaie.

Q. Je vous en prie…

Chacun comprendra que si je sors un billet de Monopoly de ma poche, et que j’essaye d’acheter un CD ou un bouquet de fleurs avec, il sera refusé.

Q. Certes, mais ce n’est pas vraiment de la monnaie. Tout le monde c’est bien que ce billet n’a aucune valeur … Sauf dans le contexte bien particulier du jeu de Monopoly.

Vous avez raison. On ne peut qualifier ce billet de Monopoly de « fausse monnaie », au moins dans la vie normale, puisque chacun sait qu’il ne vaut rien. Mais supposons maintenant que j’ai réussi à fabriquer un billet qui ressemble à un ‘vrai’ billet de 50 euros, et que j’essaye de m’en servir pour acheter des fleurs à la fleuriste de mon village….

Q. Elle l’acceptera peut être, si elle a mauvaise vue, ou si elle a confiance en vous…

Là encore, vous avez raison. Supposons donc que ce « faux billet » soit fabriqué par un faussaire spécialement habile, et qu’il soit presque impossible de voir la différence avec un ‘vrai’ billet. Ma fleuriste, ou tout autre commerçant, n’aura aucune raison de le refuser, et ce d’autant moins qu’elle a confiance en celui qui lui remet le billet.

Q. Voilà donc une première caractéristique de la monnaie, la confiance que l’on peut avoir en sa valeur, en son utilité.

Mais cela ne nous dit encore rien sur sa valeur intrinsèque.

Q. A savoir ?

Que vais-je pouvoir acheter avec … Quel est le pouvoir d’achat de ce billet de 50 euros… Voilà ce qui compte pour chacun d’entre nous. Cela, et, bien sûr, le nombre de billets que l’on a en sa possession.

Q. Mais qu’est ce qui détermine cette valeur ? En effet, ce que je peux acheter en novembre 2011 avec 50 euros est différent de ce que je pourrais acheter dans un an avec cette même somme, différent aussi de ce que je pouvais acheter en novembre 2010…

En fait, ‘normalement’, la valeur d’une monnaie, son pouvoir d’achat, ‘devrait’ correspondre à, être en adéquation avec, les capacités de production nationale qui fondent la véritable richesse d’une nation.

Q. Je ne suis pas sûr de comprendre …

Si les conditions de fabrication d’une voiture ne changent pas d’une année sur l’autre, cette même voiture devrait coûter toujours le même prix. Mais s’il faut moins de temps – meilleure organisation du travail, ou machines plus efficaces – pour fabriquer cette voiture, son coût devrait diminuer.

Q. Vous parlez de temps de travail. Que faites vous du fait que l’on paye ces heures de travail en monnaie, qu’il faut rajouter au coût du travail des taxes diverses, le coût des matières premières, l’usure des machines, les éventuels incidents dans la chaîne de fabrication ?


C’est bien pour cela que la valeur d’une monnaie dépend du contexte économique dans lequel cette monnaie est émise, et circule de mains en mains ou , plous souvent, de compte en compte, puisque 95% des échanges utilisent comme moyens de paiement de simples transferts ou jeux d’écriture, pas de ‘vrais’ billets.

Q. Voulez vous dire par là que le « vrai argent », la vraie monnaie, ce serait uniquement les billets, et que la monnaie ‘bancaire’, la monnaie ‘scripturale’, cela n’en serait pas ?

Pas du tout. Ce que je dis simplement, c’est que la valeur d’une monnaie, nationale ou internationale, est, ou devrait être, reliée aux capacités de production de la nation ou de la zone géographique dans laquelle elle circule, à la vraie richesse en somme. C’est vrai pour les billets comme pour la monnaie scripturale.

Q. Et ce n’est pas le cas ?

Non, ce n’est vrai ni pour le dollar, qui a été émis en quantités bien plus importantes que ce que l’économie réelle des USA aurait exigé. C’est faux aussi pour l’Euro, dont les quantités émises, soit en billets, soit sous forme de monnaie bancaire, ont connu depuis 2002 une croissance bien plus importante que celle du PIB de la zone euro, même en tenant compte de l’inflation.

Q. Croissance qui ne respecte pas non plus la diversité de la croissance économique et des capacités exportatrices de ses divers constituants …

Tout à fait, d’où les problèmes actuels de la zone euro, et de l’Euro monnaie unique, alors que la monnaie commune que représentait l’Ecu aurait pu, et du, être conservée en tant que monnaie de compte permettant les échanges internationaux intérieurs et extérieurs à Union Européenne. Mais revenons à la question de la valeur d’une monnaie, que ce soit l’euro ou autre.

Q. J’ai compris que cette valeur est fonction de la richesse, de la capacité de production des biens et services d’un pays donné.

De fait, ce n’est pas la valeur absolue d’une certaine somme monétaire qui est importante, mais sa valeur relative, et son évolution. Il est certes important de savoir que vous pouvez acheter une certaine voiture 10 000 euros, mais il est aussi important de savoir quel est votre propre pouvoir d’achat, à un moment donné …

Q. Combien de voitures, ou de hamburgers, je vais pouvoir acheter ?

Oui, et surtout comment la valeur relative de ces 10 000 euros va évoluer dans le futur. Ce même montant va-t-il pouvoir acheter plus ou moins de hamburgers, de fleurs, de voitures, etc…

Q. Donc une double question, portant sur le pouvoir d’achat de la monnaie, et sur mon propre pouvoir d’achat ? Mais qui peut déterminer tout cela ?

Les économistes qui se sont penchés sur la question monétaire ont longtemps soutenu qu’il fallait que la monnaie soit ‘neutre’, et que ce qu’il fallait c’est que le pouvoir d’achat d’une somme monétaire reflète le plus exactement possible la réalité de la richesse sous-jacente, la richesse de « l’économie réelle ».

Q. Cela semble une bonne idée. Et ce n’est pas le cas ?

Pour que ce soit le cas – ce qui pourrait être une définition d’une vraie monnaie (au contraire d’une fausse monnaie quels qu’en soient les véritables émetteurs) - il faudrait que les quantités émises de « nouvelle monnaie » correspondent le plus exactement possible à la croissance industrielle et commerciale d’une zone monétaire donnée.

Mais les faits récents (croissance monétaire en zone euro de plus de 8% entre 2000 et 2007, avec une pointe de 12% en 2008, pour une croissance moyenne inférieure à 2,5%, et une inflation elle aussi de l’ordre de 2%) montrent qu’il y a eu trop de monnaie émise.

Q. Mais les prix auraient du monter plus encore, l’inflation moyenne aurait dû être plus proche de 6% que de 2%, si je comprends bien l’influence de la monnaie ?

Là encore, vous avez raison. Cela signifie simplement que certaines hausses de prix n’ont pas été intégrées aux indices mesurant la hausse des prix. Certains ‘actifs’, comme l’immobilier ou les actions d’entreprises ont fortement augmenté, au moins jusqu’en 2008, de même sans doute que l’argent détenu par certaines couches de la population, au détriment des plus démunis.

Q. Dans certains cas, les moyennes et les indices cachent ce qui est important. Mais que faudrait-il faire pour que de tels phénomènes ne se produisent pas …

Vous voulez dire : comment éviter d’émettre, sinon de la fausse monnaie, au moins de la monnaie plus fiable, plus juste. Les ‘recettes’ sont simples, mais les faire respecter est beaucoup plus difficile, au moins dans le contexte monétaire actuel.

Q. Je suppose que vous allez évoquer la tristement fameuse loi de 1973 ?

Oui et non. L’État, comme les banques privées, peut malheureusement émettre, lui aussi, de la « fausse monnaie », mais cela lui est plus difficile, et il devrait aussi être plus facile de contrôler toute émission intempestive de monnaie.

Q. Pourquoi cela ?

Lorsque les banques émettent de nouvelles quantités de monnaie, elles ‘achètent’ en contrepartie soit des reconnaissances de dettes, soit d’autres actifs financiers, soit même des actifs physiques. La justification économique de ces émissions de monnaie est donc, en définitive, ce qui va faire la véritable ‘valeur’ de la monnaie émise. Si la banque concernée émet 1 milliard d’euros pour financer des investissements durables, ce n’est évidemment pas la même chose que si elle prête cette même somme à une compagnie aérienne chinoise qui souhaite acheter des Airbus à crédit.

Q. Et si cette même somme est consacrée à une OPA boursière, ce serait encore très différent. Mais qu’est ce qui empêcherait l’État de faire de même, et prêter à tort et à travers, et donc émettre de la ‘mauvaise’ monnaie, pour ne pas dire de la ‘fausse’ monnaie ?

Nous avons vu plus haut que la valeur d’une monnaie reposait sur la confiance qu’on attribuait à son émetteur, et aussi au contexte économique dans laquelle cette monnaie était utilisée. Par ailleurs, comme le dit un vieil adage, « la confiance n’exclut pas le contrôle ».

Sans entrer dans le vieux débat, essentiellement idéologique, entre le privé et le public, il semble plus facile de contrôler l’émanation de l’État que pourrait être la banque centrale – ou du moins ce devrait être le cas – que de contrôler ce qui se passe au fin fond des banques privées lorsque celles-ci décident d’accorder de nouveaux crédits.

Par ailleurs, on peut penser que la détermination du « bien public » peut être soumis à discussion publique, puis à contrôle, plus facilement si l’on passe par un Office National du Crédit, adossé éventuellement à un commissariat au plan et à la cour des comptes, que si l’on remet ces choix à des banques privées, qui n’ont ni les mêmes objectifs, ni les mêmes priorités.

Q. Si je vous comprends bien, vous pensez que l’émission monétaire devrait revenir à l’État, mais sous surveillance

C’est du moins ma conception du pouvoir au peuple, pour le peuple, et par le peuple. Laissons aux entreprises ce qu’elles savent fort bien faire, à savoir produire et innover dans les meilleures conditions possibles, et laissons à l’État et aux représentants du peuple leurs pouvoirs régaliens, y compris le pouvoir monétaire.

Q. Et sur la loi de 1973 ?

Cette loi a été décidée pour de mauvaises raisons, en faisant croire que l’État était incapable d’émettre de la monnaie à bon escient. Faisons en sorte, si on doit l’abroger, qu’elle soit abrogée pour de bonnes raisons, mais pas sans un contrôle effectif de la nation. Ce sera la seule façon pour avoir une monnaie ‘fiable’, et pas de la ‘fausse’ monnaie au pouvoir d’achat incertain.

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